Jeudi, Profession bien-être rapportait un signalement de l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes à l’encontre d’une esthéticienne pour «exercice illégal de la médecine». Devant l’inquiétude suscitée, Martine Berenguel, co-présidente de la CNAIB-SPA, met en garde contre certaines dérives.
Profession bien-être : Vous avez été prise de court devant ce signalement ?
Martine Berenguel : Indignée, voulez-vous dire ! D’autant que le même jour a été interpellée une autre esthéticienne, en Nouvelle-Aquitaine qui proposait, elle, du «dry microneedling» en se vantant de faire ainsi pénétrer les principes actifs jusqu’au derme ! Deux incidents aussi graves le même jour, avouez qu’il y a de quoi s’arracher les cheveux.
Les deux cas sont aussi absurdes et illégaux. En Nouvelle-Aquitaine, la praticienne qui propose du dry needling est non seulement inconsciente, mais ignorante. Comme son nom l’indique, le dry needling (littéralement traduit, le terme signifie «épinglage à sec», NDLR) ne comporte aucune injection de produits. Affirmer qu’il y a pénétration jusqu’au derme est donc totalement absurde et mensonger, outre le fait d’être illégal.
Quant au cas de Lyon, renseignements pris, il s’agit de séances de hyaluron pen, un dispositif, qui, je le rappelle, a été interdit en mars 2021.
S’agit-il d’un manque d’information ?
Ce n’est pourtant pas faute de le répéter sur tous les tons. L’effraction cutanée est interdite aux esthéticiennes, elle est du ressort des médecins. C’est clair, non ? Donc tout ce qui ressemble de près ou de loin à une injection ne peut être pratiqué par une esthéticienne. Dieu merci, nos adhérentes l’ont bien compris et se gardent bien de transgresser la loi.
> LIRE AUSSI : Interdiction du hyaluron pen : ce que risquent les esthéticiennes
A priori, le microneedling se trouve dans une zone juridique un peu floue, non ?
Le microneedling, tel que nous le défendons, ne comporte pas d’injection. Ce n’est pas une effraction cutanée, car les instruments utilisés sont des aiguilles non invasives, des picots très fins utilisés pour provoquer une réaction de l’épiderme. En aucun cas, nous n’allons jusqu’au derme ! Et en microneedling, il n’y a aucune injection de produits.
Nous sommes en train de défendre ce dossier auprès du ministère pour faire approuver cette techniques, protocoles détaillés à l’appui. Comment voulez-vous que les autorités nous prennent au sérieux, alors que des cas isolés, comme ceux que je viens de vous citer, détruisent notre crédibilité. Nous passons pour des irresponsables qui mettent la vie et la santé de nos clientes en question !
Nous venons tout juste de gagner la bataille de la lumière pulsée, après dix ans de combat. Ce n’est pas pour donner de nouvelles armes aux médecins pour nous faire attaquer.
LIRE AUSSI : Injections clandestines : un syndicat pointe du doigt les esthéticiennes
D’autant que tous ces problèmes ne sont pas forcément le fait d’esthéticiennes diplômées…
Oui, on l’oublie trop souvent : l’esthétique est une profession réglementée, sanctionnée par des diplômes d’état. Et la majorité des personnes qui communiquent autour de dispositifs, comme le Hyaluron Pen, n’ont pas forcément de diplômes. Car même si le procédé est interdit en France, il est toujours en vente libre sur Internet.
Or, et nous ne le répéterons jamais assez, le procédé, mal pratiqué, est dangereux. Il peut provoquer des nécroses irréversibles, c’est d’ailleurs la multiplication de ces incidents qui a provoqué son interdiction.
La multiplication des incidents risque-t-elle de provoquer l’interdiction du microneedling ?
Nous faisons tout pour ne pas en arriver là. Mais à quoi peuvent servir nos séances de travail avec les autorités si des brebis galeuses continuent à communiquer pour promouvoir des prestations illégales ? Ces cas isolés mettent toute la profession esthétique en danger. A l’heure où la profession change et se professionnalise de plus en plus, il est vraiment dommage de ne pas présenter un front uni !
N’oubliez pas que les autorités ne connaissent pas notre activité. La plupart de nos interlocuteurs ne savent pas en quoi consiste un soin visage. Il est donc important de les rassurer quant à nos compétences professionnelles. Ces praticiennes inconscientes – il n’y a pas d’autre terme – font autant de tort à la profession que les salons de massages érotiques en font aux vrais masseurs de bien-être. Et elles risquent gros.
Je comprends qu’il est difficile de résister à la demande des clientes, de plus en plus jeunes. Mais je rappelle qu’aucune compagnie d’assurance ne pourra les assurer pour l’utilisation d’un matériel interdit. Et je doute qu’une esthéticienne puisse assumer à elle seule les frais d’un procès à la fois au pénal pour exercice illégal de la médecine et au civil, parce que leur cliente aura subi des dégâts irréparables.
Propos recueillis par Siska von Saxenburg.
Martine Berenguel est co-présidente de la Confédération Nationale des instituts de beauté (CNAIB-SPA).




