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Dr Martine Baspeyras : « Les injections sont un acte médical »

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Face à l’essor des injections illégales, les médecins tentent d’alerter l’opinion publique. Les esthéticiennes, en première ligne, ont aussi un rôle d’information, estime la dermatologue Martine Baspeyras, vice-présidente du gDEC*.

Martine BaspeyrasProfession bien-être : Comment expliquez-vous cette hausse des injections sauvages ?

Dr Martine Baspeyras : Outre les prix cassés pratiqués par des non médecins, la possibilité de payer en espèces – parfois avec des remises de groupes ! -, on présente souvent ces actes esthétiques comme faciles à réaliser. Il y a une banalisation de ce type d’intervention avec une méconnaissance des risques.

Par exemple, une de mes patientes m’a dit un jour : «Docteur, je viens me faire injecter chez vous mais j’ai hésité, car la personne qui m’a fait les ongles m’a proposé de me faire des injections après avoir appris sur Youtube comme il fallait faire»…

Je crois aussi qu’il y a un manque d’information. Je vois souvent des gens de bonne foi, notamment des esthéticiennes, qui m’ont dit qu’ils pensaient qu’ils avaient le droit de faire des injections. Et certaines personnes, pas très honnêtes, les confortent dans cette idée totalement fausse.

Où doit se trouver la limite avec le médical ?

Les gens ont l’impression qu’on leur demande beaucoup de choses pour un acte qui semble très facile à réaliser. Or, c’est loin d’être le cas avec les injections. Ils ne se rendent pas compte que la peau est un organe particulier, qui a des réactions spécifiques. À partir du moment où vous y mettez quelque chose, cela devient un acte médical. On a une effraction de la peau, on introduit un corps étranger, et ce n’est pas toujours facile à gérer.

On se souvient, par exemple, du stylo qui injectait sans piqûre (le Hyaluron Pen, NDLR)… Les médecins s’en servaient aussi pour les cicatrices en relief, car ils permettaient de faire passer la cortisone par pression. L’inconvénient, c’est que, quand vous injectez de cette façon, vous incluez aussi des petits morceaux de peau. Donc, vous risquez d’avoir, cinq ans après, des nodules. C’est pour ça, en plus des problèmes de stérilité, que ces stylos ont été interdits.

LIRE AUSSI : Interdiction du hyaluron pen : ce que risquent les esthéticiennes

Quels sont les risques d’une « fake injection » ?

Depuis quelques années, des patients viennent nous voir avec des effets secondaires d’actes réalisés par des non-médecins, ce qui soulève la question de leur prise en charge médicale. L’autre problème, c’est notre responsabilité face à ces patients. Souvent, il y a aussi un retard de diagnostic, parce que les gens hésitent à venir nous voir. Ils ont un peu honte, ils savent que ce qu’ils ont fait n’est pas légal.

On les voit arriver au bout de 3 ou 4 jours avec des croutes, parfois des pustules, voire un début de nécrose. Le risque, pour eux, c’est de garder des cicatrices profondes sur le visage, pires que celles de la varicelle, avec, parfois, des troubles pigmentaires, des rougeurs et une sensibilité. J’insiste, ce n’est pas une réaction normale à un acte esthétique !

Les esthéticiennes ont-elles un rôle particulier à jouer auprès de leurs clients ?

Mais les esthéticiennes que je connais ont tout à fait conscience de ce rôle. Elles expliquent à leurs clients que ce n’est pas leur travail. Chacun son métier. Quand j’injecte et que je masse après, je demande souvent à mes patients d’aller voir une esthéticienne, parce que ce sera beaucoup mieux fait. Certaines ont des mains en or et c’est particulièrement important pour la peau.

L’analyse du visage peut aussi être très bien fait par une esthéticienne. Mais nous, médecins, nous sommes là pour comprendre les anatomies profondes du visage et connaître les contre-indications des médicaments pris par le patient. Une esthéticienne ne doit pas savoir tout ce que fait son client, toutes ses pathologies, cela relève du secret médical.

Et souvent, le plus difficile, pour nous, ce n’est pas d’injecter, c’est l’interrogatoire médical. Nous devons connaître tous les antécédents, ce qui a été fait avant, les pathologies actuelles… Tout ce qui peut être sous-jacent, et donc, pas forcément visible, et qui risque de poser des problèmes par la suite, lors d’un acte esthétique médical.

Propos recueillis par Georges Margossian.

(*) Le groupe dermatologie esthétique et correctrice (gDEC) est un groupe thématique de la Société française de dermatologie (SFD).

LIRE AUSSI : L’acide hyaluronique, en vente libre, bientôt réservé aux seuls médecins

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