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La multiplication des salons de prothésie ongulaire agace une journaliste du Figaro

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Des « ongleries » qui «pullulent partout dans les grandes villes françaises», à «l’hygiène douteuse» et au fonctionnement «assez opaque »… Le monde sans nuance décrit par une jeune journaliste, dans Le Figaro, ferait frémir les plus endurcies des beautystas.

C’est un article à charge, on l’aura compris, contre les salons de prothésie ongulaire, «ces petits instituts de beauté indépendants ou adossés à un grand groupe du monde de l’esthétisme», qui a retenu l’attention de Profession bien-être. Non, parce qu’il tente de dénoncer des pratiques douteuses dans certains commerces, comme nous le faisons régulièrement, mais surtout parce qu’il met tout le monde, professionnels, margoulins et travailleurs clandestins dans le même sac, laissant aux lecteurs le soin de démêler le vrai du faux.

Intitulé «’Ça pousse comme des champignons’ : les ongleries, ce mystérieux business qui prend d’assaut nos centres-villes», il se présente comme une enquête, à faire pâlir de jalousie le New York Times, qui avait révélé en 2015 les conditions de travail dans les bars à ongles asiatiques de la Grosse Pomme. Mais on en est loin. Au final, il multiplie les amalgames, sans apporter la moindre information. Et c’est dommage, car la profession n’en méritait pas tant…

L’article tente bien de démontrer quelque chose, mais quoi, au juste, car le lecteur peine à le savoir : la multiplication des « ongleries » ? l’enlaidissement des grandes villes ? les risques cutanés d’une pose de vernis semi-permanent ? l’hygiène ? l’immigration clandestine ? le supposé laxisme de la Mairie de Paris ?…

« Très peu de signalements » selon la DGCCRF

Ce qui est sûr, c’est que ce «mystérieux business» commence à agacer la jeune journaliste, tout comme «Dominique», personnage tout aussi mystérieux cité dans l’article, qui «n’a pas pas hésité une seule seconde à dénoncer certains comportements à la DGCCRF», notamment «le manque de contrôles auxquels [les salons] sont soumis» et leur «hygiène parfois douteuse».

La DGCCRF répond à notre consoeur : «les pratiques commerciales du secteur de l’onglerie professionnelle sont relativement stables et ne génèrent que très peu de signalements». Bref, rien de croustillant, mais à force de gratter, on finit parfois par trouver. Plus loin, apparaît un indice, dans le «quartier Château d’eau/Boulevard de Strasbourg»…

«On a affaire à un système mafieux tenu par quelques propriétaires qui possèdent la plupart des linéaires de pieds d’immeubles», explique la maire du 10e arrondissement, Alexandra Cordebard, sauf qu’il s’agit là de «magasins de beauté plus généralistes qui proposent également des manucures»… En quoi sont-ils représentatifs des salons actuels ? Mystère.

La journaliste ne lâche pas l’affaire. Va-t-elle enfin trouver le début de commencement d’un embryon de scandale, comme Rouletabille, dans Le Mystère de la chambre jaune ? Las ! Le mystère s’épaissit, car ses interlocuteurs y mettent, il faut bien le dire, de la mauvaise volonté.

En témoigne la Ville de Paris, qui, à ses questions qui tentent de percer le mystère de la multiplication des salons de prothésie ongulaire, lui rétorque : «C’est un secteur en pleine expansion qui répond à un phénomène de mode et profite d’une clientèle de plus en plus jeune». On ne pouvait dire chose plus banale… Toujours rien de palpitant.

Il faut dire que la seule source chiffrée qui sert de fil conducteur à cet article, hormis la mystérieuse «Dominique», c’est une étude publiée le mois dernier par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCI) et l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur), qui indiquait que, depuis 2014, le nombre de salon spécialisés dans l’ongle a plus que doublé dans la capitale.

Les professionnelles, grandes absentes de l’article

Ainsi, pas moins de 565 bars à ongles ont été recensés à Paris en 2023, principalement «dans les quartiers résidentiels pour être au plus près de leur clientèle», plutôt que dans les quartiers du nord-est et le 13e arrondissement, «plus populaires», ajoutait l’étude. Le lecteur reste sur sa faim : pas une seule des responsables de ces nouveaux établissements n’ont été interrogées dans Le Figaro. Que pensent-elles de ce «pullulement» ? Que cachent-elles derrière leur «mystérieux business» ? Mystère.

Ne nous méprenons pas : les dérives évoquées, comme le manque d’hygiène ou le travail dissimulé, sont un vrai problème, souvent dénoncé par les professionnelles elles-mêmes. Mais alors, pourquoi ne pas les avoir rencontrées ? À aucun moment, la journaliste, emportée dans sa croisade contre les ongleries-qui-prennent-d’assaut-les-centres-villes, ne leur demande leur avis, ni celui de leurs représentantes, voire d’une enseigne populaire, comme L’Onglerie, où il suffisait de pousser la porte…

Elle aurait appris, par exemple, qu’il existe des certifications reconnues par l’Etat, comme le CQP de prothésie ongulaire, et que les prothésistes ongulaires ou les stylistes ongulaires, même si leur activité n’est pas réglementée, n’exercent pas leur métier dans un no man’s land juridique. Elle aurait aussi découvert que ces mystérieuses spécialistes de l’ongle ne sont pas autorisées à réaliser des manucures, sauf si elles disposent des qualifications professionnelles requises.

À moins, que, c’est une hypothèse, l’univers de ces entrepreneuses, sollicitées par une clientèle de plus en plus nombreuse, parmi laquelle, sans doute, de fidèles lectrices du Figaro Magazine, n’intéresse pas l’auteur de cet articulet. En vérité, le mystère semble surtout lié à la véritable intention de la journaliste : dénigrer et salir une jeune profession ?

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