Beauté

Bien-être

Business

Julien Romestant : « On connaît mieux les effets des cosmétiques sur l’état de bien-être »

L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE AU SERVICE DE LA COSMÉTIQUE

L’intelligence artificielle s’immisce dans la beauté, où ses algorithmes permettent déjà de proposer une offre ultra personnalisée. Pour Profession bien-être, Julien Romestant, directeur Intelligence économique à la Cosmetic Valley, lève le voile sur ses dernières innovations.

JULIEN ROMESTANT, directeur intelligence artificielle cosmetic valleyProfession bien-être : L’intelligence artificielle était au coeur du salon Cosmetic 360 le mois dernier. Concrètement, où en est-on aujourd’hui ?

Julien Romestant : L’intelligence artificielle est déjà partout, sans que le public ne s’en rende forcément compte, et elle commence à être transposée dans la cosmétique. Par exemple, avec le Makeup Genius, de L’Oréal, ou le Perfect Corp, les consommateurs accèdent à du maquillage en réalité augmentée, qui leur permet de faire des essayages virtuels. Cela leur évite de se maquiller chez eux, puis de se remaquiller en magasin, en touchant des testeurs susceptibles d’être contaminés.

Quand on évoque l’intelligence artificielle, de quoi parle-t-on ?

En fait, l’intelligence artificielle est tout ce qui va permettre de traiter des données à grande échelle. Aujourd’hui, on peut croiser des données environnementales, comme le climat, des données génétiques et des données sur la peau, avec des technologies d’analyse de l’image, pour concevoir des produits sur-mesure.

Le diagnostic de peau semble s’améliorer d’année en année…

Ce qui s’améliore, c’est la qualité de traitement des images. Par exemple, on arrive à voir la vascularisation de la peau, via des spectres infrarouges. La technologie permet aussi une analyse de plus en plus fine, grâce, notamment, au «machine learning», un procédé qui permet aux ordinateurs de bâtir des bases de données en agrégeant les résultats de toutes les analyses de peau réalisées jusque-là. Et ces ressources sont ensuite utilisées par les marques, qui affinent de cette façon leur connaissance du consommateur. L’intelligence artificielle fait aussi gagner du temps. Par exemple, en réduisant la durée de traitement des études cliniques pour les cosmétiques, comme on peut le voir avec la plateforme Datacapt.

En quoi l’intelligence artificielle peut-elle aider les marques à se reconvertir dans la «clean beauty» ?

Grâce aux données environnementales, c’est une nouvelle tendance qui apparaît. L’intelligence artificielle va nous permettre d’avoir une meilleure traçabilité des ingrédients utilisés dans une formulation. On va pouvoir regarder l’ensemble de la chaîne de valeur, ce qu’on appelle la «supply chain», et voir comment les ingrédients sont extraits, dans quelle région du monde, si des pesticides sont utilisés, etc. On arrive, de cette manière, à calculer un score environnemental, qui servira de référence pour sélectionner des fournisseurs, selon l’impact souhaité. On pourra aussi discriminer les emballages proposés en fonction de leur bilan carbone.

L’intelligence artificielle s’intéresse aussi à l’échantillonnage, comme ce que propose So Post, qui permet aux marques de lancer des campagnes de produits en fonction des résultats d’une analyse de données…

Oui, il s’agit ici de réduire le gaspillage. Aujourd’hui, dans le retail, on vous donne des échantillons un peu au hasard avec le produit que vous achetez : vous pouvez par exemple repartir avec un parfum pour femme, alors que vous êtes un homme. Ici, on va pouvoir personnaliser les échantillons, grâce aux données qu’on aura recueillies sur les consommateurs. Au final, on aura un bon matching entre le besoin du client et l’échantillonnage proposé.

On a toujours associé les cosmétiques au bien-être, mais il semble que cette tendance se soit accentuée depuis la crise sanitaire. Qu’est-ce qui est en train de changer ?

C’est un lien très profond, en effet. On l’a vu avec la pandémie, où les consommateurs ont été privés de cosmétiques, de coiffeurs et de soins esthétiques. Cela eu un impact très fort sur leur santé mentale. Quand ils ont pu retrouver leurs anciennes routines, ils se sont dits qu’ils pouvaient enfin se reconnecter à la société. On voit bien que les besoin des consommateurs s’orientent de plus en plus vers le bien-être, car ils sont soumis aujourd’hui à toute sorte de stress : stress urbain, stress numérique, stress physiologique, stress environnemental…

Comment cela se traduit-il en termes d’innovations ?

On voit apparaître des filtres contre la lumière bleue, la pollution… On peut aussi être sur une approche holistique, comme Energecia, où l’on va s’intéresser à l’impact relaxant des sons dans un rituel de soins. Cette approche «in and out» est de plus en plus utilisée : on aura un soin avec des gélules qu’on va ingérer et, par exemple, de la méditation. Finalement, le moment cosmétique, c’est un moment de bulle, de bien-être, où, pendant quelques minutes, on se connecte à soi-même, à l’instant présent. C’est un peu comme quand on respire en méditation.

L’engouement pour le chanvre, aujourd’hui, en fait partie ? 

Oui, car avec les cannabinoïdes, des molécules sans effet psychotrope, on sait qu’on va améliorer la réponse inflammatoire de la peau. Ce sera donc utile pour soulager son stress mais aussi les inflammations qui peuvent être dues à l’acné ou à la pollution. On a vraiment un axe entre le bien-être sensoriel et la peau. Ce n’est pas un constat nouveau, mais ce qui change aujourd’hui, c’est qu’on peut objectiver ce lien avec des données précises et l’intelligence artificielle. Autrement dit, on connaît mieux les effets des cosmétiques sur cet état de bien-être.

Propos recueillis par Georges Margossian.

Facebook
LinkedIn
WhatsApp
Email
Dans la même catégorie

Nous utilisons des cookies