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« La consommation patine et fragilise les services dans la beauté »

Défaillances

INTERVIEW. Les défaillances d’entreprises progressent dans les métiers de la beauté au premier trimestre. Coiffure, instituts et entretien corporel subissent le ralentissement de la consommation. Pour Thierry Millon, directeur des études d’Altares, la fragilité touche surtout les sociétés commerciales.

Selon le cabinet Altares 640 entreprises de coiffure, d’esthétique ou d’entretien corporel ont fait l’objet d’une procédure judiciaire (sauvegarde, redresssement ou liquidation) au premier trimestre 2026, soit une hausse de 14,3 % sur un an, bien au-dessus de la moyenne nationale (+6,4 %). La coiffure concentre l’essentiel des défaillances (379), devant les soins de beauté (203), tandis que l’entretien corporel enregistre la plus forte progression (+52,6 %).

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Profession bien-être : Il y a un an, les services aux particuliers étaient presque stabilisés. Au premier trimestre 2026, les défaillances y bondissent de 17 %, et la coiffure avec les soins de beauté concentrent, à eux seuls, plus des deux tiers des défauts. Comment l’expliquez-vous ? 

Thierry Millon : Le fait est que la consommation patine, et cela se répercute forcément sur toutes les activités en contact direct avec le consommateur. Pour la coiffure, il existe en plus une concurrence particulière, celle du coiffeur à domicile et, plus récemment, celle des barbershops. Les salons doivent aussi faire face à un niveau de charges important, bien supérieur à celui des coiffeurs à domicile. 

Si je prends les chiffres, on compte environ 329 établissements sous forme de sociétés qui sont tombés, contre simplement une cinquantaine d’auto-entrepreneurs. Il n’y a donc pas vraiment d’ambiguïté : la fragilité touche d’abord les sociétés commerciales, autrement dit les salons que l’on voit dans nos rues.

Les défaillances dans les soins de beauté avaient reculé au premier trimestre 2025 (-2,1 %), mais elles repartent à la hausse début 2026 (+8 %). Que disent ces chiffres de la fragilité propre à ce segment ?

S’agissant des soins de beauté, la situation est un peu plus complexe. D’abord, ces professionnels ont sans doute encore plus que les coiffeurs la nécessité de se former en permanence. Les règles sont importantes, les questions d’hygiène sont fondamentales. Ce n’est pas que les coiffeurs ne soient pas concernés, mais les contraintes techniques ne sont pas de la même nature.

Dans les instituts, on travaille aussi avec des produits et des traitements qui nécessitent souvent des équipements beaucoup plus onéreux. Cela veut dire qu’il faut faire du chiffre pour amortir ces investissements et pouvoir les rentabiliser.

Pour autant, il faut relativiser. Dire que la situation serait globalement fragile dans les instituts de beauté n’est pas tout à fait exact. Il y a bien une hausse des défaillances, mais elle reste moins durable et moins structurelle que dans la coiffure.

L’entretien corporel enregistre 58 défaillances, soit une hausse de 52,6 % sur un an. Même si les volumes sont plus faibles pour cette catégorie, faut-il y voir un simple phénomène passager ? 

L’entretien corporel reste effectivement un peu plus tendu. On compte 58 défaillances, mais il est vrai que le nombre total d’entreprises d’entreprises est beaucoup plus faible dans cette activité. La volatilité des chiffres est donc plus forte. Cela dit, les tendances sont assez concentrées. Dans ces métiers, ce sont majoritairement des entreprises jeunes qui tombent, le plus souvent entre trois et cinq ans d’existence.

On retrouve ici un schéma assez classique dans l’économie : des entreprises qui se sont lancées avec une capitalisation insuffisante et qui, pendant les premières années, bénéficient souvent de différés de remboursement. On leur laisse du temps pour voir si l’activité se développe, pour recruter éventuellement.

Mais ces échéances finissent par arriver. À partir de la troisième année, les remboursements commencent à peser réellement sur la trésorerie. C’est pourquoi les périodes entre trois et cinq ans sont souvent des âges critiques pour les entreprises. C’est très clairement ce que l’on observe dans la catégorie «entretien corporel».

Vous observez, il est vrai, une forte hausse des défaillances parmi les entreprises de moins de trois ans, notamment chez les coiffeurs. Est-ce le signe d’un marché devenu plus difficile pour les nouveaux entrants dans la beauté ?

Il existe en effet un point de différenciation entre la coiffure et les instituts de beauté. Dans la coiffure, au premier trimestre 2026 une situation particulière : les défaillances augmentent chez les entreprises les plus jeunes, celles qui ont moins de trois ans.

Cela ne veut pas dire que les entreprises plus anciennes ne peuvent pas faire défaut. Mais dans ce secteur, en dessous de quinze ans d’existence, les situations restent plus fragiles. En revanche, dans les salons plus anciens, on observe des reculs très nets des défaillances. 

L’ancienneté joue : on a une marque, une réputation, parfois plusieurs établissements. Tout cela contribue à la solidité de l’entreprise. Dans beaucoup d’autres activités, on observe plutôt l’inverse : des entreprises anciennes qui deviennent fragiles. Par exemple, la restauration. Mais la coiffure fonctionne différemment : la maturité de l’entreprise semble être un facteur de résistance.

Si l’on revient aux jeunes entreprises, nous observons effectivement une accélération des défaillances. Au premier trimestre 2026, on est passé à 36 défaillances d’un coup. Sur les autres tranches d’âge d’entreprise, la situation restait plutôt stable. Donc, c’est donc un signal à prendre en considération.

Il faut néanmoins relativiser cette hausse. Quand on parle de 36 défaillances chez les salons de moins de trois ans, cela reste finalement un volume limité. On ne peut donc pas parler d’une envolée des défaillances dans cette catégorie.

Observez-vous la même situation parmi les instituts de beauté ? 

Non, la situation est un peu différente dans les instituts de beauté. Dans ce secteur, le niveau des défaillances recule déjà assez nettement à partir de la dixième année d’existence. Et les jeunes entreprises y sont un peu moins vulnérables.

On observe plutôt un passage plus délicat autour de quatre ou cinq ans d’activité. Mais, globalement, les instituts tiennent mieux que dans d’autres métiers. Cela tient aussi au fait que ces activités nécessitent souvent des équipements, et donc des investissements. En général, les professionnels arrivent avec un plan d’affaires un peu mieux identifié.

Au final, dans les instituts de beauté, on retrouve, comme chez les coiffeurs, un peu plus de défaillances chez les entreprises autour de dix ans d’existence. Mais les jeunes entreprises semblent ici un peu moins exposées et, une fois ce cap passé, les signaux deviennent nettement plus favorables, avec des baisses de défaillances assez sensibles. 

Propos recueillis par Georges Margossian. 

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