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Christophe Doré (Unec) : « Tout le monde doit jouer avec les mêmes règles »

COIFFEURS

Rentrée sociale tendue et climat politique incertain… Dans un contexte de concurrence déloyale et de charges pesantes, les coiffeurs affrontent une période difficile. Pour Profession bien-être, Christophe Doré, président de l’Unec, revient sur ses priorités et le lancement du label « Coiffeur qualifié ».

Christophe DoréProfession bien-être : Avec la fin du Brevet professionnel obligatoire, vous lancez le label « Coiffeur qualifié ». Est-ce une manière de réintroduire, par la profession elle-même, une exigence de qualité que la loi a affaiblie ?

Christophe Doré : Nous étions déjà engagés depuis un certain temps dans cette démarche qualité, bien avant l’abrogation du brevet professionnel obligatoire en juillet 2023. J’avais d’ailleurs confié à mon vice-président, Laurent Melin, la mission de travailler sur ce projet.

L’idée était de mettre en place un label qualité autour de la formation, car cela nous paraît indispensable pour élever le niveau de la profession. Il faut bien comprendre que la suppression de l’obligation du BP découle d’une directive européenne et s’inscrit dans un mouvement plus large de libéralisation des métiers de l’artisanat. 

Mais cette évolution a aussi pour effet d’affaiblir la qualité des qualifications. C’est donc à nous, organisation professionnelle, d’apporter un gage de qualité, à la fois pour valoriser l’image des coiffeurs et pour rassurer les consommateurs.

Vous réservez le label aux adhérents de l’Unec. Certains y verront un instrument corporatiste plus qu’un outil au service de toute la profession : que leur répondez-vous?

Dans un premier temps, oui, le label est réservé aux adhérents de l’Unec. C’est aussi l’objectif : un syndicat, par essence, cherche à gagner des adhérents et à assurer sa représentativité. Ce label permet donc à nos membres de s’y retrouver et, par ce biais, de renforcer notre poids.

Mais on n’est pas du tout «sectaire». Au contraire, il s’agit pour nous de démontrer que nous sommes au service de la profession dans son ensemble, et d’apporter un autre regard, une véritable plus-value. Il faut sortir d’une vision rétrograde qui consisterait à dire qu’adhérer à une organisation professionnelle, c’est se fermer. 

On est bien au-delà de tous ces problèmes. Aujourd’hui, il faut que la profession s’unisse pour pouvoir grandir et porter sa voix auprès des gouvernements. Si on en arrive aux dérives actuelles, c’est que, malheureusement, les artisans – qu’ils soient coiffeurs ou d’un autre métier – n’arrivent pas à se retrouver et à se rassembler pour faire entendre leur voix.

La manifestation que vous avez organisée le 30 juin dernier a mis en avant la concurrence déloyale des barbershops illégaux et le travail dissimulé. Deux mois après, quel bilan vous en tirez ? 

Alors, déjà, permettez-moi de préciser : ce que nous avons dénoncé, c’est le travail illégal, la concurrence illégale. Tout le monde a voulu pointer les barbers. Bien sûr, certains barbers travaillent dans des conditions illégales et font donc partie de cette concurrence déloyale. Mais ce n’est pas seulement eux : ce sont tous ceux qui, aujourd’hui, exploitent un établissement ou une entreprise de façon illégale et créent une concurrence déloyale.

Le timing, à la veille des congés payés de juillet-août, était le bon. On ne s’est pas trompé, puisque les services de l’État nous ont entendus. J’ai encore été reçu la semaine dernière au ministère du Travail, par un conseiller technique. La ministre nous avait déjà entendus avant la manifestation. 

Beaucoup de députés nous ont aussi contactés : nous sommes pratiquement à près de 150 courriers, de toutes tendances, et ça continue encore d’arriver à l’Unec. Les services des Dreets, c’est-à-dire les directions régionales de l’emploi, de l’économie, du travail et des solidarités, nous sollicitent aussi : ils nous demandent comment travailler avec nous, comment mettre en place des conventions, comment nous aider, dans un contexte où eux aussi manquent de moyens, mais où ils ont conscience qu’il y a une vraie problématique.

Donc oui, nous avons soulevé un problème. Non, les choses ne sont pas encore réglées. Oui, nous allons continuer le travail. Non, nous ne sommes pas encore satisfaits de la réponse de l’État. Et oui, l’Unec va continuer de s’engager.

Je peux déjà vous dire qu’après le Mondial (salon MCB, NDLR), la pétition pourra continuer à être signée. Je n’ai pas encore de date précise, je ne sais pas encore sous quelle forme, mais oui, il y aura d’autres mouvements, d’autres sujets, d’autres réactions. Nous nous sommes déjà rassemblés mi-septembre pour y réfléchir.

Je voudrais revenir sur les barbers. On les a beaucoup montrés du doigt, au point qu’on a parfois cru que c’était le problème numéro un pour l’Unec et pour les coiffeurs, comme s’il y avait, d’un côté, les «bons» coiffeurs et, de l’autre, les «mauvais» barbershops. Estimez-vous qu’il y a eu un malentendu ou une incompréhension sur votre position ?

Parfois, ça a été malheureux, oui. Tout à l’heure encore, un collègue qui a six salons, avec un coiffeur d’origine turque installé à côté de chez moi – il est adhérent à l’Unec – me disait : «Christophe, tu sais, moi je suis en règle, j’ai une vingtaine de collaborateurs, je me bats parce que j’en ai marre, et tu as raison, je te soutiens.»

Lors des manifestations, j’avais aussi à mes côtés un autre collègue d’origine marocaine. Eux aussi en ont assez, parce que, parfois, on les assimile, du fait de leurs origines, à de la concurrence déloyale. Je dois me battre pour eux, parce qu’ils font leur travail correctement. Non, il faut arrêter avec ça.

Il y a des barbers qui exercent dans la légalité la plus totale, et je me dois de les défendre, parce qu’ils font bien leur métier. Mais c’est vrai que cette assimilation a été une dérive malheureuse, et je m’y oppose. En revanche, il est très clair qu’il existe aussi des barbers qui ont ouvert dans l’illégalité totale. Ceux-là, il faut faire en sorte qu’ils ferment ou qu’ils se mettent en règle.

Moi, si demain un barber non déclaré veut se mettre en conformité et qu’on l’accompagne pour y parvenir, je n’ai aucun problème avec ça. On doit les aider. Nous sommes des gens raisonnables, mais il faut que tout le monde joue avec les mêmes règles : même métier, mêmes obligations. Là-dessus, on ne lâchera rien.

Vous lancez un label pour défendre l’excellence de la coiffure alors que l’instabilité politique actuelle, avec la chute du gouvernement Bayrou, inquiète tout l’artisanat. Les coiffeurs, qui se battent contre la concurrence déloyale et la fraude, ne risquent-ils pas d’être les grands oubliés de cette séquence politique ?

Aujourd’hui, les revendications de l’Unec sont portées avec celles de notre maison commune, la Cnams (Confédération nationale de l’artisanat des métiers et des services, NDLR) et donc l’U2P. L’Unec, toute seule, ne sera pas entendue par le gouvernement sur la baisse des charges. C’est une question interprofessionnelle, portée par l’U2P, avec le Medef et la CPME.

Nous rappelons simplement que la coiffure est une profession à forte proportion de main-d’œuvre et qu’elle devrait bénéficier d’une baisse de charges. Je vais même plus loin : je défends aussi une baisse de la TVA. Ce n’est pas normal qu’un métier comme la coiffure soit taxé à 20%. Chaque fois que je dis qu’il faudrait la ramener à 10%, je reçois des critiques, mais je continue de le répéter. 

Le problème, c’est que, quand parle de baisse de charges, on nous répond : «TVA sociale». Et qu’est-ce que c’est ? C’est une hausse de TVA. Alors, je ne sais pas quelle équation figurera dans le futur programme présidentiel de 2027, mais je ne serais pas surpris qu’on reparle de TVA sociale, peut-être même dès le nouveau gouvernement. 

Concernant nos contacts, soyons clairs, le nouveau Premier ministre est là depuis deux jours seulement, après la démission de François Bayrou (interview réalisée le 13 septembre, NDLR). Pour l’instant, nous avons un gouvernement démissionnaire. Ce qu’il faut, c’est un gouvernement rapidement, et surtout un budget.

Je tiens quand même à préciser une chose : les gouvernements passent, mais la voix de l’Unec reste. J’en ai pour preuve qu’alors même que le vote de confiance était annoncé, nous étions encore reçus au ministère, deux jours avant. 

Propos recueillis par Georges Margossian. 

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