Les destinations bien-être ne sont plus une niche. Porté par une demande mondiale en plein essor et par un marché que le Global Wellness Institute estime à près de 9 000 milliards de dollars d’ici à 2028, le secteur s’apprête à franchir une nouvelle étape. C’est dans ce contexte que Six Senses, la marque wellness du géant britannique IHG, dévoile ses perspectives pour l’an prochain.
«L’avenir de l’hôtellerie est holistique», assure Anna Bjurstam, figure historique de Six Senses, dans un communiqué de l’enseigne fondée par l’hôtelier britannique Sonu Shivdasani, en 1995. Et le virage serait déjà largement engagé, tant les comportements sont en train d’évoluer.
D’après un rapport du cabinet McKinsey, 84% des personnes interrogées aux États-Unis placent le bien-être parmi leurs priorités ; elles sont 94% en Chine et 79% au Royaume-Uni. Une dynamique mondiale qui, pour la spécialiste du bien-être hôtelier, marque la fin du «quick-fix mindset», la logique du «tout, tout de suite», qui a prévalu jusqu’à maintenant…
Du « faire du bien-être » à « être bien »
«On est passé du fait de faire du bien-être à celui d’être bien», résume Anna Bjurstam. Avec Mark Sands, vice-président du bien-être chez Six Senses, elle décrit une demande qui ne se limite plus à des interventions ponctuelles, mais s’étend à l’ensemble du quotidien. Les voyageurs attendent désormais une continuité entre leurs pratiques habituelles et ce qu’ils trouvent en déplacement, et non plus une simple parenthèse de détente.
Le bien-être «occupe désormais une place prépondérante dans la conscience des entreprises», note, de son côté, Mark Sands. Les dirigeants ne le considèrent plus comme un confort, mais comme une nécessité pour maintenir leurs performances. Ce que confirme un récent rapport du think tank français Terra Nova, qui invite les entreprises à faire de la santé mentale une priorité stratégique et un levier de performance.
La technologie gagne aussi du terrain dans les approches de bien-être. Ce n’est pas une surprise pour les lecteurs de Profession bien-être. Nous l’évoquons depuis longtemps. Mais pour Six Senses, l’enjeu n’est plus de choisir entre innovation et traditions, mais de les rendre complémentaires. L’IA est présentée comme un outil d’analyse permettant d’identifier les besoins individuels, à condition d’être associée à l’expertise humaine.
Un bilan de bien-être ouvre chaque séjour de Six Senses, évaluant stress, énergie, clarté cognitive ou repos. Les programmes sont ensuite ajustés à l’aide du suivi du sommeil, d’appareils portables, de tests ADN ou de données épigénétiques. Le but est d’identifier les domaines où les pratiques ancestrales, comme la méditation pleine conscience, le travail corporel ou la médecine énergétique, pourraient offrir les meilleurs effets.
Du biohacking à la routine quotidienne
Autre tendance : les «thérapies par contraste» s’imposent désormais comme un pilier du bien-être. Elles peuvent prendre la forme de cycles combinant cryothérapie, chaleur infrarouge, hammams ou bains chauds, avec l’objectif d’améliorer la circulation et la détoxification.
La respiration consciente, en vogue depuis plusieurs années, s’offre aussi un second souffle. Le Global Wellness Institute la voit progresser à la manière du yoga dans les années 1990, très vite et partout. Une gymnastique minimaliste qui n’exige ni tapis, ni tenue adéquate, ni performance affichée sur les réseaux…
Le retour à l’analogique n’est pas non plus un caprice de déconnectés chroniques. C’est la nouvelle réponse à l’hyperconnectivité. En 2026, la détox numérique ne consiste plus seulement à ranger son téléphone dans un tiroir, mais à réapprendre à habiter le monde réel.
Cela passe, pour Six Senses, par des «expériences artisanales» : écrire à la main, partager une table avec des inconnus, bricoler quelque chose, plutôt que de l’acheter, ou tout simplement prendre le temps de ne rien faire… Voire des expériences dites «pinch me», comme le parapente, les feux rituels ou encore l’observation des étoiles.
L’importance de la dimension spirituelle
Et cette volonté de ralentir ne s’exprime pas partout de la même manière. Car à l’autre extrémité du spectre, une autre dynamique façonne le paysage du bien-être : l’ascension fulgurante du Moyen-Orient. La région affiche aujourd’hui la plus forte croissance de fréquentation des spas. Les Émirats arabes unis sont le marché le plus dynamique de la zone et l’Arabie saoudite enregistre une hausse spectaculaire d’environ 66% par an pour le tourisme de bien-être.
«L’importance accordée au Moyen-Orient au luxe, à la haute technologie et au bien-être holistique influence la façon dont le monde perçoit le bien-être, avec un effet d’entraînement sur des destinations telles que l’Europe, l’Asie et les Amériques», explique Mark Sands. Cela se traduit par un renouvellement de l’offre : hammams revisités, équipements ultramodernes, dispositifs d’hydrothérapie, cryothérapie ou chambres hyperbares.
Enfin, dans un secteur où le bien-être rime rarement avec simple performance physique, on ne coupe pas non plus à une dimension plus intérieure. Spa oblige, la quête de longévité s’accompagne désormais d’une interrogation beaucoup plus vaste : que vaut une vie rallongée si elle n’a pas de direction ?
Selon Six Senses, la prochaine frontière du bien-être ne se joue plus seulement dans les cellules, mais dans ce qui leur échappe : l’âme ! En clair, la science peut rallonger la vie, avec la régénération cellulaire et les diagnostics pilotés par l’IA, mais pas lui donner du sens, font valoir Anna Bjurstam et Mark Sands, qui affirment que les personnes ayant une pratique spirituelle régulière vivraient 33% plus longtemps. Bref, il ne s’agit plus de se contenter de vivre plus longtemps, mais de savoir à quoi ce temps supplémentaire doit servir…
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