Le savon de Marseille, produit emblématique de la cité phocéenne, est aujourd’hui victime de détournement. Selon Le Figaro, près de 80% des savons vendus sous l’appellation «savon de Marseille» ne seraient pas véritablement issus de Marseille, une estimation que les artisans locaux considèrent même comme sous-évaluée.
Ce phénomène est principalement dû à une concurrence mondiale de plus en plus agressive. Des producteurs en Turquie, au Maroc, ou des industriels comme Henkel, exploitent cette appellation sans respecter la tradition, ce qui menace non seulement la crédibilité du produit, mais aussi l’authenticité d’un savoir-faire ancestral.
La situation est aggravée par l’absence d’une indication géographique protégée (IGP), qui aurait pu garantir l’origine et le processus de fabrication de ce savon iconique. Sans cette protection, il est facile pour de nombreux fabricants d’utiliser l’appellation «savon de Marseille», tout en produisant des articles qui ne respectent pas les méthodes traditionnelles.
Une concurrence déloyale, selon les artisans locaux, car les véritables savons de Marseille, confectionnés selon la méthode traditionnelle à base d’huile d’olive, engendrent des coûts de production élevés. «La saponification à base d’huile végétale doit aussi être reconnue comme étant lié à un savoir-faire spécifique», réclame Guillaume Fievet, directeur général de la savonnerie du Midi, cité par Le Figaro.
Un label pour les entreprises provençales
Ce combat n’est pas nouveau. Depuis près de quinze ans, les artisans du savon de Marseille luttent pour obtenir une indication géographique protégée (IGP), afin de protéger l’authenticité de leur produit. Toutefois, ce projet est freiné par des désaccords internes entre les deux principales associations de producteurs, notent nos confrères.
Les divergences concernent notamment la définition même du «savon de Marseille» : doit-il être produit uniquement à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, ou dans toute la région ? Les artisans sont aussi divisés sur le processus de fabrication et l’ajout ou non de parfums.
Face à cette impasse, certains, comme Raphaël Seghin, président de la savonnerie du Fer à cheval, appellent à l’intervention d’un arbitre indépendant pour trancher. Julie Bousquet-Fabre, présidente de la savonnerie Marius Fabre et de l’Union des professionnels du savon de Marseille (UPSM), souligne, quant à elle, la nécessité d’une volonté politique pour débloquer ce dossier.
En attendant l’obtention d’une IGP, les membres de l’UPSM ont pris les devants en créant un label destiné à distinguer les 500 à 700 tonnes de savons produits chaque année selon la méthode traditionnelle. Bien que cette solution temporaire ne remplace pas la protection qu’offrirait une IGP, elle représente une étape importante pour préserver leur savoir-faire.
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