Le collagène promet beaucoup. Fermeté, souplesse, peau plus lisse… Le mot s’est imposé comme un réflexe marketing dans les rayons cosmétiques. Mais derrière cette promesse familière, le constat posé par Nadine Nassif et Marie-Madeleine Giraud, respectivement directrice de recherche au CNRS et directrice d’étude honoraire à l’École pratique des hautes études, est beaucoup plus direct : la molécule vedette des crèmes anti-âge ne passe pas la barrière de la peau.
Dans un article que vient de publier la revue Pour la science, les deux chercheuses rappellent que l’efficacité cosmétique du collagène reste limitée. Une situation paradoxale pour cette protéine très présente dans la corps humain, aujourd’hui surtout connue du grand public à travers les produits anti-âge.
Le collagène ne traverse pas la peau
«La cosmétique anti-âge et plus récemment le domaine des compléments alimentaires ont beaucoup fait parler d’elle. Or, dans ces domaines, son efficacité est loin d’avoir été prouvée», écrivent-elles. Car le problème est avant tout physique… Appliqué sur la peau, le collagène ne peut pas agir en profondeur.
Les crèmes qui font valoir l’action de cette protéine sur le relâchement cutané «sont inefficaces pour une raison simple : à cause de sa taille et de sa faible solubilité, cette macromolécule ne peut pas traverser l’épiderme», poursuivent les deux scientifiques.
Pour contourner cette limite, certaines formulations utilisent des versions fragmentées de la molécule. Mais là encore, leur efficacité ferait débat. «Pour une absorption cutanée, on utilise des formes hydrolysées ou d’autres peptides de plus petite taille, mais on perd alors les fonctions et les propriétés de la molécule native», estiment-elles.
Un futur dans la réparation tissulaire
Bref, la notoriété du collagène dans les produits de beauté tranche nettement avec les connaissances scientifiques actuelles sur son fonctionnement réel, selon les deux chercheuses. Le constat vaut aussi pour un autre usage populaire : les compléments alimentaires.
Nadine Nassif et Marie-Madeleine Giraud rappellent que cette protéine, lorsqu’elle est consommée sous forme de complément, est digérée et dégradée comme n’importe quelle autre protéine «sous la forme d’acides aminés, ses constituants».
En fait, pour les scientifiques, son avenir se situe plutôt ailleurs. «Dans le futur, il est plus probable que l’usage du collagène sera pertinent non en cosmétique, mais pour la réparation tissulaire», écrivent-elles, évoquant des travaux visant à utiliser cette molécule dans la médecine régénérative.
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