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Claude Chatillon : « La sophrologie s’adapte sans cesse aux pathologies nouvelles »

Une nouvelle définition de la sophrologie

Même si son caractère scientifique fait toujours débat, la méthode créée par le psychiatre Alfredo Caycedo est loin d’être une discipline figée. Le point avec Claude Chatillon, présidente de la Société française de sophrologie, qui organise les 3 et 4 décembre, à Montpellier, son prochain congrès annuel.

Claude Chatillon, sophrologueProfession bien-être : Quelle est la particularité de votre association ?

Claude Chatillon : C’est une société savante de recherche et la première association de sophrologie qui s’est créée en France, parce qu’elle date de 1966. Nous avons aujourd’hui entre 800 et 1 000 adhérents, des praticiens et des écoles.

En 2021, un rapport de l’Inserm sur la sophrologie déplorait une absence de données d’évaluation. Où en est-on aujourd’hui ?

On a toujours fait des études. En tant que société savante, on organise un congrès de recherche chaque année pour faire le point. Mais ce n’est pas une recherche au sens où les médecins et l’Etat l’entendent. Notre profession est beaucoup trop jeune, à peine une soixantaine d’années. Le métier réfléchit autour des fondamentaux, ce qui marche, ce qui ne marche pas, et sur des thèmes très divers, comme la sophrologie appliquée à des psycho-pathologies diverses telles que la dépression, les troubles psychosomatiques, les traumatismes, etc.

Pourquoi est-ce si difficile de fournir des preuves d’efficacité ?

Parce que la sophrologie, comme pour la psychothérapie, c’est une relation. Ce n’est pas comme avec un médicament, à partir duquel on peut réaliser des essais en double aveugle et où on peut dire, au final, s’il est efficace ou non. La sophrologie, c’est beaucoup plus compliqué que ça, parce qu’il faut prendre en compte la relation avec le sophrologue, la durée de la prise en charge ou encore l’accompagnement qui est proposé…

Considérez-vous davantage la sophrologie comme une psychothérapie plutôt que comme une technique de développement personnel ?

Non, on a toujours défendu l’approche de la psychothérapie psycho-corporelle, c’est-à-dire une psychothérapie qui s’appuie sur le corps, la détente du corps, le relâchement, et donc la gestion du stress, par des techniques de détente, qui sont tout à fait codifiées en sophrologie. On ne fait pas n’importe quoi : ces techniques ont été développées par des médecins.

Sur quoi s’appuie-t-elle sur le plan théorique ?

La sophrologie s’appuie sur l’approche phénoménologique et c’est pour ça qu’elle est proche de ce qu’on appelle la psychiatrie phénoménologique. Pour faire court, on part d’abord de ce que ressent la personne. On travaille à partir de son ressenti. Différentes techniques pratiques sont alors à notre disposition. Elles sont fondées à la fois sur la relaxation, de Schultz, de Jacobson, l’hypnose, l’imagerie mentale, etc. C’est une synthèse des techniques qui ont fait leurs preuves dans l’accompagnement des souffrances.

La sophrologie est-elle une pratique figée ou, au contraire, s’enrichit-elle, au cours du temps, de nouveaux apports théoriques et pratiques ?

Elle s’enrichit ! Au départ, elle était strictement dans le monde médical et le Dr Caycedo, son fondateur, l’a ouverte à ce qu’on a appelé le monde social, avec un accompagnement pour des difficultés d’adaptation, d’intégration, des conflits. La recherche de base est la même, mais la pratique s’adapte sans cesse aux pathologies nouvelles. Dans nos congrès, on suit l’évolution de la société. On parle de burn-out, des violences et des psycho-traumatismes, avec les addictions, les accompagnements des pathologies mentales.

Il semble qu’on parlait davantage de son intégration dans les établissements hospitaliers dans les années 2000. Est-ce toujours le cas ?

Il y a toujours eu une certaine proximité entre la sophrologie et le monde médical, ne serait-ce que par ses applications : diminution de la douleur, lutte contre le trac, le stress ou les troubles du sommeil. Dans les centres de traitement de cancer, les établissements hospitaliers recommandent la sophrologie et parfois en proposent.

Il y a une trentaine d’années, on formait les infirmières et les sages-femmes, et ça a modifié leur relation aux soins, c’est-à-dire leur compréhension du malade, les souffrances générées par la maladie elle-même, non pas l’acte médical, mais le psychisme de la personne.

Ce travail n’existe plus ?

Parce que la formation continue, qui finançait il y a quelques années la sophrologie dans les hôpitaux, est devenue de plus en plus technique. Cela a asséché les sources de financement. Et donc, effectivement, des études auraient pu être faites à partir de ces expériences, mais il aurait fallu qu’on les poursuive. Il faut du temps pour évaluer ce type de pratique, parfois plusieurs années. Comme le dit l’Inserm, il nous faudrait des moyens que nous n’avons pas et l’Etat ne nous a pas non plus aidé à faire des études.

Votre association défend un programme de formation étalé sur 2 ans pour accéder au titre de sophrologue. C’est un minimum pour acquérir de réelles compétences dans cette discipline ?

Oui, 300 heures en présentiel, pour moi, c’est un minimum, parce qu’il y a une théorie à acquérir et une pratique. Et le sophrologue doit aussi éprouver pour lui même les différentes techniques dont il va se servir pour aider les autres. On ne peut pas en une formation courte intégrer tout ce savoir. Il faut du temps. Il faut de l’intégration. Il faut de la pratique personnelle.

Vous aviez déposé un titre au Répertoire national des certifications professionnelles. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

On était certificateur RNCP, mais, pour l’instant, le titre n’est plus actif. Il est en demande de renouvellement.

Finalement, est-ce que le problème de la sophrologie n’est pas de pouvoir parler d’une seule voix ?

Bien sûr, mais on n’est pas les seuls. Il y a plus de 500 titres de psychothérapies au monde, qui s’appuient sur des présupposés différents. C’est la liberté de l’approche et heureusement qu’on n’est pas trop normés et réglementés. Parce qu’il n’y aurait plus aucune possibilité de suivre une recherche !

Certes, qui dit absence de profession non réglementée, dit absence d’ordre et absence de garde-fous, sauf la loi, mais on a un peu avancé, parce que la profession s’est réunie pour créer une norme Afnor sur le métier du sophrologue. Il y a aujourd’hui un socle commun, une déontologie, une description du métier et du rôle du sophrologue.

Propos recueillis par Georges Margossian.

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