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Christian Thomazeau : « Le marché esthétique est en pleine révolution »

LE MARCHÉ DE L'ANTIAGE EN PLEINE RÉVOLUTION

Stimulé par la demande du public, le marché de l’esthétique subit une mutation profonde. Spécialiste des nouvelles technologies, le président de Cesam, Christian Thomazeau, relève, pour Profession bien-être, les contradictions soulevées par cette évolution.

Christian ThomazeauOn n’a jamais autant parlé de bien-être, mais, à entendre certains professionnels, le marché de l’esthétique serait en berne…

Christian Thomazeau : C’est bien le cœur du problème ! D’un côté, nombre d’exploitants n’ont pas retrouvé le niveau de chiffre d’affaires d’avant la pandémie et, de l’autre, les demandes explosent dans les trois domaines stratégiques de l’anti-âge, de la silhouette et de l’épilation définitive.

Cette demande a-t-elle vraiment explosé ?

Absolument. Mais attention : elle s’est aussi modifiée. Prenons l’anti-âge : il y a 15 ans, les clientes n’acceptaient pas leur âge, elles voulaient rajeunir. Aujourd’hui, elles sont dans une dynamique plus réaliste, elles acceptent leur âge, mais veulent devenir la meilleure version d’elles-mêmes. Le public se tourne vers la relance des processus physiologiques : stimulation des fibroblastes, de la production de collagène et autres.

De même, pour le marché de la minceur, le public oublie l’obsession de la perte de poids et se concentre sur l’harmonie de la silhouette. Le client se focalise davantage sur le relâchement cutané et la tonification musculaire. C’est un segment d’autant plus intéressant qu’il correspond à un changement de mentalité et qu’il demande une formation plus poussée. C’est un moyen de revaloriser la profession esthétique, car cela exige une expertise plus poussée des processus physiologiques.

Vous misez donc principalement sur la technologie ?

Oui, car la demande a changé. La clientèle est devenue très exigeante : elle veut des résultats immédiats, de la prestation rapide et efficace, non-invasive, indolore et sans effort ! Personne ne veut avoir l’air fatigué ou usé à l’ère du «vivez-intensément-l’instant-présent». Et là, seule la technologie peut répondre efficacement à ces attentes.

Comme cette technologie est en évolution, il faut des praticiennes expertes, qui se forment en permanence aux nouvelles méthodes. Ce n’est pas un hasard si les technologies émergentes sont d’abord l’apanage des médecins. Mais même eux doivent être formés au maniement des appareils !

Que faites-vous de l’esthétique traditionnelle, qui ne jure que par le manuel ?

Elle va continuer sur sa lancée, mais ce n’est pas une voie d’avenir pour une esthéticienne qui a une âme d’entrepreneuse. Et le niveau d’expertise de la profession esthétique ne cesse d’évoluer. Or, pour réussir, l’esthéticienne qui se met à son compte doit aujourd’hui devenir experte sur son sujet, et cela englobe à la fois la technique et le commercial. Et l’expertise, dans cette matière, c’est aussi de renoncer à des soins chronophages et non rentables. Comment comparer une pose de vernis et un soin anti-âge au niveau de la rentabilité !

Pour vous, la survie de l’esthétique passe donc forcément par la maîtrise de la technologie ?

En fait, on ne rentre pas forcément dans l’esthétique avec les bonnes armes en main. Pour moi, effectivement, le vrai succès se situe sur le plan technologie. A condition de bien prévoir l’accompagnement et la formation. Le succès ne s’obtient en effet pas uniquement avec un appareil hors de prix ! Dans tous les cas, il vaut mieux une technologie simple, maniée par un expert, qu’une machine sophistiquée utilisée par un tocard.

Et il faut prendre la technologie pour ce qu’elle est : une aide précieuse pour la prise en charge de problèmes spécifiques. La machine ne doit pas remplacer la main de l’esthéticienne : elle doit accompagner la prise en charge et le diagnostic. D’où le succès des diagnostics de peau piloté par l’intelligence artificielle. Or, cette partie diagnostic est au cœur du succès des soins technologiques.

L’esthéticienne ne risque-t-elle pas de se fier uniquement à la technologie en perdant le sens du contact avec la clientèle ?

On est beaucoup revenu du système mains libres après la pandémie. Cela vient du fait que tous les soins mains libres doivent être contrebalancés par une prise en charge très personnalisée, et que beaucoup d’instituts n’ont pas intégré cette donnée. Aucun client n’aime être livré à lui-même dans un espace vide meublé de machines «mains libres». Ne serait-ce que parce qu’il ne sait pas laquelle choisir.

L’accompagnement est essentiel aussi pour les praticiens. Le temps est révolu où les équipementiers pouvaient vendre une machine avec une marge importante et ne plus jamais s’occuper des clients qui l’avaient achetée. On peut très vite se perdre dans la technologie ! Il vaut mieux parfois démarrer sur une technologie plus simple, plus facile à maîtriser que de se lancer d’emblée dans un matériel très sophistiqué qui va demander un temps d’apprentissage plus long. Et n’oubliez pas que dans ce cas, les cobayes, ce sont les clientes de l’institut. A leur insu…

Propos recueillis par Siska von Saxenburg.

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