Logo profession bien etre : magazine d'actualité économique de la beauté et du bien-être

Beauté

Bien-être

Business

Cosmétiques et bien-être : un voyage aux limites de la peau

COSSMÉTIQUES

Les professionnels de la beauté misent sur un nouveau graal : les émotions. À la frontière entre le cerveau et la peau, l’industrie s’appuie désormais sur les neurosciences pour faire émerger de nouveaux cosmétiques, dont les formules font la part belle au bien-être intérieur…

Un cosmétique, c’est un peu de rêve dans un pot, disait Charles Revson, le fondateur de Revlon.  Aujourd’hui, le rêve a cédé la place à l’émotion. Nos contemporains sont devenus plus chatouilleux, sensibles, fragiles sur le plan affectif. Les émotions ont pris «une place inédite dans l’histoire», estimait l’historien Georges Vigarello, co-auteur d’une «Histoire des émotions » (Seuil), dans une interview à La Croix, juste après le Covid.

Et dans ce domaine, l’industrie cosmétique possède de sérieux atouts. Qui douterait qu’un produit de beauté ne fait pas (aussi) du bien au moral ? «La beauté devrait commencer dans l’âme et dans le cœur, autrement les cosmétiques sont inutiles», aurait dit Coco Chanel. Certes, mais elle semble même pouvoir aller plus loin, si l’on en croit les marques, comme l’ont montré, la semaine dernière, les intervenants de la conférence organisée par l’école d’ingénieurs Sup Biotech, à Villejuif (Val-de-Marne) et intitulée : «La high tech embellit la cosmétique».

L’idée n’est pas nouvelle. La création olfactive dans le parfum a toujours été associée au bien-être et à l’émotion. Mais la crise sanitaire lui a donné un sérieux coup d’accélérateur. «98% des Françaises s’accordent à dire que la beauté n’est pas qu’une question d’apparence extérieure», relevait un sondage Ifop en 2020. D’autres bénéfices sont désormais mis en avant : la confiance en soi, un mode de vie sain, l’acceptation de ses propres imperfections, le bien-être intérieur…

Le nouveau slogan international, adopté par la Cosmetic Valley l’an dernier, en résume l’esprit : «France Cares for your Skin». «Se sentir bien dans sa peau participe à un équilibre dans la santé physique et mentale», selon le pôle de compétitivité basé à Chartres (Eure-et-Loir). «La fonction première de la cosmétique, c’est de se faire du bien», a renchéri Armelle le Peniec, directrice de l’activité actifs cosmétiques des laboratoires Expanscience, le 26 mars, devant les étudiants de Sup Biotech.

« Agir sur l’axe peau-cerveau »

CosmétiquesDans son exposé, la chimiste est revenue sur le lancement, en 2023, d’un nouvel ingrédient, baptisé «epionine bio», à base d’avocat, qui permet de «protéger la peau du stress intérieur et extérieur en agissant sur l’axe peau-cerveau». En clair, cet actif possède une action anti-inflammatoire, tout en améliorant l’estime de soi et la qualité de vie des personnes ayant des problèmes de peau, qui verront ainsi leur stress diminuer !

«Aujourd’hui, nous rompons ce cercle vicieux de la peau abimée qui rend malheureux», s’est félicitée Armelle le Peniec, après avoir présenté les résultats positifs d’une étude clinique, menée auprès de 44 femmes. Pas question, pour autant, d’agir directement sur le cerveau. Le risque avait été évoqué, il y a quelques semaines, par la Société française de dermatologie, qui pointait du doigt des «publicités trompeuses» prétendant que des produits de beauté pouvaient avoir des effets directs sur le psychisme ou l’humeur.

«On est clairement dans les cosmétiques, parce qu’on n’agit pas d’abord sur le cerveau pour avoir un effet sur la peau. On agit sur la peau pour pouvoir réparer des dégâts sur la peau, sur la couche superficielle de l’épiderme. C’est parce que vous avez une belle peau que vous avez un confort psychologique qui s’installe. Quand vous avez moins de boutons, moins d’imperfections, vous vous sentez mieux», s’est défendue Armelle le Peniec.

La peau a des récepteurs nerveux

cosmétiquesReste la question du franchissement de la barrière cutanée, en principe interdit pour les produits cosmétiques. «C’est un faux débat», a balayé Richard Daniellou, directeur de la chaire de cosmétologie de l’école AgroParisTech. «Au-delà du fait que les produits cosmétiques peuvent éventuellement traverser la barrière, on le sait déjà, il ne faut pas oublier que la peau n’est pas là que pour faire une barrière, car, en tant qu’organe, elle possède des récepteurs nerveux. Elle peut donc avoir un effet anti-stress, même sans passer la barrière cutanée», a expliqué le biochimiste.

La voie est donc ouverte pour lancer de nouvelles recherches scientifiques. Et certaines marques ne s’y sont pas privées. C’est le cas de Chanel, dont la responsable du pôle neurosciences, Marie-Héloïse Bardel, est venue lever un peu le voile sur le mystérieux «département des émotions» de la maison parisienne, plutôt discrète sur le sujet jusqu’à cette année.

Son intérêt pour les bénéfices psychologiques de ses cosmétiques n’est pas récent. En 1993, elle s’était déjà dotée d’un laboratoire d’analyse sensorielle, basée en France, avant d’en ouvrir un autre au Japon, onze ans plus tard. En 2009, un département des émotions voit le jour, qui sera suivi, en 2015, d’un autre sur les perception, puis, en 2018, sur le «wellness». «En 2020, on a regroupé tout le monde sous le pôle neurosciences», a poursuivi Marie-Héloïse Bardel, docteur en psychologie, arrivée chez Chanel il y a douze ans.

Sa mission ? Cerner les critères qui provoquent des émotions lors de l’achat d’un produit de beauté. Un ingrédient, une texture, un parfum, une couleur, un design… Une approche holistique, où l’émotion est finement analysée, comme pour le Masque revitalisant au camélia rouge n°1, qui s’inscrit dans une nouvelle gamme de soins anti-âge lancée par Chanel l’an dernier.

« Le bien-être, c’est une science »

«On a testé toute la routine pour voir comment, d’un point de vue émotionnel, de la lotion à l’eau parfumée, les émotions pouvaient évoluer. On s’est alors rendu compte que les émotions variaient de manière exponentielle, progressivement, jusqu’au produit final. Pour certains produits, c’était un peu moins émotionnel», a détaillé la psychologue, qui travaille avec une équipe multidisciplinaire, comportant aussi des biologistes, des sociologues, voire des ergonomes.

«Que l’on soit bien clair : nous ne faisons ni des antidépresseurs, ni des anxiolytiques, mais, à notre échelle, c’est-à-dire au niveau cosmétologique, on peut jouer sur les émotions positives. Le bien-être, je le rappelle, c’est une science, au même titre que la biologie», a-t-elle insisté. Et l’innovation, dans ce domaine, va très vite.

«La cosmétique est peut être l’un des seuls domaines d’application où, quand vous avez une découverte scientifique, vous pouvez l’appliquer directement», a résumé Richard Daniellou. Cerveau et peau ont d’ailleurs une même origine embryologique. Au 21e jour du développement embryonnaire, ils se développent simultanément à partir de l’ectoblaste, la couche la plus externe de l’embryon, qui forme à la fois le système nerveux et l’épiderme. Un deuxième cerveau ? Le débat ne fait que commencer…

LIRE AUSSI : Pr Laurent Misery : « Un cosmétique ne doit jamais agir que sur la peau »

Facebook
LinkedIn
WhatsApp
Email
Dans la même catégorie

Nous utilisons des cookies

Welcome Back!

Login to your account below

Retrieve your password

Please enter your username or email address to reset your password.