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Qualifications en baisse, pratiques « hors cadre » : la coiffure face au risque de dilution ?

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Niveau de qualification abaissé, services mal encadrés (barbers, hair spa…), charges trop lourdes : la coiffure dénonce une dérégulation rampante. Face à une concurrence jugée déloyale, l’Unec appelle à la mobilisation à Paris, le 30 juin, dans un contexte fiscal tendu marqué par le débat sur la TVA sociale.

La grogne monte dans les rangs de la coiffure. Il y a une semaine, Philippe Archer, président de l’Union nationale des entreprises de coiffure du Gers et de la chambre de métiers départementale, a vendu la mèche : les coiffeurs prévoient de manifester à Paris, place de la Bastille, le lundi 30 juin.

Contacté par La Dépêche, il a indiqué qu’une assemblée générale se tiendrait dans la soirée pour envisager des actions locales. «Ce ne sera pas un blocage des rues ou des villes, bien sûr, mais on cherche une action innovante. Tous les coiffeurs du département y sont conviés, pas seulement les adhérents du syndicat», a-t-il confié à notre confrère.

Un affaiblissement du socle artisanal

Derrière cet appel à la rue se cache un malaise plus profond : celui d’une profession qui ne reconnaît plus son propre cadre, la loi du 23 mai 1946, qui a doté la profession d’un véritable statut. Car depuis 2023, la règle a changé.

«Le problème, c’est que le niveau de qualification exigé a été abaissé l’an dernier. Avant, il fallait impérativement un BP pour s’installer. Aujourd’hui, un CAP et trois ans d’activité suffisent. Résultat : beaucoup plus de salons ouvrent, parfois sans les compétences requises», déplore Philippe Archer.

Autre point de crispation : la possibilité désormais d’immatriculer une entreprise artisanale directement en ligne, via le portail de l’Inpi. «La chambre de métiers n’a plus la main pour vérifier la qualification. C’est vrai pour la coiffure, mais aussi pour tous les métiers artisanaux. Le problème dépasse la coiffure. Ce qui faisait la force de la profession, c’était justement ce niveau de qualification élevé», ajoute le président de l’Unec du Gers. 

Une concurrence jugée déloyale

La critique ne s’arrête pas aux seules questions de diplôme. Sur le terrain, les professionnels observent la multiplication de pratiques qu’ils jugent borderline : barbiers formés via des centres privés peu scrupuleux, salons sans personnel diplômé, hair spas qui bousculent les frontières traditionnelles du métier…

«Beaucoup sont abusés par des centres de formation privés qui leur vendent des stages d’une semaine pour une ‘attestation de barbier’. On voit aussi émerger une nouvelle activité, le hair spa, qui vise surtout une clientèle féminine avec des soins de bien-être. C’est la même réglementation qui s’applique», poursuit Philippe Archer. 

À cela s’ajoute un manque de moyens de contrôle : «Quand un tribunal nous alerte, la seule chose que l’on peut faire, c’est radier l’activité. Mais les services de l’État, eux, n’ont pas toujours les moyens d’ordonner une fermeture administrative.»

La prise de parole anticipée de Philippe Archer semble avoir pris de court la direction nationale de l’Unec. Dans un communiqué diffusé après la publication de l’interview, la semaine dernière, elle a demandé aux journaux professionnels de faire preuve de patience, en renvoyant aux annonces officielles prévues lors de sa conférence de presse ce lundi.

« Une politique économique dévastatrice »

Dans ce document, l’Unec empile les doléances, sociales, fiscales, voire politiques. «Le gouvernement laisse faire au nom d’une politique économique libérale électoraliste», accuse l’organisation patronale, tout en élargissant son appel à la contestation à l’ensemble des contraintes qui pèsent, selon elle, sur les salons de coiffure : affichage obligatoire des prix, conformité au RGPD, coûts de l’énergie en hausse et charges sociales jugées excessives.

«On nous a supprimé la réglementation de notre métier de 1946 (le brevet professionnel) et le gouvernement, qui s’était engagé à développer les contrôles en contrepartie, ne fait rien pour arrêter les installations illégales, tarifs anormalement bas, ouvertures en dehors des horaires autorisés, dissimulations fiscales, non-déclarations de personnel…», détaille l’Unec dans son communiqué. 

«Nous disons STOP à cette politique économique dévastatrice», martèle le syndicat patronal, qui ne réclame pas la suppression des contrôles. Bien au contraire. Regrettant que seuls les salons en règle soient actuellement visés, il demande «plus d’équité de traitement», c’est-à-dire «plus de contrôles ciblés et efficaces» à l’encontre des établissements qui ne respectent pas la législation.

Et d’enfoncer le clou : «La coiffure n’en peut plus», remettant sur la table une revendication de longue date : l’application d’un taux de TVA réduit pour les prestations de coiffure, restée lettre morte jusqu’à présent. Ce n’est pas un débat nouveau dans la profession. Depuis longtemps, les coiffeurs s’alarment de la concurrence par les prix, accusant certains confrères de casser les tarifs pour capter une clientèle plus fragile. 

En 1937, déjà, un meeting avait été organisé dans le Nord contre les « baissiers ». Deux ans plus tôt, la création du brevet professionnel visait justement à freiner les installations jugées trop nombreuses et à relever le niveau de qualification dans la filière… 

Un contexte politique et fiscal sous tension

Cet appel à la mobilisation s’inscrit, il est vrai, dans un climat fiscal de plus en plus incertain, alors que le débat sur le financement du modèle social refait surface. L’U2P, la confédération patronale dont l’Unec est membre, a mis sur la table, le 6 mai dernier, une réforme d’ampleur : la suppression progressive de la CSG et de la CRDS sur les revenus d’activité, à raison de deux points par an, compensée par une hausse ciblée de la TVA et une fiscalité accrue sur les successions et les revenus financiers.

L’idée est de «mieux rémunérer le travail » en augmentant le revenu net des actifs. Selon les projections de l’U2P, une coiffeuse indépendante pourrait ainsi bénéficier d’un gain net de 419 euros par mois à l’horizon 2030. Mais si l’Unec partage le constat d’une pression fiscale trop forte sur les petites entreprises, elle ne s’approprie pas pour autant les solutions avancées par sa confédération. 

Ni la suppression de la CSG-CRDS, ni le retour d’une «TVA sociale», relancé par Emmanuel Macron lors de son intervention du 13 mai, ne figurent dans son argumentaire. Un silence notable, qui illustre l’embarras ou les hésitations d’un secteur pris en étau entre la nécessité de survivre économiquement et la crainte de mesures impopulaires. Pour l’heure, ses revendications restent simples : un renforcement des contrôles et une baisse des charges. On verra plus tard pour les modalités ? 

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