INTERVIEW. Arrivée à la tête d’Ingrid Millet en juin 2020, Sandra Grussenmeyer Manny a repris en main le destin de la «belle endormie», qui avait su faire preuve d’originalité dans les années 1960.
Profession bien-être : Tout le monde connait Ingrid Millet, une marque d’institut emblématique. Mais sa présence dans le paysage semblait s’être estompée…
Sandra Grussenmayer Manny : Oui, c’est vrai. Toutes les beauty addicts savent qu’Ingrid Millet a été la première à utiliser le caviar dans la formulation cosmétique. Mais cela remonte aux années 1960. Depuis quelques années, la marque est devenue ce que l ‘on appelle une «belle endormie».
Réveiller cette belle endormie ne vous faisait pas peur ?
Non. C’est un challenge et j’aime relever les défis. Je l’ai déjà fait pour Maud Frizon, qui appartient au même groupe hongkongais qui a racheté Ingrid Millet.
Vous connaissiez le monde de l’esthétique ?
Non. Je viens du textile et de la mode. Mais c’est un univers qui n’est pas très éloigné de celui de la beauté. Et je n’avançais pas en territoire inconnu. Tout comme Maud Frizon, Ingrid Millet possédait un ADN très fort. La marque avait marqué un net recul à cause de mauvaises décisions stratégiques, comme par exemple des points de vente à l’image surannée qui ne correspondait pas à celle d’Ingrid Millet. C’était un challenge important, dans la mesure où le chiffre d’affaires annuel de 6 millions d’euros était tombé, en 2020, à 1 million, du fait des directions successives, sans véritable projet.
Comment remonter un tel handicap ?
En prenant le temps de la réflexion et en révisant toute la politique. Cela n’est pas facile, car en prenant mes fonctions, j’ai eu droit à tout, y compris un contrôle fiscal dans la foulée… Nous avions de très bons agents, malheureusement en fin de carrière, qui ont pris leur retraite. En 2020, la priorité, c’était donc de redonner confiance et de ne pas tirer la marque vers le bas.
Il fallait aussi se rendre à l’évidence : Ingrid Millet est avant tout une marque de soin, qui exige de l’expertise et du conseil. J’ai eu l’occasion de tester les réseaux de parapharmacie. Ces réseaux obéissent à une logique de grande distribution avec des prix plus élevés : ce n’est pas cohérent pour une marque comme Ingrid Millet. En 2021, malgré une fermeture de six mois du marché chinois, nous avons stabilisé le chiffre d’affaires.
Avez-vous été très impacté par les conséquences de la pandémie ?
Un phénomène d’une telle ampleur fait forcément se remettre en question. Notre façon de travailler a changé. Entre vision et télétravail, nous sommes devenus plus nomades. La pandémie n’a pas été un frein, mais elle a été une ouverture vers une nouvelle réflexion sur la façon de travailler. Personnellement, cela m’a permis, du fait des confinements, de retrouver mon souffle. L’équipe toute entière a trouvé le moyen d’y trouver du positif.
Quels sont vos objectifs ?
Je ne vais pas remonter la pente en quelques mois, mais, visiblement, cette année, nous allons pouvoir viser un chiffre d’affaires de 7 à 8 millions. Il s’agit surtout de remonter les ventes en France, car l’export fonctionne toujours très bien. Il fallait surtout inverser la tendance et repartir à la hausse. Vouloir aller trop vite n’est pas une bonne politique.
Le principal objectif, c’est de redonner ses lettres de noblesse à Ingrid Millet. Le plus délicat avec des produits iconiques comme les nôtres, c’est de reformuler et de rajeunir la marque en tenant compte des besoins de la clientèle.
Allez-vous raccourcir votre liste de produits ?
Au lieu de supprimer des produits, nous avons pris le parti de supprimer tous les sur-packagings : c’est un énorme chantier, mais cela répond à une demande de durabilité des clientes. Cette année, nous avons beaucoup travaillé sur le catalogue, en envisageant de nouvelles formulations.
En 2023, nous repartons de plus belle avec de nouvelles formulations et de nouveaux produits. Une chose est sûre : je ne veux pas suivre la tendance du zapping des «produits éphémères». Cela ne correspond pas au profil de nos clientes.
Le plus important, c’est de rester en phase avec les demandes du marché. Quand vous donnez du temps aux clientes, vous recueillez des indications précieuses. Sans cela, vous n’avancez pas. Et même si je dirige l’équipe, je suis encore capable de prendre ma voiture pour aller écouter les attentes de nos gros dépositaires.
Propos recueillis par Siska von Saxenburg.




