Dans les allées du salon Cosmoprof, fin mars, la question ne portait pas seulement sur les innovations beauté. Derrière les stands et les lancements de produits, les dirigeants du secteur évoquaient un autre sujet : la hausse rapide des coûts.
Entre flambée des prix du pétrole, conteneurs bloqués et retards logistiques, l’énergie et le transport pèsent désormais directement sur l’économie des cosmétiques. Le conflit dans la région se répercute sur toute la chaîne d’approvisionnement du secteur.
Plusieurs dirigeants d’entreprises ont ainsi fait part de leurs inquiétudes, rapporte Reuters. «Nous commençons à constater des hausses de coûts liées à l’inflation des prix de l’énergie, aggravées par les retards de livraison », a déclaré Simone Dominici, directeur général du groupe italien de cosmétiques Kiko, cité par l’agence de presse.
Le dirigeant estime que ces tensions logistiques pourraient représenter environ 1,5 million d’euros de coûts supplémentaires pour le groupe en 2026, par rapport à l’année précédente. Kiko, qui exploite plus de 1 000 magasins dans le monde et vend notamment des rouges à lèvres à partir de 5 euros et des mascaras à partir de 7,5 euros, observe aussi des perturbations dans la circulation des marchandises.
Retards et conteneurs bloqués
«Avec autant de conteneurs bloqués au Moyen-Orient, la disponibilité des conteneurs est plus limitée… et les marchandises ne sont pas acheminées efficacement », a également relevé Simone Dominici. Le dirigeant mentionne aussi la pression exercée par la hausse des prix de certains composants chimiques et des emballages.
Face à ces perturbations, certaines entreprises cherchent à sécuriser leurs approvisionnements. Le groupe Yonwoo, fabricant de contenants pour L’Oréal, s’efforce, quant à lui, de sécuriser des stocks de résine plastique pour fabriquer des pots destinés aux soins de la peau et aux cosmétiques.
Au-delà de la hausse des coûts, les entreprises du secteur signalent aussi un allongement des délais de livraison, car les itinéraires sont devenus plus longs et les ports plus encombrés. «Ce qui prenait autrefois huit semaines peut désormais prendre 12 à 14 semaines», a relevé Roberto Bottino, directeur général du groupe Ancorotti.
Pour contourner ces difficultés, certains clients se tournent vers d’autres modes de transport, notamment le ferroviaire pour atteindre l’Asie. Dans certains cas, les marchandises sont expédiées par avion plutôt que par voie maritime, une solution plus rapide mais aussi plus coûteuse.
Nouveaux itinéraires logistiques
Pour Fabio Franchina, président du fabricant de produits capillaires Framesi, ces perturbations logistiques pourraient aussi compliquer l’accès à certains marchés. «Les clients du Moyen-Orient accordent de l’importance à la qualité et sont prêts à payer un supplément pour la valeur ajoutée ; ne pas pouvoir accéder à ces marchés peut donc avoir un impact négatif», a-t-il déclaré.
Le distributeur de l’entreprise dans la région étudie notamment d’autres itinéraires de livraison. Ils envisagent des options telles que «l’expédition vers Djeddah, puis le transport des marchandises par la route au lieu de les acheminer via les ports du golfe Persique », a-t-il précisé.
Dans ce contexte, les acteurs du secteur jugent difficile d’imaginer que les hausses de coûts de la chaîne d’approvisionnement ne soient pas répercutées en aval. Autre sujet d’inquiétude : l’inflation pourrait aussi peser sur la demande, l’érosion du pouvoir d’achat des consommateurs risquant d’affaiblir les ventes.
Avec Reuters.
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