Profession bien-être : Quelles sont vos attentes aujourd’hui ?
Christophe Doré : On a un certain nombre de revendications sur lesquelles on espère être entendus, comme les autres métiers d’artisanat. Je veux parler, en particulier, de l’aide à l’apprentissage et des baisses de charges. On a besoin de redonner du souffle aux entreprises de coiffure. Aujourd’hui, ce n’est plus tenable. Il faut impérativement que le gouvernement prenne en compte les demandes des entreprises de proximité.
Nous allons aussi continuer à marteler notre objectif de TVA réduite pour une partie des prestations de services. Et puis, dernier point, nous ne voulons pas que l’on vienne balayer d’un revers de main l’aide à l’apprentissage. Malheureusement, c’est une petite musique que nous entendons un peu dans les médias. On ne sait pas du tout ce qu’il va en sortir, mais il n’est pas improbable que cette aide et le niveau de prise en charge des coûts contrats pour les centres de formation puissent être revus à la baisse. Ce serait totalement idiot d’avoir mis en place une telle démarche en 2018 pour tout détricoter six ans après.
La grande question, cet été, c’était la hausse du Smic à 1 600 euros net, mesure défendue par le Nouveau Front populaire. Un sujet d’inquiétude pour l’Unec ?
Oui, bien sûr, c’était une inquiétude. Cela voulait dire que la grille salariale aurait explosé. Je peux comprendre qu’il faille faire quelque chose pour les salariés de la coiffure. Il faut un débat sur ce sujet. Mais si cette hausse est liée à une indexation, on va vite arriver à des prestations de service qui vont devoir, elles aussi, augmenter. Où est le pouvoir d’achat pour les Français si tout est lié au Smic et que tout augmente derrière ? On a bien vu, dans la coiffure, que les salons ont eu beaucoup de mal à amortir les effets de l’inflation. Augmenter ses tarifs, c’est compliqué pour une enseigne de coiffure.
Avec la nomination de Michel Barnier, vous craignez toujours un coup de pression sur les salaires de la part du prochain gouvernement ?
Nous n’avons pas cette crainte. Nous avons toujours fait en sorte que les salaires dans la profession soient augmentés régulièrement. Les seules périodes où on a eu des blocages, c’est quand on n’arrivait pas à trouver d’accord avec les partenaires sociaux. Pour que les salariés gagnent plus, il faut surtout baisser les charges et la TVA. On est l’un des pays d’Europe où elles pèsent le plus sur les entreprises.
Pensez-vous vraiment être entendus, alors que l’Etat n’a jamais été aussi endetté ?
Excusez-moi, mais ce ne sont pas les petites entreprises que nous représentons qui ont creusé ce déficit abyssal ! On ne peut pas leur demander de faire encore et encore des efforts. Il faut quand même qu’il y ait un regard sur les charges qui pèsent pour une entreprise : 62% de charges sociales sur un salaire, ce n’est pas possible ! Les entreprises ne peuvent pas tenir à ce rythme-là.
Un sondage réalisé par le Syndicat des indépendants et des TPE (SDI) indiquait récemment que 69% des projets d’investissement dans les TPE et 52% des projets de recrutement seraient actuellement suspendus. C’est le cas dans la coiffure ?
Non, ce n’est pas le cas, puisque les coiffeurs ne suspendent pas le recrutement. Au contraire, on continue d’être en recherche active. On recherche toujours des collaborateurs, ce qui a un impact sur le développement de nos chiffres d’affaires. Sur les investissements, je n’ai pas encore de retours précis. En revanche, ce qui est certain, c’est que le régime de l’auto-entreprise nous pose toujours des problèmes.
On a tellement facilité et simplifié l’installation avec ce statut que l’on se retrouve aujourd’hui avec 102 000 établissements de coiffure pour un pays comme la France, soit plus que le nombre de salariés dans le secteur. Aujourd’hui, la profession est fortement fragilisée. Il faut que ça s’arrête ! La montée des défaillances d’entreprise dans la coiffure est aussi liée au fait qu’on est trop nombreux, que des salons s’installent à chaque coin de rue. Tout le monde ne pourra pas vivre de notre métier.
Propos recueillis par Georges Margossian.
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