Profession bien-être : Votre dernier baromètre montre que les soins de beauté exercent un attrait particulièrement fort, puisque c’est la deuxième activité artisanale qui concentre le plus de créations d’entreprises en 2022. Pourquoi un tel dynamisme ?
Catherine Elie : C’est un phénomène qu’on observe depuis plusieurs années. L’an dernier, il y a eu 15 820 installations, soit un bond de 19% par rapport à 2021. Et je précise que nous ne retenons que les entreprises de moins de 20 salariés. Alors, comment je l’explique ? D’abord, par le boom de l’économie du bien-être, que nous observons tous. Le deuxième facteur, c’est que les soins de beauté font partie des métiers les plus attractifs de l’artisanat. Il y a énormément de formations qui attirent les jeunes et, bien souvent, quand ils ont fini leurs études, ils créent leur propre entreprise.
En revanche, les créations d’entreprises dans la coiffure semblent évoluer plus lentement. Comment l’expliquez-vous ?
On est à 6 820 installations dans la coiffure, qui progresse de 6%. Je dirais que ça repart. La coiffure est un secteur qui était un peu sinistré depuis quelques années. On a eu une baisse de l’emploi salarié dans les salons pendant pas mal de temps, peut être parce qu’il y a eu, à un moment donné, trop de professionnels qui se sont installés.
Aujourd’hui, je pense qu’une bonne partie de la progression provient de la création de micro-entreprises. J’observe d’ailleurs que c’est un phénomène général, y compris dans les soins de beauté. Pour vous donner un ordre d’idée, les micro-entrepreneurs représentent environ 40% des travailleurs non salariés dans la coiffure, contre 75% dans les soins de beauté…
Pour quelles raisons existe-t-il un tel écart entre ces deux activités ?
Historiquement, la coiffure était un secteur plus développé que l’esthétique, avec un maillage plus étoffé dans les villes. Je pense que le tissu des boutiques de salons de coiffure continue de se transmettre et cela explique pourquoi, quand on achète un fonds de commerce dans ce secteur, vu le montant, si on veut être coiffeur en salon, il est plus difficile d’être micro-entrepreneur.
En revanche, le stock d’affaires, en transmission ou en reprise, est beaucoup moins important dans les soins de beauté, et nécessite donc un investissement moins élevé. Et puis, beaucoup de jeunes qui sortent des centres de formation n’ont pas les moyens d’acheter un fonds de commerce. S’ils veulent s’installer directement, après leurs études, ils commencent par exercer à domicile, ce qui ne nécessite pas de mise de fonds importante. Ou alors, ils louent un espace dans un salon de beauté.
Quel est le profil de ces micro-entrepreneurs ?
C’est assez varié. En général, ils ne sont pas moins bien formés que les entrepreneurs classiques. Ils sont plus jeunes, et donc avec moins de moyens financiers. Du coup, certains s’installent en micro-entreprise, parce qu’ils n’ont pas pu obtenir de soutien bancaire pour acheter un fonds de commerce.
Il y a aussi d’autres profils. Par exemple, on sait que le CAP d’esthétique, beaucoup le préparent en formation continue. Certains sont en reconversion et passent par l’étape micro-entrepreneur pour valider leur projet. On a une autre catégorie pour laquelle l’indépendance, c’est un choix de vie. Ils se disent qu’ils vont gagner un peu moins qu’en étant salariés mais avec plus de flexibilité horaire. Enfin, quand on travaille en milieu rural, ce n’est pas forcément rentable d’ouvrir un institut ou un salon de coiffure, et il y a une clientèle pour des soins à domicile.
L’envie d’être indépendant reste toutefois un trait commun…
Oui, l’envie d’être son propre patron revient en force. C’est une renaissance, parce que, sur le plan historique, le salariat s’était petit à petit imposé dans l’espace du travail depuis 1945. On assiste aussi à un vrai retour de la population vers l’artisanat, parce que ce sont des métiers qui font sens et parce qu’on sait, concrètement, à quoi sert son travail.
Propos recueillis par Georges Margossian.
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