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La santé mentale, nouvel enjeu de compétitivité pour les entreprises

SANTÉ MENTALE AU TRAVAIL

Un rapport de Terra Nova invite les entreprises à faire de la santé mentale une priorité stratégique et un levier de performance. Il plaide pour un changement de regard, en passant d’une approche centrée sur l’individu à une responsabilité collective et organisationnelle.

C’est un signal d’alarme. Dans un rapport, le think tank Terra Nova appelle les employeurs à faire de la santé mentale une priorité stratégique, au même titre que la transition écologique ou la transformation numérique. Son diagnostic est sévère. Les troubles psychiques explosent et leur impact sur la vie économique devient massif. 

En 2022, 13 millions de Français étaient concernés par une maladie mentale ou un trouble psychique, selon l’OMS. En 2025, la dépression est devenue la première cause d’invalidité professionnelle dans le monde, rappelle Terra Nova. Le phénomène, longtemps passé sous silence, est désormais devenu un enjeu de société autant qu’un défi économique.

Pour les auteurs, il ne s’agit plus pour les entreprises de se présenter comme des victimes d’un mal diffus, mais d’assumer une responsabilité active dans ses causes : «Les entreprises doivent passer d’une logique de victime collatérale à une responsabilité directe sur les causes structurelles du mal-être», insiste le rapport.

Des coûts économiques colossaux

Au-delà de l’urgence sociale, Terra Nova met en avant une réalité économique chiffrée : la mauvaise santé mentale pèse lourd sur la productivité nationale. En France, son coût global est évalué à 163 milliards d’euros par an, soit 10,6% du PIB, selon une étude URC – ECO FondaMental. Le cabinet Mozart Consulting estime, lui, que le mal-être au travail coûte 14 840 euros par salarié et par an, un montant en hausse de 12% sur un an.

Ces chiffres traduisent une bascule : la santé mentale n’est plus un sujet de bien-être, mais un indicateur de compétitivité. Face à ce constat, le rapport suggère un «changement de regard», en reconnaissant que le bien-être psychologique n’est pas seulement l’affaire des individus, mais le reflet des conditions d’organisation, de reconnaissance et de sens au travail.

«Exiger des collaborateurs qu’ils laissent leurs émotions à la porte du bureau ou de l’usine n’est ni raisonnable, ni réaliste ! Privilégions plutôt dialogue et mains tendues», soulignent ses auteurs, qui invitent à sortir d’une culture de la performance permanente pour réhabiliter le droit à la vulnérabilité.

Impliquer les entreprises en amont

Sur le terrain, les salariés attendent surtout des leviers concrets pour mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle, renforcer leur autonomie et maintenir la convivialité, trois dimensions jugées essentielles, selon l’étude Great Place to Work, citée par le rapport. 

Certes, les entreprises multiplient aujourd’hui les dispositifs d’écoute et d’accompagnement psychologique : hotlines, consultations, cellules de soutien… Utiles mais insuffisants, juge Terra Nova, qui estime que ces approches dites «curatives» relèvent de la prévention secondaire : elles traitent les symptômes sans corriger les causes.

Car, pour le think tank, seule une prévention primaire, centrée sur l’organisation du travail et le management, permet d’améliorer durablement la santé mentale. Son rapport recommande donc de prévenir les risques à la source plutôt que d’externaliser le problème vers des «tickets-psys» ou des actions cosmétiques.

Les managers en première ligne

Santé mentaleSanté mentaleLes dirigeants ne sont pas oubliés. Parmi ses préconisations, Terra Nova insiste sur la nécessité de mieux reconnaître les managers, souvent désignés pour piloter la prévention sans être eux-mêmes protégés. Car s’ils sont au cœur du dispositif, ils comptent aussi parmi les premières victimes d’un système sous tension…

Selon une étude de l’Apec publiée en octobre 2025, les cadres-managers figurent désormais parmi les plus exposés à la surcharge cognitive et à la perte de sens : 68% déclarent subir un contrôle excessif, 41% se disent constamment interrompus et trois sur quatre travaillent sur leur temps libre.

Dans ces conditions, le rapport plaide pour une action en profondeur sur les causes structurelles du mal-être : surcharge, perte de sens, déséquilibre entre efforts et reconnaissance. L’initiative de la Charte «Santé mentale et emploi», lancée en août 2025 par le gouvernement et plusieurs entreprises, illustre, selon lui, cette prise de conscience collective.

Elle encourage à agir autour de quatre leviers concrets : sensibiliser pour démystifier le sujet, instaurer un dialogue ouvert, améliorer les conditions de travail et accompagner les situations individuelles. Mais Terra Nova rappelle qu’aucune stratégie de santé mentale ne peut s’imposer sans dialogue social réel et continu.

La santé mentale, un critère d’attractivité

Le rapport appelle ainsi à travailler ensemble sur les politiques de prévention, en associant dirigeants, représentants du personnel, médecins du travail et salariés. Cette approche collective serait, selon lui, la clé d’un engagement durable.

Les résultats observés dans les entreprises engagées sont spectaculaires, fait valoir le think tank. D’après le baromètre Qualisocial 2025, celles qui disposent d’un plan complet de prévention enregistrent : +26% de salariés en bonne santé mentale, +20% d’engagement et +23% de dévouement au travail.

Mieux, les organisations investies dans une démarche de qualité de vie et des conditions de travail (QVCT) comptent cinq fois plus de salariés engagés et trois fois moins de désengagés que celles qui n’en ont pas. Dans les entreprises actives sur ce terrain, la propension à recommander son employeur est 35 % plus élevée, souligne encore le baromètre Qualisocial. Preuve, s’il en fallait, que le bien-être au travail n’est plus un luxe. 

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