Profession bien-être : L’année 2023 a été particulièrement difficile pour le secteur de l’esthétique, avec un nombre élevé de défaillances. Aujourd’hui, comment se portent les instituts de beauté ?
Martine Berenguel : Le marché de l’esthétique n’est pas aujourd’hui très vaillant. Il n’y a pas eu de vraie progression. On est toujours dans cette mauvaise dynamique de dépôts de bilan. Ce qui ne va pas trop bien, c’est le moral des chefs d’entreprise, car l’activité reste faible. Par exemple, les ventes pendant le Black Friday n’ont pas été très satisfaisantes pour l’ensemble du réseau. Actuellement, nous sommes dans une phase de statu quo, en attendant les fêtes de fin d’année, car les quinze premiers jours de décembre sont traditionnellement très calmes. Mais il y a de l’inquiétude.
Le problème, en cette fin d’année, ce sont les ventes de produits ?
Oui, on constate une baisse des ventes de produits, avec une chute vertigineuse d’environ 30% de chiffre d’affaires. Les ventes de produits après des soins du visage, par exemple, sont particulièrement affectées. Les ventes «coup de coeur» ne marchent pas. Les consommateurs sont beaucoup plus réfléchis dans leurs achats, et la concurrence des plateformes en ligne, où les prix sont souvent plus attractifs, participe également à cette chute.
Selon Procos, l’organisation représentant le commerce spécialisé, les performances des grandes enseignes de parfumerie ont été très bonnes en 2024. Comment expliquez-vous cet écart avec les instituts de beauté, concernant les produits ?
Les chaînes de parfumerie investissent massivement dans la publicité et lancent de nouveaux produits et parfums en permanence, ce qui leur permet de maintenir une bonne dynamique. En revanche, pour les petites entreprises comme les nôtres, la situation est beaucoup plus compliquée. Il y a énormément de concurrence, et on voit même des personnes ouvrir des établissements chez elles, ce qui a un impact direct sur nos activités. De plus, de nombreuses personnes exercent sans diplôme, ce qui ralentit notre développement. Je rappelle que les produits peuvent représenter entre 20 et 30% du chiffre d’affaires des instituts de beauté.
La situation reste-t-elle difficile pour la majorité des instituts ?
Il y a au moins 50% du réseau qui rencontre des difficultés. La trésorerie est un vrai problème, car il est compliqué d’avoir de la visibilité à trois ou quatre mois. Il y a toujours cette même problématique avec nos salariés : quand un salarié part, il est difficile de le remplacer. Si on ne parvient pas à le faire, cela entraîne des refus de rendez-vous, ce qui peut être catastrophique. En effet, le client a tellement de choix aujourd’hui, notamment avec Internet et les plateformes d’agenda en ligne, que, s’il ne peut pas obtenir un rendez-vous immédiat, il va voir ailleurs, chez la concurrence à proximité.
Et du côté des soins, la demande est-elle toujours soutenue ?
Oui. Sur les soins, la tendance reste plutôt positive, en particulier pour le bien-être. Les spas, notamment, ont bien su rebondir. Si on sait proposer de la prise en charge globale, soit du soin signature, soit du soin visage spécifique, ça fonctionne. De plus, les nouvelles technologies, comme les traitements à la lumière, suscitent un véritable engouement de la part de la clientèle.
La seconde moitié de l’année 2024 a été marquée par une forte incertitude politique, avec la dissolution puis la censure du gouvernement Barnier et la démission de ce dernier. Cette situation a-t-elle affecté la profession et la gestion des instituts de beauté ?
La principale préoccupation porte sur les contrats d’apprentissage. Depuis six mois, on n’a pas vraiment observé de changement, mais la grande question reste : les primes d’apprentissage seront-elles toujours maintenues ? Nous avons fait des propositions avec l’U2P, mais on attend toujours des réponses. Aujourd’hui, on ne sait pas si des contrats pourront être signés pour la rentrée prochaine. Cela crée une réelle incertitude, surtout pour les chefs d’entreprise qui planifient l’année à venir et qui, dans le cadre du développement de leur activité, se demandent s’ils pourront embaucher un apprenti.
Un autre point qui revient souvent concerne la CFE (cotisation foncière des entreprises, NDLR). De nombreuses communes ont augmenté leurs taux, ce qui fait que certains instituts de beauté se retrouvent avec des CFE qui doublent, voire triplent dans certaines communes. Pour un petit institut, cela peut être très lourd à gérer, car cela affecte directement sa rentabilité.
Comment envisagez-vous l’année 2025 ?
Nous restons confiants pour l’avenir. Nous organisons beaucoup de conférences pour redynamiser le secteur et remonter le moral avec l’objectif de donner envie aux esthéticiennes de continuer et d’être toujours dans la performance. Malgré la morosité générale, il y a des signes positifs, notamment dans la demande pour les soins de bien-être. Si on veut durer, il faut qu’on devienne des experts dans notre métier. Si on propose son expertise, on arrivera toujours à s’en sortir.
Propos recueillis par Georges Margossian.
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