Logo profession bien etre : magazine d'actualité économique de la beauté et du bien-être

Beauté

Bien-être

Business

Législatives : « Il est très peu question des petites entreprises »

TPE

Depuis la décision du chef de l’Etat de dissoudre l’Assemblée nationale, les promesses fiscales et budgétaires des trois camps en lice (Ensemble pour la République, Nouveau Front populaire et Rassemblement national) se multiplient. Les TPE, encore une fois, semblent être les grandes absentes de leurs agendas politiques. Décryptage avec Jean-Guilhem Darré, délégué général du Syndicat des indépendants (SDI)*.

Profession bien-être : Comment réagissez-vous aux propositions des candidats aux législatives ? Sont-elles à la hauteur des enjeux pour les très petites entreprises ?

Jean-Guilhem Darré : En fait, il est très peu question des TPE. On parle économie, grandes entreprises, éventuellement PME, mais les priorités des dirigeants des TPE n’ont pas été abordées, notamment dans les auditions des différents partis («Grand oral» organisé par les organisations patronales jeudi matin, NDLR).

Sur le fond, on a trois blocs politiques : Ensemble pour la République, qui propose de continuer ce qu’a fait la majorité présidentielle, ce qui n’est pas forcément très satisfaisant pour les TPE, l’extrême droite, qui n’est pas très stable dans son projet, et l’extrême-gauche, dont le programme peut faire peur aux petites entreprises.

Le chef de la coalition présidentielle, Gabriel Attal, veut permettre aux entreprises de mensualiser la prime Macron et de relever son plafond, de 3 000 à 10 000 euros par an. C’est une bonne mesure pour les TPE ? 

Pour redonner du pouvoir d’achat, la meilleure solution à court terme, c’est effectivement le partage de la valeur, qui est très utilisé par les TPE. Néanmoins, la porter à 10 000 euros, cela reste un chiffre, car les TPE n’auront pas les moyens de verser cette somme à leurs salariés, alors qu’elles n’atteignent déjà pas, en moyenne, les 3 000 euros possibles.

De leur côté, le RN et le Nouveau Front populaire veulent mettre l’accent sur les carrières longues, en permettant à ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans de partir à la retraite avec 40 annuités à un âge légal de départ de 60 ans. Là encore, bonne ou mauvaise mesure pour les patrons de TPE ?

Le fait de partir à 60 ans, oui, c’est un élément positif pour pour les indépendants. Maintenant, la question, c’est : avec quelle retraite ? Une retraite à taux plein signifie juste qu’on a le droit de prendre sa retraite, mais cela ne détermine pas son niveau. Or, le problème des indépendants, c’est que, pendant de nombreuses années, ils n’ont pas forcément acquis un nombre de trimestres suffisant qui leur permettrait de partir à 60 ans.

Le RN prône aussi une baisse de la TVA sur l’électricité, le gaz, les carburants et le fioul de 20% à 5,5%. Cela va dans le bon sens ?

C’est une mesure à courte vue, qui ne résout pas le problème de fond sur le long terme, parce que les prix du gaz et de l’électricité dépendent du marché. Ils ne disent donc rien sur l’avenir. La problématique de l’énergie est extrêmement compliquée et baisser la TVA ne va pas avoir d’effet sur le marché, que ce soit pour le pétrole, le gaz ou l’électricité.

L’urgence, pour nous, ce sont les professionnels qui ont souscrit des contrats sur plusieurs années à fin 2022 et qui sont à des tarifs complètement prohibitifs, ceux de l’époque, mais dont ils ne peuvent pas se dégager aujourd’hui, parce que chacun de ces contrats comporte des indemnités de résiliation anticipée qui leur interdisent, en fait, de pouvoir en sortir. 

Autre promesse électorale : Jordan Bardella propose de donner la liberté d’augmenter les salaires, en les exonérant de cotisations patronales jusqu’à 10%. Qu’en pensez-vous ?

Le Smic est à 1 398 euros nets. Donc, 10%, cela fait 140 euros de plus. Mais il faudra encore déduire les charges salariales… Bref, l’employeur aura fait un effort financier pour que le salarié touche, au final, une somme bien moindre. La question est toujours la même : si on augmente le salarié, est-ce qu’on augmente son pouvoir d’achat, et, si oui, dans quelle proportion ?

Selon des récentes études, une augmentation de 100 euros du Smic prise en charge par l’employeur correspond pour l’employé à 34 euros nets de gain de pouvoir d’achat, parce qu’en contrepartie il perd l’accès à certaines aides… Le problème, ici, c’est qu’on ne traite pas la problématique des aides qui sont rattachées au niveau de rémunération. Les salariés risquent d’être frustrés.

L’augmentation du Smic à 1 600 euros nets par mois, défendue par le Nouveau Front populaire, vous paraît-elle soutenable par les TPE ?

On passe de 1 400 à 1 600 euros, ce qui va coûter à l’employeur, charges comprises, 6 500 euros de plus par an. Quant au salarié, avec 200 euros de Smic en plus, il perd toutes les aides qui étaient liées à son salaire initial. Ce sera, pour lui, une opération blanche. Donc, l’employeur qui va devoir tout de même verser 6 500 euros de plus pour le salarié ne changera pas son pouvoir d’achat… C’est totalement aberrant si on ne fait pas évoluer, en même temps, la prime d’activité.

Il y a aussi une question de fond. Si on gagne 200 euros de plus à l’échelon 1, il faudra aussi que cela se répercute sur l’échelon 2, et ainsi de suite. Cela risque d’être très compliqué pour les TPE. D’autant plus qu’elles devront ensuite répercuter cette hausse salariale quelque part : les prix, le recrutement, les effectifs…

Autre mesure proposée par l’alliance de gauche : l’indexation automatique des salaires sur l’inflation. Les TPE peuvent-elles le supporter ?

Le problème, c’est la spirale. À partir du moment où on indexe les salaires sur l’inflation, les TPE vont indexer aussi leurs prix sur les salaires, et plus les prix vont augmenter, plus les salaires suivront, etc. C’est la fameuse spirale inflationniste qu’on a voulu casser dans les années 1980.

Si nos charges augmentent, il faut que nous ayons la possibilité, soit de réduire nos coûts, soit de diminuer nos marges, soit d’augmenter notre chiffre d’affaires. Difficile, aujourd’hui, compte tenu du contexte économique actuel, avec une faible croissance et une hausse des défaillances d’entreprises.

Personne n’évoque les problèmes de recrutement dans les TPE. Pourtant, une récente étude de la Dares indique que le taux de vacance dans les petites entreprises est près de trois fois supérieur à celui des entreprises de plus de dix salariés. Comment expliquez-vous que cette question soit totalement éclipsée ?

Les candidats ont une vision macro-économique des problèmes. Il est médiatiquement plus porteur de parler des grandes entreprises, de mettre en place des giga usines, où on peut dire qu’il va y avoir plus d’un millier d’embauches, que de s’interroger sur les quatre millions d’indépendants et de TPE qui pourraient absorber un grand nombre de ces demandeurs d’emploi.

On a interrogé nos adhérents sur ce sujet. Le premier élément qu’ils mettent en avant, c’est la rémunération. Ils aimeraient avoir la possibilité d’attirer des personnes avec des rémunérations plus élevées, mais, compte tenu des charges sociales et fiscales, ils estiment que ce n’est pas possible. Le deuxième élément, c’est la formation. Ils ne trouvent pas de personnes qui soient en adéquation avec les postes proposés. Le troisième, c’est un problème un peu plus générationnel. Ils ont le sentiment que les personnes qui cherchent du travail ne veulent pas vraiment s’investir.

Avez-vous sondé vos adhérents sur leurs intentions de vote ?

Oui. Ils étaient à 40% satisfaits par le résultat des élections aux Européennes, ce qui correspond à la moyenne nationale, 37% non satisfaits et 24% neutres. Ils nous ont dit qu’ils allaient très massivement voter pour les législatives, à 90%, et les trois quarts des personnes que nous avons interrogés ont déclaré qu’ils allaient voter de la même façon que le 9 juin. On voit aussi que dans les zones rurales, dans le commerce de proximité ou le bâtiment, il y a de forts ressentiments.

Qu’est-ce que ces dirigeants de TPE attendent du futur gouvernement ?

Six thèmes principaux ressortent de notre dernière enquête : une baisse des charges sur les salaires, une baisse des charges fiscales, une simplification administrative, un renforcement de leur protection sociale, la maîtrise du coût des énergies et la revitalisation des commerces de centre-ville.

Les TPE ont du mal à se faire entendre des politiques ?

Le problème, c’est quand on parle de PME, on intègre des entreprises de 0 à 249 salariés. C’est très large, alors que, dans cette catégorie, il y a un sous-segment qui s’appelle les TPE, c’est-à-dire des entreprises de moins de 10 salariés qui n’ont absolument pas les mêmes problématiques qu’une grande PME.

Propos recueillis par Georges Margossian.

(*) Le Syndicat des indépendants et des TPE (SDI) est une organisation interprofessionnelle. Il revendique 25 000 adhérents, dont des salons de coiffure et des instituts de beauté.

LIRE AUSSI : Europe : les petites entreprises jugent la réglementation « inadaptée »

tue

 

 

Facebook
LinkedIn
WhatsApp
Email
Dans la même catégorie

Nous utilisons des cookies

Welcome Back!

Login to your account below

Retrieve your password

Please enter your username or email address to reset your password.