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Coiffure : vers une recomposition silencieuse du secteur

Coiffure

Le rapport de branche 2024 rendu public par l’Unec laisse entrevoir une recomposition silencieuse du secteur. Le travail à domicile progresse, tandis que salons indépendants et enseignes reculent. Une mutation qui s’opère sur fond de rentabilité en baisse et de repli inédit de l’apprentissage. Décryptage. 

Le paysage de la coiffure évolue sans éclat mais en profondeur. Selon le dernier rapport de branche de la coiffure (données de 2023) dévoilé par l’Union nationale des entreprises de coiffure, la part des établissements à domicile a nettement progressé en 2023, atteignant 30,5% du parc, tandis que les salons indépendants et les enseignes reculent légèrement. 

Cette bascule silencieuse s’inscrit dans un contexte économique plus tendu. Dans un communiqué, l’Unec indique que le chiffre d’affaires moyen des salons a reculé de 2,75% en 2024 (il était à 6,3 milliards d’euros en 2023), après une baisse de 2,2% entre 2023 et 2022. À l’activité s’ajoute un autre indicateur à prendre en considération : l’apprentissage, en baisse pour la première fois depuis 2018. 

Ensemble, ces signaux dessinent une recomposition du modèle, où l’essor du domicile, la contraction de la rentabilité et la fragilisation des viviers de compétences façonnent une profession en pleine réorganisation. Reprenons tout en détail, car les chiffres du secteur, cette année, racontent plus précisément le tournant que traverse la coiffure…

Micro-entreprises : stabilité après dix ans d’essor

Premier constat : le rapport de branche de la coiffure confirme un glissement progressif du secteur vers le travail à domicile. En 2023, cette forme d’activité représente 30,5% du secteur, contre 28% l’année précédente. À l’inverse, les salons sous enseigne reculent légèrement (7%, contre 8% en 2022) et les indépendants perdent un peu de terrain (62,5%, contre 64% en 2022).

Comme le rappelle l’Unec, le nombre de micro-entrepreneurs a bondi de +222 % entre 2011 et 2023, avant de se stabiliser à 28% du parc depuis 2021. Une croissance spectaculaire, peut être arrivée à maturité, qui contribue elle aussi à redessiner les contours de la profession.

Dans ce paysage en recomposition, un autre signal retient l’attention : l’Unec souligne une baisse inédite de l’apprentissage en 2024, la première depuis 2018. Le nombre d’apprentis recule de 3,3%, soit 814 jeunes de moins, et les effectifs en CAP comme en BP diminuent chacun de 5%. Une inflexion que la profession relie à la réforme du Code de l’artisanat de 2023, qui a simplifié l’accès à l’installation.

Pression économique : un modèle sous tension

Cette évolution s’accompagne par ailleurs d’un solde de créations d’entreprises particulièrement élevé : +1 674 établissements en 2024, selon l’Unec. Un dynamisme entrepreneurial qui doit être nuancé, puisque «40 % des établissements créés fermeront dans les 5 prochaines années», anticipe le syndicat patronal. 

Les données du rapport de branche montrent aussi un secteur mis sous pression sur le plan financier, car les charges continuent de grignoter les marges. Elles pèsent désormais 25,8% du chiffre d’affaires en 2023, alors qu’elles représentaient 23,9% en 2019. Résultat : l’excédent brut d’exploitation, qui mesure la rentabilité des salons, s’effrite. Il tombe à 5,9% du chiffre d’affaires en 2023, après 7% en 2022 et 8,7% en 2019. Bref, le secteur compte davantage d’établissements, mais génère, en moyenne, moins de revenus.

Hair spa

Une porosité croissante avec le bien-être

Face à l’érosion du chiffre d’affaires et de leurs marges, les salons s’adaptent et élargissent leur palette de prestations. Hormis la montée en puissance des services de barbiers, dont nous avons peu d’information, le rapport de branche montre clairement cette évolution. 

Ainsi, 17% des établissements proposent des services esthétiques en 2023, contre 13% un an plus tôt. Les prestations qui montent sont d’ailleurs révélatrices d’un virage vers le soin et le bien-être : massage crânien ou capillaire (14%), lissage (10%), botox capillaire (10%), coloration végétale (8%) ou encore head spa (5%).

Reste que cette photographie du secteur, fondée sur les données 2023 et, partiellement, de 2024, ne dit sans doute pas tout de l’onde de choc qui pourrait accompagner la réforme du Code de l’artisanat. Depuis 2023, le cadre d’installation a été profondément modifié : là où un brevet professionnel était auparavant indispensable, un CAP et trois ans d’activité suffisent désormais pour ouvrir un salon. 

Autre changement : l’immatriculation d’une entreprise artisanale peut se faire directement en ligne, via l’Inpi, sans contrôle préalable de la chambre de métiers sur la qualification, ce qui vaut pour la coiffure comme pour tous les métiers artisanaux. Une évolution réglementaire qui a alimenté la mobilisation de la profession à la fin du mois de juin. 

Beaucoup de coiffeurs y voient déjà la cause d’installations plus rapides, de pratiques mal encadrées et d’une concurrence plus forte. Rendez-vous, donc, dans les prochaines éditions du rapport, pour mesurer les effets de ces nouvelles règles du jeu. 

LIRE AUSSI : Qualifications en baisse, pratiques « hors cadre » : la coiffure face au risque de dilution ?

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