Face à la pénurie de main d’œuvre qui frappe le secteur, Sébastien Bazin, PDG d’Accor, mise davantage sur une amélioration des conditions de travail, que sur une hausse des salaires.
Début septembre, la ministre du Travail avait invité les secteurs «massivement aidés pendant la crise», comme les hôtels, cafés et restaurants, à «mettre des propositions sur la table», pointant notamment le niveau des rémunérations. «Il y a des secteurs qu’on a massivement aidés dans la crise et qui aujourd’hui nous disent : on n’arrive pas à recruter. Eh bien, il faut qu’ils se posent la question de pourquoi ils n’arrivent pas à recruter», avait-elle alors suggéré.
Interviewé vendredi sur RMC, le PDG d’Accor, Sébastien Bazin, a indiqué que, malgré une amélioration de la situation, «chaque semaine qui passe», «on n’est pas encore au niveau de 2019, notamment à Paris, on est encore un bon tiers en-dessous», rapporte l’Agence France-Presse. De plus, le secteur reste toujours en tension au niveau des effectifs.
Alors que la demande repart, Accor a «encore au moins 2 000 personnes manquantes», des employés qui «ne sont pas revenus, parce qu’ils ont réfléchi pendant la période du confinement, parce qu’ils ont changé de ville, de métier, ou n’ont plus envie d’accepter les sacrifices de contraintes horaires», a expliqué Sébastien Bazin.
Le phénomène est général. Entre février 2020 et février 2021, les effectifs du secteur sont passés de 1,309 million d’employés à 1,072 million, selon la Dares, le service des statistiques du ministère du Travail. Dès la fin du mois d’août, les professionnels estimaient déjà que la pénurie de main d’œuvre dont souffre l’hôtellerie-restauration handicapait les établissements les plus dynamiques, réduisant «l’activité voire le développement d’entreprises qui connaissent un rebond».
Comment renforcer l’attractivité de ces métiers ?
Dès lors, le secteur s’interroge sur les moyens de faciliter le recrutement. Hausse des salaires, prime à l’embauche… Si les employeurs le font déjà à titre individuel, les organisations syndicales vont se retrouver à la table des négociations le 18 novembre pour en discuter. Le patronat devra «faire une proposition au gouvernement d’ici la fin de l’année», pour renforcer l’attractivité de ces métiers, a souligné Sébastien Bazin, pointant le paradoxe de «centres de formation pleins», dont les recrues, une fois formées, ne restent pas dans l’hôtellerie restauration.
«Il faut qu’on réfléchisse à lisser les contraintes horaires, à avoir probablement une formation inter-filières», a-t-il précisé. Quant à augmenter les rémunérations, c’est «sûrement une des bonnes questions», a-t-il affirmé, mais il n’est pas convaincu. «Si je dois les payer plus : est-ce que c’est suffisant ? Non. Est-ce que j’en suis capable ? Non. C’est tout le problème», a-t-il jugé, plaidant plutôt pour une «réduction des charges patronales en fonction du nombre de salariés embauchés».



