L’orage gronde sur le secteur de la beauté. Une quinzaine de PDG de l’industrie cosmétique européenne se sont réunis le 18 mars à Bruxelles, bien décidés à faire entendre leur voix face à la directive sur les eaux résiduaires urbaines (DERU). En ligne de mire : une taxe de plusieurs centaines de millions d’euros, imposée pour financer le traitement des micropolluants dans les eaux usées. Un coût que les géants du secteur jugent déséquilibré et injuste.
«Pour éliminer ces micropolluants, les stations d’épuration devront s’équiper soit avec du charbon actif, soit avec des procédés d’osmose. Ce surcoût sera payé par des éco-organismes auxquels contribueront les industriels», détaille le journal Les Echos. Adoptée en novembre dernier, la réglementation impose aux fabricants de cosmétiques et de produits pharmaceutiques de verser 300 millions d’euros par an pendant vingt ans.
Au total, l’addition s’élève à 1,2 milliard d’euros annuels, dont 74% seront à la charge de l’industrie pharmaceutique et 26% pour la cosmétique. Mais pour les entreprises concernées, le principe pollueur-payeur est ici appliqué de manière bancale, laissant de côté d’autres secteurs tout aussi impliqués, comme le textile, l’agroalimentaire ou les produits d’entretien.
Dépollution des eaux : quels micropolluants ?
La directive a été publiée le 27 novembre 2024, mais, selon Les Echos, Cosmetics Europe, l’association européenne regroupant L’Oréal, Beiersdorf et de nombreuses PME du secteur, a saisi la Cour de justice de l’Union européenne dès le 7 mars, dénonçant une violation du principe pollueur-payeur.
«Le débat ne porte pas sur notre volonté de financer la dépollution, mais sur la répartition de la charge de ce financement entre les différents pollueurs», précise Stéphanie Lumbers, la directrice des affaires environnementales de la Fédération des entreprises de la beauté (Febea).
Autre reproche : les industriels naviguent à l’aveugle. Aucune liste précise des micropolluants concernés n’a été fournie par la Commission européenne, compliquant toute anticipation. Quels ingrédients devront être éliminés ? Quels produits seront impactés ?… Sans réponse claire, les fabricants peinent à ajuster leurs formules ou à envisager des alternatives, alors que la France, premier acteur européen de la cosmétique, pèse plus de 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et détient 15 % du marché mondial.
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