Filtre solaire, absorbeur d’UV et photo-stabilisant, l’octocrylène est l’un des ingrédients phares de l’industrie cosmétique. On le retrouve dans les solaires, le maquillage, les crèmes de jour ou encore les parfums. Sa diffusion est massive : plus de 1 500 tonnes sont utilisées chaque année en Europe dans ces produits, selon l’agence nationale de sécurité sanitaire.
L’évaluation menée par l’Anses met en cause son usage, qui «contamine les milieux aquatiques et les sols». Cette pollution entraîne «des risques pour la reproduction et la croissance des espèces aquatiques» ainsi que pour les organismes vivant dans les sédiments et dans le sol, estime l’agence
Les rejets proviennent à la fois des eaux usées domestiques et des boues de stations d’épuration, mais aussi des baignades, qui contribuent à la contamination des lacs, rivières et mers côtières.
Afin de «préserver l’environnement», l’Anses veut donc «limiter drastiquement la concentration maximale autorisée» dans les cosmétiques. Mais à un niveau si bas, que «les propriétés de filtre UV, absorbeur d’UV et photo-stabilisant ne seront plus efficaces», prévient-elle.
«Nous recommandons de réduire sa concentration maximale autorisée dans les formulations à 0.001%, contre 10% aujourd’hui», précise Stéphane Jomini, coordinateur d’expertises scientifiques au sein de l’agence, cité par Le Figaro. L’adoption d’une telle restriction devrait alors conduire, en pratique, à la suppression de la mise sur le marché des produits cosmétiques contenant de l’octocrylène, espère l’Anses.
Des coûts limités pour les industriels
L’agence sanitaire a évalué les «impacts socio-économiques» de la mesure. Les surcoûts de reformulation, notamment pour les produits solaires, sont considérés comme «modérés» et pourraient être «absorbés par les industriels», souligne-t-elle dans son avis.
Pour mesurer l’acceptabilité sociale, une enquête a été menée auprès de 7 200 personnes dans six pays européens, en partenariat avec Ipsos et la London School of Economics. Ses résultats montrent que la disposition à payer pour des cosmétiques sans octocrylène «dépasse largement les coûts engendrés par la restriction», attestant de «la volonté des Européens à agir pour améliorer la qualité des environnements aquatiques», assure Karine Fiore, directrice adjointe à la direction des sciences sociales de l’Anses, interrogée par l’AFP.
La proposition française a été déposée auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), dans le cadre du règlement REACH. Elle est soumise à consultation publique jusqu’au 24 mars 2026. Les comités d’évaluation des risques et d’analyse socio-économique rendront leurs avis en septembre 2026. La Commission européenne pourra ensuite trancher, «au plus tôt en 2027».
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