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Un article de Marie Claire met les esthéticiennes sur la sellette

esthéticienne épilation

Comme les épidémies de grippe, l’esthéticienne bashing revient à intervalles réguliers. Métier superficiel, manque d’empathie, pratiques douteuses… Le réquisitoire est toujours le même. Un article de Marie Claire enfonce le clou. Rien de neuf, juste du mépris recyclé.

Impossible d’oublier le fou rire de Pascal Praud en 2020 : l’ex-chroniqueur de foot et ses acolytes, hilares, tournent en dérision une jeune esthéticienne contrainte de travailler dans un abattoir pour sauver son institut, fermé administrativement. Sarcasmes en rafale, mépris en étendard. Une détresse ? Non, juste un prétexte à moquerie sur un plateau télé.

«La moquerie est souvent indigence d’esprit», écrivait La Bruyère. Mais elle n’a pas toujours besoin d’un rire gras pour humilier. Elle peut aussi prendre la forme d’un article de presse qui est au journalisme ce que la caricature est au portrait : une exagération grossière, qui déforme plus qu’elle n’éclaire.

Nous ne discutons pas du sujet : la discrimination. La question est sérieuse et mérite un traitement à la hauteur. Ce que nous pointons, c’est autre chose : la facilité avec laquelle certains travestissent l’analyse en procès à charge, sacrifiant la nuance sur l’autel du sensationnalisme.

Et c’est exactement ce piège dans lequel tombe le magazine Marie Claire, avec un article intitulé «‘Il faut déjà commencer par maigrir’ : ces injonctions et discriminations qui persistent dans les instituts de beauté». Plutôt qu’une enquête rigoureuse, on assiste à un réquisitoire biaisé, où anecdotes chocs et raccourcis remplacent l’analyse.

L’affaire Body Minute a « levé le voile » 

Dommage. Parce qu’on méritait mieux que des clichés servis sur un plateau. Que retient-on ? Que l’affaire Body Minute a «levé le voile» sur le bodyshaming dans les instituts de beauté. Un concept importé des réseaux sociaux, construit sur deux mots anglais : body (corps) et shaming (honte, humiliation). L’idée ? Dénoncer la pression sociale exercée sur l’apparence, les normes esthétiques imposées et les remarques déplacées sur le physique. 

Une démarche légitime, mais qui, mal exploitée, tourne parfois au procès simpliste, où la nuance disparaît derrière l’indignation facile. «Les esthéticiennes sont-elles sensibilisées sur le respect des client.es quelles que soient leurs différences ?», s’interroge notre jeune consoeur. 

Réponse de la nouvelle directrice du Campus de l’esthétique et du spa, Isabelle Fischer, citée dans l’article : «Nous partons du principe que le respect de chacun est censé être la base du métier. Toutefois, dès les premiers jours de formation, les professeurs leur expliquent qu’il existe toutes sortes de morphologies, parlent de handicap et des différentes formes de pilosité et essaient d’en parler quasiment à chaque cours». 

Mais il y a aussi «des mauvaises personnes dans chaque corps de métier», ajoute la responsable. Et, à en croire Marie Claire, leurs méfaits dans les instituts ne se limiteraient pas à de simples maladresses, car elles provoqueraient de véritables traumatismes psychologique.

Des témoignages invérifiables…

Parfois, l’épilation tournerait même à la séance de torture : «J’avais mal et elle me disait de prendre sur moi». Ambiance salle de soins ou chambre de supplice ? Une autre cliente raconte une expérience encore plus saisissante : «En allant me faire épiler, l’esthéticienne a fait de grosses allusions sexuelles à mes bleus en me lançant : ‘Je vois qu’il y en a qui s’amusent bien au lit’».

Une troisième témoigne de professionnelles dévalorisant ouvertement la clientèle : «Elles critiquaient les clientes qui avaient pris du poids ou disaient : ‘Oh non, pas cette cliente, elle a de fortes odeurs’». Tiens, cela rappelle le film Vénus beauté… Verdict implacable à la fin : «pourquoi faire ce métier si c’est pour y manquer autant d’indulgence et de respect ?». 

Problème : tous ces témoignages sont invérifiables, Aucun nom, aucune source, aucun contexte. Juste des anecdotes brutes, livrées sans recul. Et un détail, une broutille : pas une seule esthéticienne interrogée. Accusées, jugées, condamnées… en leur absence. C’est regrettable. 

Passer de l’autre côté du miroir ?  

Que raconteraient-elles ? Sans doute bien plus qu’on ne l’imagine sur un métier que beaucoup jugent, mais peu connaissent vraiment. Car l’esthétique n’est pas juste un service marchand. C’est une proximité particulière, un espace d’intimité où, derrière la porte close d’une cabine, se révèlent autant les complexes que les confidences : une surcharge pondérale, un grain de beauté inquiétant, une cicatrice, une malformation…

Et puisqu’il est question de discrimination, pourquoi le journal Marie Claire passe-t-il sous silence l’autre face du miroir ? Le manque de respect des clientes, leur agressivité, leur condescendance ? Les ordres aboyés entre deux conversations téléphoniques ? L’hygiène douteuse de certaines ? Étrangement, silence radio.

Tout n’est pas glamour dans ce métier, les esthéticiennes le savent mieux que personne. Mais qui les écoute ? Pas Marie Claire, visiblement. Que dirait Marcelle Auclair, qui voyait son magazine comme un porte-voix pour les femmes ? Probablement pas qu’il faille en défendre certaines en écrasant les autres.

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