Injections clandestines : un syndicat pointe du doigt des esthéticiennes

Injections clandestines faites par des non professionnels

Face à la prolifération d’«injectrices illégales» d’acide hyaluronique, c’est-à-dire sans diplôme de médecine, un syndicat de chirurgiens esthétiques tape du poing sur la table.

Ils ont voulu frapper fort, en dénonçant des opérations illégales de médecine esthétique, dont la promotion a explosé, selon eux, sur les réseaux sociaux : moins invasives qu’une chirurgie et ne nécessitant aucune hospitalisation, elles s’effectuent avec des produits injectables destinés à repulper les lèvres ou à combler des rides.

Un commerce pourtant interdit par la loi, quand on n’est pas médecin, seul habilité à pratiquer ce genre d’intervention. Au printemps dernier, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait senti le danger : elle a interdit le Hyaluron Pen, un dispositif dépourvu d’aiguille et présenté sous la forme d’un stylo contenant de l’acide hyaluronique,

Ces interventions clandestines comportent de sérieux risques pour les personnes qui acceptent de passer par ce marché parallèle. Les piqûres sont dangereuses quand elles sont réalisées par des non-professionnels, mettent en garde les médecins. Elles peuvent provoquer des brûlures, voire des nécroses, sans compter l’absence de traçabilité des produits injectés, notamment l’acide hyaluronique, qui peut être acheté sur Internet.

«On voit des jeunes filles arriver dans des états lamentables. Elles ont les lèvres dures comme du plomb, douloureuses et présentent des plaies, des rougeurs, des granulomes… », «Plus grave, des cas de cécité irréversible et de nécrose du nez, des lèvres ou d’une partie du front ont été décrites à la suite de ces injections »…, témoignent des médecins auprès du Parisien.

« Esthéticiennes ou coiffeuses »

Qui sont ces «fake injectors» ?  «Ce sont des esthéticiennes, d’anciennes coiffeuses ou des prothésistes ongulaires», affirmait déjà, en novembre, François Turmel, président du Syndicat national des médecins esthétiques. La semaine dernière, c’est le Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique qui est monté au créneau, en organisant une conférence de presse, le 6 janvier, pour dénoncer ces pratiques. Il n’hésite pas, lui aussi, à pointer du doigt plusieurs professions réglementées.

«Face à la croissance exponentielle de l’activité de ces injectrices illégales (esthéticiennes ou coiffeuses, manucures ou même prothésistes ongulaires), sans aucune compétence, qui sévissent sur les réseaux sociaux et des séquelles irréversibles pour leurs victimes, syndicats et sociétés savantes des chirurgiens plasticiens se mobilisent pour alerter les pouvoirs publics», peut-on lire dans son communiqué.

Son président, le Dr Adel Louafi, enfonce le clou sur France Inter. Selon lui, les protagonistes, ce sont «des réseaux quasi mafieux, parfois, avec possiblement menaces de mort sur les plaignantes, des filières russes, mais aussi des esthéticiennes qui pensent pouvoir gérer ce type d’injection sans formation médicale».

«Le marché de l’esthétique est de plus en plus marqué par de violents dérapages», en conclut, de son côté, le média de service public France TV… «Sur leur profil, elles affichent un CV d’esthéticiennes, de prothésistes ongulaires, d’expertes de la beauté et même un diplôme grossier en ‘injections’», rapporte Le Parisien.

Pourtant, un peu plus loin, les journalistes décrivent un lieu qu’on a du mal à associer à un institut de beauté ou à un quelconque savoir-faire professionnel : «en nous glissant dans la peau de clientes, pour comprendre ce phénomène et, à défaut de cabinets coquets, on s’est retrouvé dans des appartements glauques de la région parisienne, où l’on pique en toute clandestinité avec des seringues, déjà remplies, achetées sur Internet»…

« Une dizaine par région »

Combien sont-elles ? «Une dizaine par région, mais c’est sûrement bien plus», avance Adel Louafi, dont le syndicat, qui a signalé ces cas aux agences régionales de santé, à l’Ordre des pharmaciens, à la répression des fraudes et à l’Agence du médicament (ANSM), en appelle aux pouvoirs publics, poursuit Le Parisien.

La vogue du selfie pousse de plus en plus les moins de 35 ans dans les cabinets de médecine esthétique, relevaient en juin les participants au Congrès corse de médecine esthétique. «Les réseaux sociaux sont un immense marché. On se cherche un modèle dont on va choisir la reproduction et on essaie d’en être la copie la plus parfaite», expliquait alors le sociologue Michel Fize.

En 2018, une étude publiée dans la revue médicale JAMA, constatait déjà, chez les jeunes, une volonté de plus en plus forte de ressembler à l’image affichée sur leurs smartphones. «Aujourd’hui, je reçois des gens de 16, 18, 20 ans. Cela s’est vraiment banalisé», notait au printemps un médecin esthétique. Mais derrière cette banalisation se dessinent deux réalités : ceux qui peuvent s’offrir une intervention médicale, et les autres…

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