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Les nuages s’amoncellent sur le thermalisme français

NUAGES NOIRS SUR LE THERMALISME

Efficacité des cures controversée, clientèle échaudée par le Covid, inflation, communication déficiente… Après la crise sanitaire, les établissements thermaux ont du mal à remonter la pente.

Attention, une crise peut en cacher une autre… Après deux années chaotiques, le petit monde du thermalisme serre à nouveau les dents. Si la fréquentation des cures thermales françaises s’est améliorée en 2022, la barre des 600 000 curistes reste encore inatteignable au niveau national.

Dans un communiqué remis exclusivement à l’AFP ce jeudi, le Conseil national des établissements thermaux (Cneth), l’organe représentatif du secteur, estimant sans doute que la presse professionnelle n’était là que pour servir les plats, publie des chiffres décevants : 437 000 curistes auraient suivi une cure thermale médicalisée en 2022, ce qui représente une dégringolade de 25% par rapport à l’année 2019, au cours de laquelle la fréquentation avait déjà amorcé un recul (- 3,22%, 579 000 curistes).

Difficile, dans ces conditions, de voir les prochains mois avec optimisme. Car si les responsables du Cneth soulignent une «nette amélioration» par rapport aux deux années pendant lesquelles la crise sanitaire du Covid avait contraint les établissements thermaux à fermer leurs portes (2020 et 2021), l’ambiance est loin d’être euphorique.

Quatorze ans après la proposition de loi d’Yves Bur, un amendement au projet de budget pour la Sécu déposé cet automne par le député Horizons Thomas Mesnier, médecin urgentiste par ailleurs, a jeté encore de l’huile sur le feu. L’objectif était que la Sécurité sociale ne prenne «plus en charge les soins que la Haute autorité de santé juge suspects ou infondés».

Finalement, l’amendement n’a pas été retenu, quand le gouvernement a décidé d’engager sa responsabilité par le 49.3 sur l’ensemble du projet de loi. Mais le mal était fait, même si quelques parlementaires ont pris la parole, notamment sur Profession bien-être, pour dénoncer cette initiative. L’idée que les cures thermales n’avaient de médical que le nom a fait son chemin dans l’opinion publique.

Près de 400 millions d’euros par an

«Cures thermales : bienfaits douteux, lobbying puissant», titrait ainsi l’Agence France-Presse dans une dépêche diffusée à toutes les rédactions le 30 novembre. Les critiques y étaient particulièrement vives sur ce secteur, soutenu par un vaste réseau d’élus locaux. «L’immense majorité de la médecine française pense que le discours thermaliste, c’est de la foutaise», déclarait le diabétologue André Grimaldi.

Quant aux études, régulièrement publiées par l’Afreth depuis 2006, elles comporteraient des biais «typiques d’un essai clinique promotionnel», jugeait le cardiologue Jérémy Descoux, engagé dans la lutte contre les pseudo-médecines au sein du collectif Fakemed, également cité par l’AFP. Sale temps pour le Cneth, censé travailler, comme il l’affirme sur son site Internet, à l’«amélioration et à une meilleure reconnaissance de la médecine thermale» ! 

Profession bien-être, considérant que ses lecteurs, notamment tous ceux qui travaillent dans le secteur thermal ou touristique, avaient le droit de connaître la position du Conseil national des établissements thermaux sur ces sujets brûlants, a donc contacté cette organisation, début novembre, dès que l’amendement a été rendu public. La réponse fut rapide. Son service de communication nous a renvoyé vers un hypothétique communiqué, qui n’a jamais été publié… 

Mutisme, également, quand il aurait fallu éclaircir le travail scientifique entrepris depuis quinze ans pour justifier la prise en charge des cures thermales, face aux violentes critiques venant des milieux parlementaire et médical. N’était-ce pas là le rôle d’un organe censé défendre les intérêts des établissements thermaux, dont les cures conventionnées sont remboursées par la Sécurité sociale à hauteur de deux tiers de leur montant (65%) ? Rappelons qu’en 2019, la consommation de soins thermaux représentait la bagatelle de 398 millions d’euros, selon la Drees. Mais là encore, silence radio. 

Inflation et pouvoir d’achat en berne

«La médecine thermale, par son caractère d’intervention complexe, s’adresse à des gens qui ont des maladies pour lesquelles, la plupart du temps, les autres thérapies sont un échec», expliquait le Pr Christian-François Roques-Latrille, dans une longue interview qu’il nous a accordée cet automne.

Nous voilà au coeur du débat, alors que le système de santé français s’enfonce dans ses problèmes structurels. Mais, de ces enjeux, le public n’entendra guère parler. Il aura droit, comme chaque année, au bulletin du jour, qui lui donnera le niveau de fréquentation des centres…

Pourtant, il y a urgence, car les nuages s’amoncellent sur ce secteur. Outre un redémarrage poussif, il doit faire face au renchérissement des coûts de l’énergie et à l’effritement du pouvoir d’achat des curistes, frappés par l’inflation. Certes, une nouvelle convention avec l’Assurance Maladie vient d’être signée, mais elle ne protège pas contre les aléas économiques.

«On a une fraction de la patientèle qui n’est pas forcément très argentée et pour qui le reste à charge ou les frais d’hébergement et de transports peuvent être conséquents», a admis Claude-Eugène Bouvier, directeur général du Cneth, auprès de l’AFP. Si 2022 était une année de convalescence, pas sûr que 2023 soit celle du rétablissement.

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