On vit plus longtemps qu’avant, c’est un fait. Partout dans le monde, les années s’ajoutent. Mais la vraie question n’est plus seulement de savoir combien de temps on vit. Ce qui compte de plus en plus, c’est comment on vit ces années-là. Est-ce qu’on reste en forme, autonome, capable de bouger, de réfléchir, de profiter du quotidien ?
C’est exactement ce que souligne l’étude, publiée fin décembre dans la revue Aging Cell. «L’objectif n’est plus seulement de vivre plus longtemps, mais de vivre plus d’années en bonne santé», soulignent ses auteurs, chercheurs à l’Institut métropolitain de gériatrie et de gérontologie de Tokyo, dans un communiqué.
Les scientifiques parlent de «healthspan», un mot qui désigne la période de la vie où l’on reste actif, indépendant, sans maladies graves liées à l’âge. Autrement dit, le but n’est pas seulement d’ajouter des bougies sur le gâteau, mais de pouvoir encore marcher, se lever, respirer facilement et garder de l’énergie.
Les mitochondries, des usines à énergie
Pour comprendre comment vieillir en meilleure forme, les chercheurs se sont intéressés à quelque chose de minuscule mais essentiel : les mitochondries. On les appelle souvent «les centrales énergétiques de la cellule». Chaque cellule de notre corps en contient des milliers. Leur rôle est de fabriquer l’énergie dont elles ont besoin pour fonctionner, un peu comme une batterie. Cette énergie s’appelle l’ATP.
Quand les mitochondries fonctionnent bien, les cellules ont de l’énergie. Quand elles fatiguent, tout ralentit. Et c’est là que le vieillissement entre en jeu. Le texte rappelle que le déclin de ces petites centrales est étroitement lié au vieillissement et à de nombreuses maladies liées à l’âge.
En effet, depuis des années, les scientifiques savent que, à l’intérieur des mitochondries, les machines qui fabriquent l’énergie peuvent parfois s’assembler entre elles. Ces assemblages sont appelés des supercomplexes. L’idée est qu’en travaillant ensemble, ces machines seraient plus efficaces, un peu comme une équipe bien organisée.
Le problème, c’est que, jusqu’ici, on manquait de preuves concrètes. Est-ce que ces supercomplexes font vraiment une différence pour la santé et le vieillissement ? Ou est-ce seulement une belle théorie ? C’est cette question que l’étude a voulu éclaircir.
Une protéine qui change la donne
Pour avancer, l’équipe japonaise a étudié une protéine précise, appelée COX7RP. Elle aide justement ces supercomplexes à se former. «Nous avons précédemment identifié COX7RP comme un facteur clé favorisant la formation de supercomplexes mitochondriaux, améliorant ainsi la production d’énergie et réduisant les espèces réactives de l’oxygène responsables du stress oxydatif», explique le chercheur principal, Satoshi Inoue.
Cette protéine aide les mitochondries à mieux s’organiser, à produire plus d’énergie et à générer moins de «déchets» nocifs pour les cellules. Pour tester cette piste, les chercheurs ont travaillé sur des souris modifiées, en leur donnant la possibilité de produire davantage de COX7RP tout au long de leur vie. Les résultats sont éloquents : en moyenne, ces souris ont vécu 6,6 % plus longtemps que les autres.
Vieillir en restant plus robuste
Mais surtout, elles n’ont pas seulement vécu plus longtemps. Elles ont vécu mieux. Leur corps gérait mieux le sucre, grâce à une meilleure sensibilité à l’insuline. Leur taux de graisses dans le sang était plus bas. Leurs muscles étaient plus endurants. Et leur foie accumulait moins de graisse.
À l’intérieur même des cellules, les signes du vieillissement étaient moins marqués. Les mitochondries produisaient plus d’ATP, donc plus d’énergie. Certains marqueurs biologiques associés à l’âge évoluaient dans le bon sens : plus de NAD+, moins de stress oxydatif, moins de signaux indiquant que les cellules entraient en sénescence, c’est-à-dire en «retraite». Les chercheurs ont aussi observé moins d’activité de gènes liés à l’inflammation, un phénomène souvent associé au vieillissement.
Ce que cela change ? «Notre étude apporte de nouvelles pistes pour promouvoir la durée de vie en bonne santé», s’enthousiasme Satoshi Inoue, même si les chercheurs restent encore prudents, préférant parler d’une piste à explorer, plutôt que d’une solution miracle.
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