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Interdiction du hyaluron pen : ce que risquent les esthéticiennes

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L’interdiction du Hyaluron Pen, en mars dernier, est passée pratiquement inaperçue. Au point que certaines praticiennes continuent à proposer la prestation. Profession Bien-Être fait le point sur cette technique très controversée.

C’est arrivé brusquement, et sans grande publicité. En mars dernier, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) interdisait le Hyaluron Pen. Ce dispositif, lancé il y a quatre ans sur le marché français, dépourvu d’aiguilles, avait séduit les consommatrices avides de soins repulpants et, dans la foulée, avait été adopté par un grand nombre d’esthéticiennes.

Dans son rapport, l’ANSM précisait qu’il n’y avait pas eu encore de plaintes concernant des éventuels effets secondaires. Mais la réalité est moins rose… Nos voisins d’outre-Rhin ont donné le «la» en pointant du doigt les effets indésirables du procédé, interdit au Canada depuis 2019. Car si ce nouvel instrument est dépourvu d’aiguilles, il n’est pas sans risque.

Présenté sous la forme d’un stylo contenant de l’acide hyaluronique, il permet de combler les rides ou de repulper les lèvres en propulsant son contenu à 800 km/heure, grâce à de l’air comprimé. Un procédé, donc, moins innocent qu’il n’y parait, puisqu’il est forcément perçu comme un traumatisme par l’organisme.

En cabinet médical, le travail sur les lèvres permet de redessiner le tracé même de la bouche, ce qui donne un résultat harmonieux, lorsqu’il est réalisé par un médecin expérimenté. Ce n’est pas le cas d’une séance avec le Hyaluron Pen, puisque ce dernier gonfle les lèvres de façon uniforme.

Lors des deux dernières années, les médecins ont ainsi vu arriver des clientes aux lèvres mal injectées, présentant parfois des hématomes, voire des nécroses… Or, la nécrose installée, il n’y a plus rien à faire, même pas une correction au maquillage permanent, les tissus cicatriciels et traumatisés ne répondant plus à aucune stimulation.

Un business lucratif 

L’interdiction a frappé durement les instituts qui vendaient la prestation, plébiscitées par des clientes parfois très jeunes, voulant ressembler aux stars d’Instagram. La demande du public et le faible coût de l’appareil en avaient donc fait le succès. Et ce, malgré l’interdiction faite aux esthéticiennes par la loi d’injecter des produits sous la peau. Car le fait de ne pas utiliser d’aiguilles ne constitue pas une exception : le produit est bien propulsé sous la peau !

En quelques années un grand nombre d’instituts ont ainsi proposé des prestations pour lesquelles les esthéticiennes n’étaient pas forcément formées. Difficile de leur jeter la pierre, lorsque l’on prend en compte la politique commerciale agressive des distributeurs. Ces derniers avaient d’ailleurs soigneusement évité les cabinets médicaux, en se concentrant sur les instituts de beauté, a priori moins informés des effets secondaires. Certains sont même allés jusqu’à vendre leurs dispositifs en ligne au grand public…

Les risques juridiques

La première conséquence de cette interdiction d’utilisation, de vente et d’importation concerne les assurances professionnelles. Aucune compagnie d’assurance, en effet, ne vous assurera pour l’utilisation d’un matériel interdit ! En cas de problème avec une cliente, vous serez donc seule à assumer la charge financière d’un procès civil avec votre cliente et d’une condamnation au pénal pour exercice illégal de la médecine. D’autant que les matériels vendus en ligne ne disposent d’aucune certification CE. En effet, il n’existe aucune fabrication européenne de Hyaluron Pen.

Malgré certaines rumeurs assurant que l’interdiction ne serait que provisoire, il ne serait pas question aujourd’hui d’autoriser à nouveau le dispositif, ce dernier étant maintenant classé dispositif médical. Pour être de nouveau accessible, même aux médecins, il devra, avant toute révision de la loi, obtenir sa certification CE et créer des formations adaptées.

Le microneedling dans le collimateur ?

Dans la foulée, tous les regards se tournent vers le microneedling. Le procédé fait recette dans les instituts, les formations spécialisées se multiplient. La question est délicate, puisqu’il s’agit là aussi de véhiculer des principes actifs dans l’épiderme et qu’il y a là infraction cutanée.

Jointe par Profession bien-être, Monique Amoros, co-présidente de la Confédération nationale des instituts de beauté (Cnaib), assure que la question est à l’examen. Les choses devraient être précisées lors d’un rendez-vous pris avec le Ministère la semaine prochaine. «Nous suivons de très près le dossier depuis des semaines et nous essayons de border techniquement la prestation pour qu’elle soit conforme à la législation», souligne la responsable. Affaire à suivre, donc.

Tous nos remerciements au Dr Philippe Blanchemaison, pour ses précisions sur la loi concernant les dispositifs médicaux, et à Maité Vertisi, créatrice de Verthi’s International, pour l’analyse du soin.

Voir la décision de l’Ansm, ici

 

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