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Angélique Gascoin (L’Onglerie ) : « On ne fait pas vraiment le même métier que celui des instituts de beauté »

La croissance de l'Onglette sur le territoire français

L’enseigne pionnière dans les ongles a fait découvrir aux Françaises, il y a plus de quarante ans, un nouveau métier qui, depuis, connaît un essor spectaculaire. Quelles sont ses ambitions aujourd’hui ? Angélique Gascoin, qui a repris les rênes de L’Onglerie fin 2021, s’est confiée à Profession bien-être.

ANGÉLIQUE GASCOINProfession bien-être : L’enseigne L’Onglerie a été pionnière dans la prothésie ongulaire en France. Qu’est-ce qui a donné envie à ses fondateurs de se lancer sur un marché qui était alors totalement nouveau dans l’Hexagone ?

Angélique Gascoin : La tendance est venue des Etats-Unis. C’est en 1975 que le métier de l’ongle a été ramené en France par Christian et Gisèle Pommier. Tout est parti d’un coup de coeur lors d’un voyage au Canada. A leur retour, Gisèle Pommier a ouvert son premier magasin à Bordeaux, alors que ce type de prestations n’existait pas encore en France. Le système de franchise, lui, a été ouvert en 1983.

Comment l’enseigne s’est-elle adaptée à l’explosion du marché, face à la concurrence des bars à ongles, des instituts de beauté, voire des indépendantes ?

On a su garder le cap en formant nos équipes régulièrement. Aujourd’hui, le métier va certes très vite, on voit beaucoup de concurrence, mais pas forcément de la bonne concurrence, car beaucoup de jeunes femmes, avec des formations très superficielles et une hygiène qui n’est pas toujours au rendez-vous, ouvrent des instituts qui, malheureusement, ont une durée de vie très courte. La force de L’Onglerie, c’est d’être un réseau avec des services et un accompagnement de nos franchisés très importants.

Il n’est pas nécessaire d’être esthéticienne pour faire de la prothésie ongulaire. En revanche, il faut être diplômée pour proposer de la manucure. C’est une contrainte pour vous ?

Pas du tout. La manucure ne peut pas être exercée si on n’est pas titulaire d’un CAP esthétique, c’est vrai. En revanche, il existe un titre RNCP reconnu par l’Etat – et on est les seuls en France à l’avoir – qui donne une équivalence pour pouvoir s’installer et faire des manucures. 

Il existe aussi d’autres titres reconnus par France Compétence comme le CQP de styliste ongulaire. Quelle est la différence ?

L’intérêt du titre RNCP, c’est d’apporter une équivalence de diplôme, une vraie certification, et non pas juste une attestation de formation. La formation, elle, dure de 5 à 9 semaines, de l’anatomie de l’ongle jusqu’à la sécurité et l’hygiène, en passant, bien sûr, par toutes les techniques, les modelages d’ongles, les soins, les matières… On apprend aussi la gestion d’une caisse, d’un stock ou la vente de produits.

Combien avez-vous d’écoles aujourd’hui ?

On a deux écoles. L’Onglerie Académie, qui est essentiellement réservée à nos franchisés et à leurs salariés, avec un savoir-faire spécifique à notre réseau. Et, depuis un an, j’ai ouvert une académie, qu’on a appelée Ofélie et qui est ouverte au public, en proposant des techniques un peu différentes de celles de L’Onglerie. Ce centre nous permet de former des jeunes femmes en reconversion professionnelle. On leur donne la possibilité d’acquérir un métier, de pouvoir s’installer et une pédagogie sur la sécurité et l’hygiène de notre métier.

On peut donc suivre une formation sur Ofélie sans travailler pour L’Onglerie ? 

Oui, et c’était une décision des anciens dirigeants. J’y vois plusieurs raisons. D’abord, il vaut mieux avoir sur le marché des professionnelles bien formées, plutôt que de voir des jeunes femmes, formées sur Youtube, faire n’importe quoi. Cela risque de nuire à terme à l’image du métier et pousser les autorités à mettre en place des normes drastiques.

La deuxième raison, c’est de se dire que, alors qu’on a beaucoup de mal à recruter aujourd’hui, ces femmes peuvent constituer notre vivier de demain, que nous pouvons ramener dans notre réseau de franchise, en tant que techniciennes, responsables de boutique ou futures franchisées.

Quelles relations entretenez-vous avec les instituts, qui proposent aussi de la prothésie ongulaire ?

Très bonnes. On n’a pas vraiment le même métier, ni le même business modèle, dans le sens où, dans des instituts de beauté, on est beaucoup plus sur des prestations courtes et de semi-permanent, comme c’est la tendance en ce moment, alors que nous, on est plus sur de la prothésie et le modelage d’ongle.

En 2015, L’Onglerie a été déboutée par la Cour d’appel de Paris de sa demande en contrefaçon à la suite de l’utilisation du terme «onglerie» par un concurrent. Comment parvenez-vous à protéger votre marque aujourd’hui ?

Vous parlez de 2015, mais trois ans plus tard, on a eu une décision qui nous a été favorable, ce qui nous a permis de faire valoir notre nom. Aujourd’hui, on est assez confiants. Notre nom est bien reconnu par la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés, NDLR). Et on n’a pas de difficulté aujourd’hui à faire enlever ce mot « onglerie » sur les vitrines d’indépendants, parce qu’on a juste un courrier à faire.

Avant de prendre les rênes de L’Onglerie, en juin dernier, vous aviez dirigé plusieurs franchises de l’enseigne. Vous étiez esthéticienne au départ ?

Non, pas du tout. J’ai fait des études de gestion/comptabilité. Par contre, après avoir été cliente de L’Onglerie pendant de nombreuses années, j’ai fait une reconversion professionnelle en 2005, et c’est comme ça que je suis rentrée dans le réseau. Depuis, j’ai eu, au total, quatre boutiques.

Est-ce qu’il y a une recette pour réussir sur ce marché ?

Au-delà des recommandations habituelles sur la trésorerie et la gestion, il faut se rappeler que c’est un métier de prestation de service : c’est donc l’humain qui va coûter cher. Il faut alors bien cerner son seuil de rentabilité. C’est lui qui va indiquer si son salon peut absorber une embauche supplémentaire. Ensuite, il faut savoir calculer la rentabilité de chaque table, c’est-à-dire pour une personne qui va faire la prestation.

Il faut compter combien de temps pour atteindre ce seuil de rentabilité ?

Cela peut aller très vite, en moins d’un an, si on est dans des villes où il n’y a pas beaucoup de concurrence. Quant au chiffre d’affaires, cela dépendre du nombre de tables que vous allez pouvoir y mettre. En moyenne, on tourne autour de 150-200 000 euros HT de CA. C’est pourquoi nous privilégions essentiellement des centre-villes dans des villes de plus de 20 000 habitants.

Quels profils de candidats retenez-vous en priorité ?

On veut trouver des profils de gestionnaires d’entreprise. Nous sommes de plus en plus exigeants là dessus. Il y a beaucoup de personnes qui pensent que c’est simple d’être patron, mais, quand on gratte un peu, on s’aperçoit qu’il n’y a pas que des avantages. Il faut avoir la tête sur les épaules pour savoir gérer une entreprise !

Compte tenu du contexte économique actuel, est-ce qu’il sera plus dur, selon vous, de se lancer ?

Non, je ne le pense pas. On essaye de négocier au mieux nos prix pour que les impacts ne soient pas trop importants pour nos franchisés. En cas de difficultés financières, on s’efforce d’être encore plus proches d’eux. Mais pour les mois à venir, on n’a pas trop d’inquiétude. Avec le Covid, les gens ont eu envie d’être leur propre patron. En 2022, on a eu six ouvertures et on prévoit sept ouvertures pour l’année prochaine. Sur un parc de 115 salons, c’est plutôt une bonne croissance.

Sur le plan national, L’Onglerie s’est surtout développée dans le Grand Ouest et le Nord. A votre arrivée, vous avez annoncé que votre ambition est de renforcer votre présence à l’Est de la France, où vous êtes absente. Pourquoi cette zone est-elle si importante pour vous ?

Parce que ce maillage géographique reste un gros sujet de développement pour nous, dans la mesure où nous ne sommes pas du tout présents dans la partie Est de la France, de Strasbourg à Nice ! Par exemple, lors du salon Beauty Prof’s, à Marseille, on s’est aperçus que L’Onglerie n’était pas si bien connue que ça dans le Sud-Est. C’est pourquoi, depuis que je suis arrivée, je mets vraiment l’accent sur notre communication et le ciblage plus jeune de nos clients.

La concurrence ne vous fait pas peur à l’Est ?

Non, il y a de la place pour tout le monde. Et puis, c’est un métier qui est tellement diversifié. Dans l’Est de la France, vous avez beaucoup plus de bars à ongles que d’instituts comme L’Onglerie, en centre-ville.

Quels sont vos objectifs ?

Comme je l’ai annoncé en juin, 120-150 franchisés en 2025, par des ouvertures ou, pourquoi pas, de la croissance externe, voire des succursales. Nous sommes leaders du marché et nous voulons conserver notre position. 

Depuis la crise sanitaire, avez-vous récupéré une partie de votre chiffres d’affaires ?

Oui, on est à plus de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022. On a fait un +30% par rapport à 2021 et on est un tout petit mieux que 2019. On a donc récupéré la croissance d’avant le Covid. J’ajoute que, pour l’an prochain, nous souhaitons aussi développer notre gamme de produits. Depuis septembre, nous avons renforcé la formation à la vente de nos équipes, tout en améliorant notre site de e-commerce.

En septembre 2023, on va lancer, pour la première fois, une nouvelle gamme sur les soins des ongles et peut être aussi des vernis biosourcés. Et puis, début 2024, on aura des soins crèmes, gommages et masques. Aujourd’hui, les produits représentent très peu de notre chiffre d’affaires. Mais en 2024, j’espère faire 50%, voire 70% de plus. Et, pourquoi pas, nous ouvrir à certains canaux de distribution.

Propos recueillis par Georges Margossian.

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