Nous l’avions rencontré il y a tout juste un an. Franck François venait de passer le relais à sa fille, Morgane, mais gardait un œil attentif sur la profession. La voix douce, le ton ferme, il avait parfois la dent dure : «Avant, tous nos formateurs étaient formés en Italie ou à Londres, chez Vidal Sassoon ou Toni and Guy. On allait chercher du savoir ailleurs. Aujourd’hui, on ne bouge plus». Il avait surtout la passion de la formation chevillée au corps, et le goût du métier transmis comme un art.
Pourtant, rien ne le destinait à devenir bâtisseur de réseaux. En 1968, Franck François tourne le dos au système scolaire. Fils de coiffeur, il s’oriente vers un CAP, puis un brevet professionnel. Rapidement, il s’éloigne du métier, explore d’autres univers – antiquaire, gérant de boîte de nuit… -, avant de revenir à ses ciseaux, inspiré par ses rencontres parisiennes.
À Paris, il croise les sœurs Carita. Il poursuit ensuite sa formation auprès de Jean-Louis David, qui l’emmène à New York. Mais son premier salon, il l’ouvre à Maubeuge, sa ville natale, avant d’enchaîner avec le Touquet, Tourcoing et Lille. Le style est audacieux, les moyens limités, mais la créativité est au rendez-vous.
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De Vog à Tchip : l’homme qui a bousculé la coiffure
En 1979, l’entrepreneur nordiste lance Vog, un concept novateur à contre-courant des codes établis. Il n’a pas encore 30 ans. Il casse alors les codes des petits salons de province aux vitrines voilées, en misant sur un décor moderne, des espaces ouverts et une mise en scène assumée. Le succès est rapide. Dès 1983, Vog compte 30 salons. En 2000, jusqu’à 70 ouvertures sont enregistrées sur une seule année. L’enseigne s’impose d’abord dans les grandes villes du Nord, avant d’essaimer un peu partout.
Mais l’époque n’est déjà plus la même. Face à une baisse de fréquentation au début des années 1990, Franck François choisit d’innover plutôt que de réduire les effectifs. Il crée Tchip, un concept «low cost» à prix fixes, sans rendez-vous. Une révolution en France. Et un nouveau succès. Un salon Tchip accueille entre 1 200 et 2 200 clientes par mois, contre 800 pour un Vog, racontera-t-il plus tard.
En deux décennies, il bâtit un modèle florissant fondé sur la franchise, tout en nouant un partenariat durable avec L’Oréal. Son groupe comptera jusqu’à 5 000 salariés, trois écoles de coiffure et une présence internationale, des États-Unis au Japon en passant par le Maroc.
De Maubeuge à Dubaï, l’héritage d’un visionnaire
«Chez nous, la formation, gratuite, nous permet de fidéliser le personnel et d’attirer du monde», déclarait-il à Profession bien-être l’an dernier. Patron, oui, mais jamais très éloigné des bacs : il garde la fibre sociale et reste proche du terrain. «À Vog, le patron coupe les cheveux et il est toute la journée dans son salon. Il tient le bateau !», confiait le coiffeur de Maubeuge.
En 2024, le groupe Vog franchit les 160 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec 560 salons. La même année, Franck François passera le relais à sa fille, Morgane, 32 ans, familière de l’entreprise, après avoir géré l’événementiel et l’e-commerce pendant une dizaine d’années.
Le fondateur n’aura pas assisté longtemps à cette nouvelle page qui s’écrivait. Mais il en avait posé les fondations avec méthode, et un certain sens du tempo. De Maubeuge à Dubaï, il aura passé sa vie à structurer un métier, sans jamais en trahir l’esprit.
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