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Injection illégale d’acide hyaluronique : « Cet acte peut avoir des conséquences dramatiques »

Loin d’être anodines, les injections illégales, c’est-à-dire réalisées par des personnes sans aucun qualification médicale, peuvent entraîner des séquelles à vie, explique le Dr Jean-Luc Jauffret, président de la Société française des chirurgiens esthétiques plasticiens (Sofcep).

Profession bien-être : On parle beaucoup de «fake injectors», ces apprentis-sorciers, sans diplôme de médecin, qui injectent de l’acide hyaluronique ou toute autre substance, pour faire grossir les lèvres ou cacher des rides. Quel est le problème aujourd’hui ?

Dr Jean-Luc Jauffret : Le problème, c’est qu’on oublie que cet acte peut avoir des conséquences dramatiques, c’est-à-dire des complications avec des séquelles à vie. Les personnes qui ne sont pas formées à ce type d’intervention peuvent injecter le produit dans un vaisseau ou comprimer un vaisseau qui va être à l’origine de la complication. Elles ne sont pas non plus formées à la dépister et à la traiter rapidement, qui est la seule façon d’éviter les séquelles.

Est-ce qu’on arrive à quantifier aujourd’hui le nombre de « fake injections » ?

Les quantifier, c’est impossible, parce que c’est souvent quelque chose qui se passe sous le manteau, dans des appartements, organisé par le bouche-à-oreille, les réseaux sociaux, mais c’est une question qui prend de l’ampleur, puisque, régulièrement, on voit aujourd’hui nos propres patientes qui reviennent nous voir, un peu honteuses, après avoir été injectées par quelqu’un qui n’était pas forcément médecin. 

Pourquoi les injections peuvent-elles être dangereuses pour un patient si elle ne sont pas effectuées par un médecin ?

Quand on injecte de l’acide hyaluronique, on injecte un produit qui est une espèce de pâte visqueuse qui peut comprimer ou rentrer dans un vaisseau. À partir du moment où le sang ne passe plus, le territoire tissulaire, qui est en aval de ce vaisseau, n’est plus irrigué et oxygénée, et donc il souffre et il peut nécroser. Et c’est là qu’il peut y avoir des séquelles. Il faut donc connaître l’anatomie, savoir ce qu’on injecte, où passent les vaisseaux, et, bien sûr, diagnostiquer et traiter une complication, quand elle arrive, parce que cela peut aussi arriver à un médecin.

Ces complications peuvent prendre quelles formes ?

Le premier signe de souffrance vasculaire, c’est d’abord la douleur. Une injection très douloureuse 6, 7 ou 8 heures après, c’est un signe qui doit alerter. Ensuite, c’est l’apparition d’une tâche avec une zone bien limitée, d’une couleur différente, parfois sombre, parfois bleue, parfois un peu rouge.

Et souvent, des petites pustules, comme un bouton, dont on peut penser à tort que c’est une infection. Ce sont les premiers signes de l’infection, et c’est là où il faut agir. Si on laisse passer ce moment durant les 36 premières heures, la souffrance tissulaire est installée.

En tant que médecin, comment identifiez-vous ce type d’injection chez vos patients ?

Ce qui me stupéfait, c’est de voir la crédulité des patientes qui vont se faire injecter par quelqu’un dont elles ne connaissent absolument pas la compétence et ne savent rien de la provenance du produit utilisé. Le plus souvent, elles arrivent dans nos cabinets avec un mauvais résultat, c’est-à-dire trop visible ou irrégulier.

En France, vous avez à peu près une dizaine de laboratoires qui sont bien connus, mais il existe des centaines d’acide hyaluronique qui sont vendus sur le marché, dont certains sont très bon marché. C’est avec ces produits qu’on risque des complications de type intolérance ou des réactions du corps, voire un granulome.

En tant que président de la Sofcep, est-ce que vous lancez un appel aux pouvoirs publics ?

Cela fait longtemps que le syndicat des chirurgiens plasticiens et la Sofcep ont lancé cet appel pour réglementer l’accès à notre profession, c’est-à-dire de déclarer une bonne fois pour toute qu’il est interdit de faire des injections quand on n’est pas médecin. Ensuite, il faut réguler l’accès à la médecine esthétique en proposant un diplôme aux médecins de façon à ce qu’ils puissent être correctement formés.

Propos recueillis par Georges Margossian.

LIRE AUSSI : Dr Martine Baspeyras : « Les injections sont un acte médical »

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