C’est un paradoxe frappant : la France s’apprête à vivre une vague de transmissions sans précédent, mais une large part d’entre elles risque de rester bloquée sur la ligne de départ. Selon une étude que vient de publier Bpifrance, 40% des dirigeants de TPE-PME-ETI prévoient de passer la main d’ici 2030, soit 370 000 entreprises susceptibles de changer de mains.
Au total, près de 3 millions d’emplois sont concernés. Certaines filières s’annoncent particulièrement dynamiques. Ainsi, dans le tourisme, plus d’un dirigeant sur deux (54%) envisage une cession à cinq ans. Pourtant, la réalité est bien moins… rapide. Au rythme actuel, seules 130 000 transmissions aboutiraient dans les cinq prochaines années, soit un marché trois fois plus lent que son potentiel théorique, met en lumière l’étude.
Difficultés à trouver le bon repreneur
Car derrière les intentions affichées, la réalité est hésitante. En effet, 80% des dirigeants resteraient en poste si la transmission n’aboutit pas, 28% n’ont rien anticipé et 70% n’en sont qu’à la phase de réflexion. Un dirigeant sur deux n’a même aucun projet pour l’après, signe d’une transition encore floue.
Les cédants se heurtent aussi à des freins psychologiques, parfois qualifiés «d’accompagnement au deuil», et peinent à se projeter dans la «vie d’après». Beaucoup manquent de repreneurs solides : 19% n’en trouvent pas et 18% jugent les offres trop basses. À la marge, 1% anticipent une fermeture faute de solution…
De l’autre côté, le parcours n’est pas plus fluide : 60% des repreneurs rapportent des obstacles «significatifs» avant la reprise. Le financement concentre l’essentiel des difficultés, car 30% en font le principal frein et la proportion grimpe à 44% chez les repreneurs ex-salariés.
Après la signature, les défis continuent. Selon l’étude, 25% des repreneurs peinent avec la gestion des ressources humaines. Et les repreneurs externes «pâtissent d’une plus grande asymétrie d’information que les repreneurs internes», souligne l’étude. Le risque d’un rachat trop élevé n’est pas non plus anodin : 26% jugent avoir payé trop cher et un tiers réduisent ou reportent des investissements essentiels.
Un marché dominé par le bouche-à-oreille
Le marché de la reprise ressemble encore à un labyrinthe. Près du quart des cédants interrogés (23%) et 22% des repreneurs externes peinent à trouver une contrepartie. L’étude évoque un écosystème peu transparent, toujours très dépendant du bouche-à-oreille, selon les experts interrogés.
Un point positif : les plateformes d’annonces offrent un terrain plus structuré. Elles assurent au repreneur un cédant prêt à transmettre et un intermédiaire compétent, tandis que le cédant peut comparer les offres en préservant la confidentialité, estime l’étude.
Enfin, dans ce paysage contrasté, un phénomène inattendu apparaît : un nouveau profil de cédant, plus jeune, émerge peu à peu. Si 64% des intentions restent liées à un départ en retraite, la majorité des transmissions observées sont désormais initiées par des dirigeants de moins de 60 ans.
Certains ont même moins de 50 ans et cherchent à passer la main pour alléger une charge de travail ou psychologique devenue trop lourde, ou simplement pour «changer d’air», tout en restant entrepreneurs. Ces cédants disposent le plus souvent d’un projet clair pour l’après-transmission, signe d’une transition davantage choisie que subie.
Enquête : 5 000 dirigeants interrogés entre le 19 mai et le 9 juin 2025, complétée par 50 entretiens et plusieurs baromètres (ETI, Rexecode, Indice Entrepreneurial Français) pour affiner le diagnostic.
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