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Groupe Dessange : « Le concept de beauté globale est quasiment indispensable à notre métier »

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Le groupe Dessange, qui a fait de la beauté globale sa marque de fabrique, devrait accélérer sa croissance après son rachat cet été par le gestionnaire d’actifs d’origine britannique ICG. Entretien avec son président, Emmanuel Gasnot.

DessangeProfession bien-être : Qu’est-ce qui change pour le groupe Dessange depuis l’arrivée d’ICG ? 

Emmanuel Gasnot : C’est une nouvelle page de notre histoire. ICG est un fonds d’investissement que nous connaissons particulièrement bien, avec une confiance mutuelle, puisqu’on travaille ensemble sur pas mal d’opérations de financement depuis 2016. De plus, c’est toujours très intéressant de pouvoir travailler avec un actionnaire très fort sur le plan mondial.

Ce fonds britannique basé à Londres a beaucoup de contacts au travers de ses participations dans différents domaines, et une vision économique affûtée, notamment des consommateurs, de leurs habitudes d’achats et des perspectives plus généralistes. Cette expertise-là, liée à la nôtre dans notre métier, nous est extrêmement profitable.

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Votre objectif, c’est donc d’accélérer votre développement international ?

Nos objectifs de développement sont d’abord en France, sur notre marché domestique, parce qu’une marque n’est jamais aussi forte à l’international que lorsqu’elle l’est sur son marché domestique. La France a un retentissement sur le marché international de la beauté qui est assez incroyable, sur le plan des cosmétiques, mais aussi de la coiffure.

Vous avez 40 ans d’expérience à l’étranger, comment envisagez-vous votre développement en dehors de l’Hexagone ?

On est présents, il est vrai, dans 36 pays avec Dessange et 12 pays avec Camille Albane, également aux Etats-Unis avec une marque qui s’appelle Fantastic Sams. Mais se développer à l’international n’est jamais quelque chose d’aisé. Il faut être très solide sur ses concepts, savoir les adapter et ne pas tomber dans le piège de vouloir les modifier pour se développer.

Donc, bien sûr, nous faisons de l’international un terrain de jeu, surtout dans les pays où nous ne sommes pas présents comme l’Allemagne ou le Portugal, voire le Brésil, qui font partie de nos pistes prioritaires.

Comment choisissez-vous vos marchés ?

Plutôt que de choisir des marchés, je préfère choisir des partenaires, même si l’on fait, bien sûr, des études approfondies de chaque marché. La difficulté avec l’international, c’est qu’on a rarement affaire à des professionnels du métier mais souvent à des investisseurs qui s’adossent à des professionnels.

Selon les prévisions de la société d’études Xerfi, la croissance du marché français de la coiffure devrait s’élever à seulement 3% cette année, puis reculer à 2% en 2024. Vous ressentez ce ralentissement dans vos salons ?

Je vais vous surprendre, mais je pense que l’année la plus difficile dans la coiffure depuis très longtemps, c’est 2022, même si Xerfi annonce 6%. La grande majorité des coiffeurs se sont aperçus que, malgré une croissance de leur chiffre d’affaires, ils arrivaient à un résultat qui était inférieur à 2021.

Il ne faut pas non plus oublier que, dès 2022, les coiffeurs ont commencé à augmenter leurs prix, alors qu’ils ne l’avaient jamais fait avant, et d’une manière très raisonnable. Il y a eu une augmentation des prix, dans nos salons, entre 2,5 et 3%. Ce phénomène ne remonte donc pas uniquement en 2023.

Avec une inflation annuelle de 5 à 6% par an, est-ce que c’est suffisant ?

Non, bien entendu. Il faut bien comprendre que, quand vous êtes entre +3% et +6% de chiffre d’affaires, avec toutes les augmentations auxquelles vous avez dû faire face, consommables, produits, etc., vous perdez de l’argent. Au final, les coiffeurs ont donc perdu entre 3 et 5 points de marge par service.

Comment voyez-vous l’année 2024 ?

Je suis très optimiste, parce que je pense que, face à ce que nous vivons actuellement, il y a de belles opportunités. Une récente étude indiquait que, pour une grande partie des Français, l’innovation devait passer par des produits qui durent plus longtemps. Les gens veulent aujourd’hui donner du sens à tout ce qu’ils entreprennent, avec la notion de respect de l’environnement.

C’est très intéressant, car, dans notre métier, on est mieux placés que n’importe qui pour répondre à ces exigences. Faire durer une coiffure, une coupe couleur ou un balayage plus longtemps, c’est valable pour les services, et pas seulement les produits. Je rappelle que le groupe Dessange est engagé dans le luxe durable depuis 2007.

C’est pourquoi nous voyons un chiffre d’affaires avec une progression en 2024 sans doute supérieure aux 2% prévus par Xerfi pour l’ensemble du secteur, aux alentours de 100 millions d’euros (hors CA des franchisés, NDLR).

On associe souvent Dessange au segment luxe de la franchise. Comment se porte-t-il ? 

On est très touchés qu’on nous associe au luxe. Très honnêtement, je ne sais pas si le luxe existe vraiment dans la coiffure… Il me semble que le luxe, aujourd’hui, c’est surtout d’avoir du temps pour soi, de passer plus de temps avec sa famille, pas forcément de s’acheter quelque chose de «luxueux».

Pour répondre à votre question, je ne sais pas si la cliente achète moins dans cette période inflationniste, mais, ce qui est sûr, c’est quelle achète mieux. Et cela constitue pour nous une vraie opportunité, parce qu’on a toujours eu à coeur de proposer des choses différentes mais aussi le plus personnalisé possible.

La beauté globale est un concept que vous défendez depuis longtemps. Où en êtes-vous aujourd’hui ? 

La beauté globale, c’est essentiellement chez Dessange. Chez Camille Albane, on est positionné sur la polyvalence coiffeur-coloriste-maquilleur. Chez Dessange, c’est différent, on est sur l’expertise. On a un expert technique pour la coupe/coiffage, la coloration, le balayage… On a aussi des conseillères beauté, qui sont esthéticiennes de formation, avec des services de manucurie.

Nous avons des cabines esthétiques, de véritables instituts de beauté, dans environ 60% de nos salons. L’esthétique a été pas mal touchée par le Covid, plus longtemps que la coiffure, parce qu’en 2021, on avait dû fermer les parties beauté de nos salons, mais cette activité est revenue à un bon niveau. Chez nous, elle représente, en moyenne, entre 10 et 12% du chiffre d’affaires d’un salon Dessange.

Est-ce que c’est généralisable en France ?

Je pense que ça n’est pas aussi compliqué que cela peut paraître. La beauté globale n’impose pas forcément d’avoir des cabines esthétique. On peut tout à fait proposer un accompagnement de beauté globale, qui est du conseil beauté, quelques soins du visage à l’intérieur du salon.

La difficulté, c’est que vous avez à gérer des expertises différentes, des personnels différents, que vous n’avez pas forcément… C’est pourquoi je pense que la manucurie, proposé pendant les temps de pause, est un service qui peut s’étendre dans beaucoup de salons.

Quant au maquillage, la retouche est offerte à la fin de chaque prestation chez Dessange. Elle est comprise dans la tarification. Développer vraiment une activité de maquillage peut être plus compliqué, car cela va imposer d’avoir des espaces qui sont un peu plus grands, et donc avec des frais plus importants. 

Le concept de beauté globale s’exporte plus facilement ?

Pas forcément. Vous savez, à l’international, on retrouve souvent les mêmes attentes que l’on connaît en France, sauf là où il y a de vraies différences culturelles. Il y a des services qui sont très populaires à l’international, qui, parfois, sont plus difficiles à mettre en place en France, comme la pédicure.

Par exemple, en France, avoir un espace pédicure dans un salon de coiffure, ce n’est pas évident, alors qu’en Inde, si vous n’avez pas, dans un salon Dessange, au minimum quatre ou cinq fauteuils de pédicure, ce n’est pas la peine de l’ouvrir. Ce qui est sûr, c’est que le concept de beauté globale, pour nous, est quasiment indispensable à notre métier.

Propos recueillis par Georges Margossian.

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