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Cheveux texturés : comment les acteurs de la beauté font bouger la loi aux États-Unis

CHEVEUX TEXTURES

Outre-Atlantique, plusieurs États imposent désormais l’enseignement des cheveux texturés dans les écoles professionnelles de beauté. Une avancée portée par un collectif, qui a transformé une revendication sociale en norme pédagogique.

Trois nouveaux États américains – Washington, Vermont et Maine – viennent d’adopter une législation imposant l’enseignement des cheveux texturés dans toutes les écoles professionnelles de coiffure et d’esthétique. Cette nouvelle obligation entrera en vigueur au cours des douze prochains mois.

Avec ces trois initiatives, le mouvement lancé en 2021 par la Louisiane continue de gagner du terrain. Depuis, New York, le Minnesota, le Connecticut et la Californie ont, eux aussi, adopté des mesures similaires. À chaque fois, il s’agit d’intégrer durablement les textures naturelles dans les programmes de formation, jusqu’ici largement centrés sur les cheveux lisses.

Le TEC, un collectif de marques aux commandes

Derrière cette avancée réglementaire, un acteur inattendu : le collectif «Texture Education Collective» (TEC), fondé par Aveda, DevaCurl, L’Oréal USA et Neill Corporation, sous l’égide de la Professional Beauty Association, un syndicat professionnel qui couvre l’ensemble des métiers de la coiffure, de l’esthétique, de la cosmétique, des ongles et du spa.

Ce type de lobbying, pas si courant dans le secteur de la beauté, marque un tournant. Les industriels ne se contentent plus de soutenir des écoles ou des actions ponctuelles : ils contribuent désormais à faire évoluer les normes réglementaires elles-mêmes. 

Car cette démarche vise à combler un angle mort historique : le manque de représentation des 65% d’Américains aux cheveux texturés. Traditionnellement exclus des programmes classiques des écoles professionnelles, ils sont cantonnés à des modules spécifiques ou abordés sous l’unique prisme du lissage.

«Ces victoires successives renforcent la dynamique du Texture Education Collective, alors que nous militons pour l’adoption de lois similaires à l’échelle nationale, afin de promouvoir des standards homogènes et l’excellence dans la formation aux métiers de la beauté, d’un bout à l’autre du pays», fait valoir Myra Reddy, directrice des affaires publiques de la Professional Beauty Association, dans un communiqué de l’organisation professionnelle. 

Un CQP à l’arrêt de l’autre côté de l’Atlantique

Et en France ? En 2022, un Certificat de qualification professionnelle (CQP) dédié aux cheveux texturés a été enregistré au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) pour une durée de deux ans. Mais depuis l’an dernier, la fiche est indiquée comme «inactive», ce qui signifie que sa période d’enregistrement est arrivée à échéance sans avoir été renouvelée. La certification n’est donc plus active dans le référentiel officiel.

«On va y trouver du lissage et du défrisage, alors que  le marché demande aussi beaucoup de naturel», regrettait déjà Aline Tacite, l’an dernier, auprès de Profession bien-être. La co-fondatrice de l’enseigne Boucles d’Ébène a lancé cette année un centre certifié Qualiopi, proposant des modules d’un à trois jours sur les cheveux texturés. 

Une exception ? Pas vraiment. Plusieurs acteurs privés ont pris le relais. À commencer par Provalliance, leader mondial de la coiffure, qui a bâti une formation interne en deux cycles pour former un «référent BFC» (Bouclés, Frisés, Crépus) dans chacun de ses 3 000 salons, dont 1 700 en France.

«Il y avait un vrai vide. Le problème était que la clientèle avait le sentiment d’être discriminée, car elle pensait qu’elle ne pouvait pas se faire coiffer chez nous. De l’autre côté, les coiffeurs veulent bien faire, mais ils ne savent pas comment s’y prendre. Ils manquent de formation», avait alors expliqué Sylver Boll, directeur technique et formation chez Provalliance, dans une interview à Profession bien-être.

Ces initiatives soulèvent une question clé : qui fixe aujourd’hui les compétences du métier ? Le référentiel officiel ou les stratégies des marques et des réseaux privés ? Alors que l’Unec appelle à lutter contre la concurrence déloyale, une nouvelle carte de la légitimité professionnelle se dessine.

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