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Sylver Boll (Provalliance) : « Nous avons voulu déculpabiliser les coiffeurs sur les cheveux frisés et crépus »

Cheveux textures

Le groupe Provalliance fait un pas décisif vers l'inclusivité en lançant une formation dédiée aux cheveux bouclés, frisés et crépus, réservée aux coiffeurs de son réseau. Sylver Boll, directeur technique et formation, explique les enjeux de ce programme visant à déconstruire les stéréotypes et à former les professionnels à la diversité capillaire.

Sylver BollerProfession bien-être : Cette formation manquait-elle en France* ?

Sylver Boll : Plus que ça, il y avait un vrai vide. Le problème était que la clientèle avait le sentiment d’être discriminée, car elle pensait qu’elle ne pouvait pas se faire coiffer chez nous. De l’autre côté, les coiffeurs veulent bien faire, mais ils ne savent pas comment s’y prendre. Ils manquent de formation.

Les coiffeurs n’abordent pas ce type de cheveux durant leur cursus initial ?

Non. Prenons l’échelle de Walker, utilisée par tous les professionnels aujourd’hui et qui classe les cheveux de manière précise, du 1 au 4C. Cette classification permet aux coiffeurs de mieux comprendre et diagnostiquer les différentes textures et de s’adapter en conséquence. Avec le CAP et le BP, on se limite à des textures jusqu’au 3B, c’est-à-dire bouclés légers. Au-delà, du 3C au 4C, qui correspondent aux cheveux frisés et crépus, aucune formation n’est prévue.

Les cheveux frisés ou crépus exigent une approche particulière ?

Oui, bien sûr. Cela demande à la fois une technicité et une approche service différentes. Jusqu’au 3B, l’approche reste la même. Dès l’instant où on commence à travailler sur le frisé/crépu, avant même de penser à la coupe ou au brushing, on doit d’abord penser aux soins. Ces cheveux ont un besoin particulier en raison de leur plus grande sécheresse. Le sébum ne circule pas aussi facilement sur la fibre capillaire comme il le fait sur les cheveux raides ou bouclés, car la texture crée des obstacles à ce mouvement naturel. L’hydratation et la nutrition de ces cheveux sont donc primordiales.

Quelles erreurs les coiffeurs commettent-ils souvent avec ces cheveux ?

Les coiffeurs manquent parfois d’information sur les bonnes techniques et les bons produits. Ils peuvent faire des erreurs en ne respectant pas les besoins spécifiques des cheveux frisés ou crépus. Par exemple, en utilisant des produits inadaptés ou en négligeant les étapes essentielles de l’hydratation et de la réparation.

Face à cette situation, comment avez-vous conçu votre programme de formation ?

D’abord, nous avons voulu déculpabiliser les coiffeurs. Il fallait qu’ils comprennent que ce n’était pas par manque de volonté de leur part, mais parce qu’ils n’avaient pas été formés à cela. Il fallait aussi clarifier une chose : tous les cheveux sont texturés, sauf qu’il y a des textures raides, bouclées, frisées ou crépues. C’est important de comprendre cela et d’abandonner les appellations erronées. Il est aussi important de se référer à l’échelle de Walker. Elle aide énormément dans le diagnostic.

Il y a aussi beaucoup de stéréotypes associés aux cheveux frisés ou crépus. Vous les abordez ?

Oui, et c’est pourquoi, dans cette formation, nous abordons les croyances limitantes. Par exemple, beaucoup de coiffeurs pensent que les cheveux crépus sont plus difficiles à démêler que les cheveux raides ou bouclés, ce qui est une idée fausse. Il existe des méthodes adaptées qui en facilitent le démêlage et le coiffage. On déconstruit également l’idée que seules des personnes ayant les cheveux frisés ou crépus sont capables de les coiffer. Ce n’est pas une question de couleur de peau, mais bien de savoir-faire et de formation. Ce qui importe, c’est d’acquérir les bonnes compétences.

Comment votre formation se structure-t-elle ?

La formation se divise en deux cycles de deux jours, soit un total de 28 heures. Le premier est axé sur la connaissance du cheveu, l’analyse et le diagnostic, c’est-à-dire savoir quels soins on va proposer. On enseigne aux coiffeurs à identifier les besoins spécifiques, à comprendre les produits à utiliser et à déterminer les soins appropriés avant toute coupe ou coiffage.

Cela peut être un cheveu à hydrater, à réparer ou à nourrir. Ensuite, on va définir un service. Et là, on explique aux coiffeurs quelles sont les tendances pour les cheveux texturés frisés ou crépus. Le deuxième cycle se concentre notamment sur les techniques pratiques, comme le coiffage, en particulier pour les coiffures «nappy», qui valorisent les textures naturelles.

Vingt-huit heures de formation, c’est suffisant ?

Pour des coiffeurs confirmés, oui, ces quatre jours de formation suffisent à acquérir une maîtrise de base. L’idée est qu’ils comprennent les fondamentaux du diagnostic et du soin, et qu’ils soient capables de réaliser des coiffures adaptées. C’est une approche très mécanique : une fois qu’on maîtrise les gestes, cela devient facile. Ce n’est pas une question de difficulté, mais de savoir-faire. Il faut connaître le geste. Ensuite, c’est l’entraînement qui permet de s’améliorer.

Comment les jeunes de la génération Z réagissent-ils par rapport à ce type de formation ?

Il y a une demande énorme de la part de la génération Z, des jeunes en formation. Ils trouvent incroyable que cela ne soit pas enseigné à l’école. C’est intéressant, surtout au niveau de leur motivation. Ils ont compris que, dans notre société actuelle, cela représente une grande partie de la population, notamment dans leur entourage. Ils veulent apprendre cette compétence pour être plus rapidement opérationnels socialement.

Propos recueillis par Georges Margossian.

(*) L’objectif, pour le groupe Provalliance (Franck Provost, Jean Louis David, Saint Algue, Coiff&Co, The Barber Company, Niwel…), est d’avoir un référent BFC (cheveux bouclés, frisés et crépus) dans chaque salon. Il en possède 3 000 à travers le monde, dont 1 700 en France.

LIRE AUSSI : Cheveux texturés : Provalliance s’engage à prendre en charge toutes les textures capillaires

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