On les surnomme «polluants éternels», parce que, disséminées dans l’environnement, les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) ne se dégradent pas dans la nature. Elles présentent des propriétés particulièrement recherchées par les industriels : antiadhésives, antitaches, imperméabilisantes et résistantes aux hautes températures…
Les cosmétiques ne font pas exception. En janvier 2023, une enquête de la BBC révélait que des produits de beauté de grandes marques, également distribués en France, comportaient des «polluants éternels». Seulement voilà : identifiées comme toxiques, ces substances sont aussi capables de s’accumuler dans les organismes vivants…
Et aujourd’hui, personne n’y échappe. Onze personnalités politiques ont accepter de participer à une analyse biologique organisée par les ONG Bureau européen de l’environnement (EEB) et Chemsec. Présentés le 31 janvier, les résultats ont montré que tous, sans exception, présentaient des PFAS dans leur sang.
Une toxicité jugée « multiple »
Des résultats inquiétants, car, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), la toxicité de ces composés chimiques est «multiple», pouvant provoquer une hausse du taux de cholestérol, des cancers, des effets sur la fertilité et le développement du fœtus… Ils sont aussi suspectés d’interférer avec le système endocrinien et immunitaire.
Face à cette menace, un rapport parlementaire, réalisé à la demande du gouvernement et publié en février, recommande de «faire cesser urgemment les rejets industriels» contenant des polluants éternels, «sans attendre de restriction européenne».
De son côté, le député écologiste de Bordeaux Nicolas Thierry a déposé une proposition de loi, qui sera débattue le 4 avril. Elle prévoit de faire interdire ces substances dès 2025 quand des alternatives existent. L’Union européenne, quant à elle, réfléchit à une interdiction d’ici 2026 pour tous les États membres.
Profession bien-être : Les cosmétiques sont-ils particulièrement concernés par les PFAS ?
Jean-Marc Giroux : Les cosmétiques sont concernés selon deux modalités. Il y a une petite catégorie de PFAS qui sont utilisés dans les produits cosmétiques. La bonne nouvelle, c’est que ceux-là vont être volontairement retirés des formules. D’autant plus que, depuis plusieurs années, la cosmétique a tendance à les utiliser de moins en moins. Donc, pour tout ce qui est utilisation volontaire des PFAS dans les cosmétiques, le problème est en cours de résolution.
Par contre, toutes les filières sont concernées, que ce soit l’alimentaire, le médicament, les vêtements, les autres textiles ou l’ameublement. C’est une pollution diffuse sur laquelle personne ne sait encore comment nous allons aborder la dépollution ou la prise en compte de cette imprégnation environnementale.
Si j’ai bien compris, pour les cosmétiques, ce qui est important, c’est de pouvoir les substituer, mais est-ce qu’on les a identifiés aujourd’hui ?
Il y a des listes théoriques, parce qu’il y a plus de 3 000 ou 4 000 PFAS qui sont utilisés, d’une façon générale, dans toutes les industries. Toute la problématique actuelle, pour la Commission européenne et les autorités françaises, c’est d’établir cette liste avec une certaine pondération entre ceux qui sont les plus utilisés, les moins utilisés ou de façon anecdotique. La liste sera publiée et disponible dans quelques mois, je pense.
Est-ce que cela va permettre d’agir rapidement ?
Pour tout ce qui est insertion volontaire de certains PFAS, oui, tout le monde est d’accord là-dessus. Il n’y a pas de polémique entre l’industrie et le consommateur, car il faut les retirer et c’est substituable. Mais, encore une fois, le vrai problème, il est sociétal. Il y en a absolument partout. Il y a un problème mondial, qui n’est pas seulement du ressort de la cosmétique. Loin de là !
Peut-on savoir dans quels types de cosmétiques ils se trouvent ?
Non, justement, et c’est ça le problème. Parce que ceux qui sont introduits volontairement, les fabricants sont en train de les retirer. Mais les autres ? Il faut faire toutes les analyses et on ne pourra même pas les retirer, que ce soit dans un produit alimentaire, dans un emballage ou dans les jouets. Encore une fois, on est dans une pollution diffuse, extrêmement difficile à traiter et pour laquelle le monde entier est en train de chercher des solutions,
Propos recueillis par Georges Margossian.
(*) Cosmed est une organisation professionnelle de la filière cosmétique, qui revendique plus d’un millier d’entreprises adhérentes.
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