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Injections illégales : des chirurgiens esthétiques veulent l’arrêt de la vente libre d’acide hyaluronique

Des chirurgiens demandent l'interdiction de la vente libre d'acide hyaluronique

Dans une tribune, deux cents chirurgiens esthétiques demandent aux autorités un encadrement plus strict de la délivrance de produits de comblements, comme l’acide hyaluronique, aujourd’hui disponible sans ordonnance.

«Depuis trois ans, nous constatons la croissance alarmante d’injections illégales au travers de complications, parfois gravissimes», alertent ces médecins dans une tribune publiée par Le Parisien. Des complications «souvent irréversibles», pouvant conduire, dans certains cas, «à des septicémies, des gangrènes et des hospitalisations en réanimation, engageant le pronostic vital de jeunes patients», constatent-ils. 

«Jamais de telles complications n’avaient été recensées en France en quarante ans de pratique», ajoutent les signataires. En cause, selon eux, la vente libre d’acide hyaluronique en pharmacie ou chez des distributeurs en ligne, qui fournissent les «centaines d’injecteurs, non-médecins», mais aussi «des personnes, y compris des mineures, qui s’injectent elles-mêmes ces produits».

Pour lutter contre ces injections illégales, les chirurgiens plasticiens demandent donc que «la vente d’acide hyaluronique et des autres produits de comblement injectables soit contrôlée, et que leur délivrance ne soit faite qu’aux médecins habilités à la pratique de ces actes».

Le phénomène a pris de l’ampleur ces deux dernières années. Régulièrement, Profession bien-être se fait l’écho de ces pratiques dont les victimes se recrutent principalement sur les réseaux sociaux. Des jeunes femmes, souvent comme elles, leur proposent d’accéder à des soins esthétiques low cost, bien loin des tarifs prohibitifs pratiqués par les très chics cabinets de médecine esthétique, qu’elles ne pourront jamais se payer.

Explosion des injections illégales

Certaines se présentent comme esthéticiennes, possédant un institut de beauté, comme à Cabrières (Hérault), ou encore à Orléans, où la gérante d’un institut de beauté a été mise en examen pour exercice illégal de la médecine. Toutes les deux pratiquaient des injections de botox et d’acide hyaluronique, sans aucune qualification médicale.

D’autres, comme ces deux sœurs de 25 et 28 ans, responsables d’un institut de beauté, qui comparaissaient le 9 janvier devant le tribunal correctionnel de Rennes pour exercice illégal de la médecine, n’avaient aucun diplôme médical, ni d’esthéticienne, ce qui ne les empêchait pas de se faire passer pour des médecins esthétiques sur Internet.

Face à ces charlatans, qui écument désormais la médecine esthétique, comme en témoigne cette autre affaire, où une secrétaire médicale, n’ayant pour seul diplôme qu’un CAP coiffure, s’est lancée dans de très lucratives injections de comblement, les autorités sanitaires tentent depuis quelques mois de faire le ménage.

En mars 2021, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) interdisait le Hyaluron Pen, un dispositif dépourvu d’aiguilles qui permet de combler les rides ou de repulper les lèvres en propulsant son contenu avec de l’air comprimé. Lancé il y a cinq ans sur le marché français, il avait séduit les consommatrices avides de soins repulpants et, dans la foulée, avait été adopté par un grand nombre d’esthéticiennes.

Quid des médecins non spécialistes ?

Mais la grogne médicale a fini par pousser l’ANSM à intervenir à nouveau, en 2022, en rappelant que l’utilisation d’acide hyaluronique injectable est réglementée et réservée aux médecins. Depuis plus d’un an, les mises en garde se multiplient. Après les chirurgiens plasticiens, les médecins esthétiques sont montés au créneau pour dénoncer ces pratiques illégales, éclaboussant, au passage, des professions réglementées.

Qui sont ces «fake injectors» ?  «Ce sont des esthéticiennes, d’anciennes coiffeuses ou des prothésistes ongulaires», affirmait François Turmel, président du Syndicat national des médecins esthétiques, en novembre 2021. De son côté, face à la multiplication des injections illégales, l’Académie nationale de médecine a proposé de mieux encadrer l’offre de soins. Sans succès.

Enfin, les dermatologues ont voulu aller plus loin, déplorant l’absence de concertation sur la formation des médecins non spécialistes. «Nous regrettons (…) que la médecine esthétique ne dispose toujours pas d’un enseignement universitaire comme c’est le cas pour les professions médicales pratiquant des traitements à visée esthétique. Il s’agit de la garantie pour les patients d’une pratique rigoureuse au-delà de tous les lobbies industriels», s’étonnait le Syndicat national des dermatologues-vénéréologues l’an dernier.

Il est vrai que les injections relèvent souvent d’un exercice de haute précision, pour éviter les complications vasculaires, les hématomes ou la formation d’abcès, comme l’explique le Dr Hugues Cartier. Selon le dermatologue, même les médecins ne sont pas à l’abri d’un acte défectueux, injectant parfois à l’aveugle avec des canules qui ne permettent pas une sécurité totale. A quand un véritable encadrement ?

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