Profession bien-être : Après une année 2023 marquée par un nombre record de défaillances, quel bilan tirez-vous de 2024 ?
Thierry Millon : En 2024, la situation était un peu différente de celle de 2023. L’an dernier, les acteurs B2C ont été les plus touchés et nous avons connu une fin d’année très difficile. En 2024, la situation, par effet domino, s’est diffusée sur le reste de la filière. C’est donc plutôt le B2B qui a été affecté cette année. Autre point : on observe que les grandes structures ont été davantage touchées.
La situation est-elle la même pour les entreprises de coiffure ?
Pour 2024, la situation semble plus favorable, ou, en tout cas, moins dramatique que ce que nous avons connu en 2023. Le mois de novembre s’annonce plutôt bien, surtout pour la coiffure, moins pour les soins de beauté. Selon nos estimations, la coiffure comptera 1 190 procédures en 2024, les soins de beauté, 650, et l’entretien corporel, 180, soit un total de 2 020 entreprises, ce qui représente une augmentation de «seulement» 11% par rapport à 2023.
Je note toutefois que, dans la coiffure, même si la majorité des acteurs sont des petites entreprises, il y a également eu un gros acteur qui a fait l’objet d’une procédure de redressement judiciaire, le groupe Pascal Coste. C’est surprenant de voir des entreprises de cette taille tomber dans ce secteur, car, d’une manière générale, les modèles économiques classiques en coiffure reposent plutôt sur des franchises. Mais dans ce cas particulier, il s’agissait de magasins en propre.
Peut-on considérer que les activités beauté et coiffure ont plutôt bien résisté en 2024 ?
Oui, au global, ces secteurs font partie des «bons élèves» dans un contexte économique difficile. Bien sûr, 11%, ce n’est pas une bonne nouvelle en soi, mais il faut noter qu’on est loin des 25% d’augmentation moyenne des faillites dans d’autres secteurs comme le transport ou l’immobilier, qui sont beaucoup plus touchés. Cela signifie que les secteurs de la coiffure et des soins de beauté restent relativement moins affectés.
J’ajoute que, comparée à d’autres secteurs, la situation reste relativement stable. En particulier, la coiffure a réussi à limiter la hausse des défaillances à moins de 10%, ce qui est un bon résultat. Les soins de beauté, eux, sont encore un peu plus fragiles, mais cela s’explique en partie par le fait que ce secteur comporte davantage de petites entreprises. Ces structures, comme les salons de coiffure, ont une meilleure résistance, surtout quand l’exploitant travaille seul, sans charges salariales fixes. Lorsqu’il n’a pas de salariés, il peut décider de ne pas se payer. En revanche, dès qu’il y a des salariés à rémunérer, la situation devient plus complexe.
Est-ce que la décélération des faillites est plutôt le signe que l’on a atteint un plafond, plutôt qu’une réelle reprise ?
Oui, c’est effectivement le cas. La décélération des faillites est davantage liée au fait que nous avons atteint un niveau de défaillances très élevé, plutôt qu’à une reprise forte. Il est vrai que, sur la coiffure, la situation semble un peu meilleure, mais globalement, les difficultés persistent. Il y a aussi le facteur des charges Covid. Les charges sociales ont été presque intégralement remboursées et, bien que quelques reliquats de PGE existent encore, ces remboursements arrivent dans les mois à venir. Les difficultés principales sont liées aux acteurs qui manquaient de chiffre d’affaires pour payer leurs charges, y compris celles liées à la crise sanitaire.
En octobre, on a observé une hausse des défaillances dans le secteur de la coiffure. Est-ce que cela reflète une réelle faiblesse du secteur ?
Il faut être prudent sur les analyses, car septembre et octobre ont été des mois plus compliqués. En octobre, on a dépassé les 120 défaillances mensuelles dans la coiffure, alors qu’au printemps 2024, on était redescendu en dessous de 100 défauts par mois. Ce chiffre reste donc élevé, et il est bien au-dessus de la moyenne pré-Covid, qui était d’environ 80 défauts mensuels. Cela montre que le secteur de la coiffure n’est pas encore complètement sorti d’affaire.
Qu’en est-il du secteur des soins de beauté ? Comment évoluent les chiffres des défaillances ?
Pour les soins de beauté, la tendance est un peu moins favorable. Le nombre de défaillances reste plutôt stable, autour de 60 par mois, même en 2024. Nous avons eu quelques mois où le chiffre est descendu sous ce seuil, notamment juste avant l’été, une période généralement plus favorable pour ce secteur. En revanche, la situation semble plus stabilisée par rapport à la coiffure, bien qu’il n’y ait pas de dérapage majeur. Il faut donc considérer que, même si l’activité est toujours présente, elle n’est pas forcément en pleine croissance, et la stabilité reste fragile.
Comment voyez-vous l’année 2025 pour la coiffure et l’esthétique ?
C’est le consommateur qui jouera le rôle d’arbitre dans la relance économique, en particulier pour les secteurs de la coiffure et de l’esthétique. L’épargne des ménages est actuellement à un niveau record, mais elle est en grande partie orientée vers l’investissement immobilier. Si une partie de cette épargne est redirigée vers la consommation courante, cela pourrait effectivement redonner un coup de pouce aux salons de coiffure et aux instituts de beauté. Le problème, c’est que tant que la consommation ne se redresse pas de manière significative, ces secteurs continueront à souffrir.
Propos recueillis par Georges Margossian.
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