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Du plasma de Quinton au bien-être, comment la thalassothérapie s’est réinventée

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De ses origines médicales à son adaptation aux tendances contemporaines du bien-être, la thalassothérapie a su évoluer pour répondre aux attentes des nouvelles générations. Retour sur plus d’un siècle d’histoire. 

1865, une année charnière pour l’histoire des soins marins, où un mot, un simple mot, allait redéfinir les contours de la médecine préventive. Ce mot, «thalassothérapie», inventé par Joseph La Bonnardière, résonne aujourd’hui comme une évidence. Pourtant, à l’époque, il s’agissait d’un concept audacieux, qui allait faire la lumière sur un soin vieux comme le monde : le pouvoir guérisseur de l’eau de mer. 

La Bonnardière définit la thalassothérapie comme un «traitement hygiénique, préservatif et curatif par la mer». La combinaison de deux racines grecques, «thalassa» (mer) et «therapeia» (soin), donne naissance à un terme qui réunit à la fois la science, la nature et la guérison. L’idée fait vite son chemin. 

Des stations balnéaires comme Nice, Hendaye et Cannes commencent à s’imposer comme des centres de soins à part entière, où la mer devient un véritable allié thérapeutique. En 1894, le terme est officiellement adopté lors d’un congrès international, rassemblant médecins et chercheurs européens, déterminés à prouver la véracité scientifique de cette méthode.

La mer au service de la santé

thalassocratiesMais si l’eau de mer devient une nouvelle pratique thérapeutique, c’est aussi grâce aux travaux de René Quinton. Cet homme éclectique, qui s’est passionné pour la biologie et la physiologie, défend à l’époque une thèse originale : le plasma sanguin et l’eau de mer auraient des similitudes. 

Partant de cette hypothèse, il crée ce qui allait devenir le célèbre «plasma de Quinton», une solution qui, administrée par injections ou en cures, aurait montré des effets bénéfiques pour traiter diverses affections. Une partie du corps médical se laisse convaincre. Il n’en fallait pas plus pour que la thalassothérapie sorte de son rôle traditionnel de sanatorium pour s’orienter vers l’hygiénisme et la prévention.

Mais elle devra encore attendre quelques décennies avant de connaître sa véritable heure de gloire. En avril 1957, le Congrès de thalassothérapie et d’hydroclimatologie, qui se tient à Cannes, met en lumière l’intérêt croissant des bienfaits des soins marins pour la médecine préventive. L’idée que la mer ne guérit pas seulement, mais prévient aussi les maladies, se répand rapidement.

Au même moment, l’écrivain Marie Mauron sort un livre qui fera date : «La Mer qui guérit». Souffrant d’arthrose, elle avait décidé de tenter l’expérience des cures marines à Roscoff. Après un mois et demi de soins, elle observe une guérison spectaculaire. La réputation des centres de thalassothérapie était faite.  

Louison Bobet, le cycliste de la thalasso

thalassocratiesL’image de la mer se transforme peu à peu en une véritable «fontaine de jouvence», notamment pour les maladies rhumatologiques. On créé, à la fin des années 1950, la Fédération thermale et climatique de Bretagne. L’offre de soins marins se professionnalise, consolidant sa légitimité en tant que pratique médicale.

Dans son sillage, l’ancien cycliste et journaliste sportif Louison Bobet s’engage dans un projet ambitieux : la construction d’un centre de thalassothérapie novateur, alliant esthétique, fonctionnalité et efficacité. Ce lieu, un «institut de thalassothérapie» de nouvelle génération, est conçu pour offrir à ses visiteurs des soins haut de gamme dans un cadre à la fois élégant et pratique. 

Sa construction bénéficie des solides relations que l’ex-sportif entretient avec les médias, ce qui permet de propulser l’établissement sous les feux de la rampe. L’inauguration, le 11 mai 1964, en présence de Maurice Herzog, ancien ministre des Sports, et de Raymond Marcellin, ministre de la Santé, marque un véritable tournant pour la thalassothérapie en France.

Un hôtel attenant est également construit, apportant aux curistes un service complet. Une première ! L’Institut se distingue par la qualité de ses soins, avec une équipe médicale de haut niveau, dont le Dr Paule Obel, la future présidente de la Société française de thalassothérapie, spécialiste de la physiothérapie et des massages.

De la cure médicale au phénomène de mode

En 1968, après seulement quelques années d’activité, l’Institut rencontre un succès retentissant. Avec 350 curistes accueillis chaque jour, il attire un nouveau public : des artistes, comédiens, sportifs de haut niveau et hommes d’affaires. Une autre orientation voit le jour : la cure de remise en forme. 

Très vite, on se rend compte que près de la moitié des curistes ne sont plus issus des catégories traditionnelles de rééducation ou de rhumatologie. Souffrant de stress ou de troubles psychosomatiques, une nouvelle clientèle se précipite dans les centres de thalassothérapie. Mais cette forte médiatisation n’est pas sans inconvénients. 

N’a-t-on pas tiré un peu trop sur la corde ? Déjà… Le flou entourant certaines pratiques, couplé à une exploitation commerciale parfois excessive, fait naître une distinction entre la thalassothérapie médicale, fondée sur des bases qui se veulent scientifiques, et la thalasso «phénomène de mode». 

En 1997, le directeur de la caisse primaire d’assurance-maladie de Nantes écrit à tous ses homologues pour les inciter à ne plus rembourser les visites médicales et certains soins de kinésithérapie effectués dans les centres de thalassothérapie. «La thalassothérapie aurait-elle connu son âge d’or ?», se demande alors Le Monde… Elle devra renoncer à une prise en charge partielle par la Sécurité sociale, qui représentait alors 15% de l’ensemble des soins dispensés. 

Thalasso 2.0, l’éternel recommencement

thalassocratiesDepuis, le secteur a connu une profonde mutation. La dimension médicale s’estompe, cédant la place à une clientèle de plus en plus désireuse de détente, de régénération et de soins préventifs. Ce changement de cap reflète une nouvelle conception de la santé, où l’objectif n’est plus uniquement de traiter des pathologies, mais de maintenir un équilibre global, physique et mental. La vogue des spas et du bien-être est passée par là. 

Les générations Y et Z arrivent. Obsédées par leur bien-être, elles ont poussé les vieux centres de thalassothérapie à se rénover. Résultat ? Des cures personnalisées, adaptées à leurs besoins spécifiques, mais aussi à celles des baby boomers : anti-âge, minceur, ménopause, troubles du sommeil, burn-out…

L’eau de mer n’a pas disparu. Elle est toujours présente, mais elle cohabite avec de l’aquagym, des massages, de la sophrologie, de l’Ayurveda, de la naturopathie… Du sur-mesure. Du court séjour. Mais surtout : de l’«expérience», martèlent les brochures publicitaires. La thalasso se réinvente. Et elle n’a jamais été aussi tendance. Enfin, presque. Rien de vraiment neuf sous le soleil, si ce n’est la façon dont on emballe le tout, diront les anciens… Mais n’est-ce pas là justement sa force ?  

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