Injections sauvages, détatouages clandestins, microneedling… Le marché illégal de l’esthétique explose en ligne. Dans «Derrière le filtre, enquête sur le système de l’influence» (éditions Leduc), Audrey Chippaux, spécialiste des réseaux sociaux, alerte sur cette banalisation des pratiques illégales. Elle constate une multiplication de formations express proposées sans encadrement légal, largement relayées par des influenceurs.
«J’ai épinglé récemment la publication d’une influenceuse qui faisait la promotion d’une femme qui n’est absolument pas médecin et qui propose des formations pour l’injection d’acide hyaluronique, le détatouage et le microneedling. C’est une pratique illégale de la médecine et c’est très fréquent sur les réseaux sociaux», explique-t-elle dans une interview au Dauphiné.
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Des instituts de beauté hors cadre réglementaire
Loin de se limiter aux influenceurs, le phénomène toucherait aussi certains instituts de beauté. Audrey Chippaux dénonce la multiplication d’établissements proposant des actes réservés au corps médical, sans que les intervenants soient formés de manière appropriée.
«Certains salons n’hésitent pas à promouvoir des actes relevant de la médecine, comme le microneedling. J’en vois quotidiennement. J’ai aussi eu des témoignages de femmes qui ont bossé là-dedans, qui m’ont raconté qu’elles n’étaient pas formées. On leur explique en gros comment ça marche et puis c’est ‘allez roule’, elles font du laser, avec des machines qui peuvent venir de l’étranger et qui ne sont pas conformes à nos normes européennes», affirme la spécialiste des réseaux sociaux.
Parmi les exemples évoqués dans son livre, le centre esthétique lyonnais Aunessa avait défrayé la chronique judiciaire l’an dernier. Visé par une information judiciaire pour exercice illégal de la médecine, il a notamment été mis en lumière par des publications sur les réseaux sociaux.
De nombreux témoignages de victimes
Face à l’ampleur du phénomène, les moyens de contrôle apparaissent limités. Le caractère éphémère de nombreux contenus, publiés sous forme de stories disparaissant en 24 heures, complique la tâche des autorités. À cela s’ajoute le volume considérable des publications et de l’audience générée.
«Ce sont des milliers de posts et des centaines de millions de vues. Ce qui crée à la fois un sentiment d’impunité chez les influenceuses et leur donne une visibilité, une crédibilité», relève Audrey Chippaux. Ce phénomène contribue à banaliser des pratiques illégales auprès d’un public souvent jeune et peu informé.
Les conséquences sont parfois dramatiques. «J’ai eu des jeunes femmes qui ont eu le corps brûlé après une séance d’épilation au laser. Plusieurs autres m’ont raconté qu’après des injections, les produits ont migré. Elles se sont retrouvées avec le visage déformé», assure l’auteur.
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