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Ouvrir une clinique capillaire à Istanbul : la success story de deux jeunes entrepreneurs français

Jeremy Delattre

À Istanbul, deux jeunes entrepreneurs français, Jérémy Delattre et Julien Delanoue, ont su transformer un pari audacieux en succès. En 2020, ils ont ouvert Klineva, une clinique spécialisée dans la greffe capillaire, capitalisant sur l'essor du tourisme esthétique en Turquie.

Istanbul, le paradis des chauves ? En quelques années, la ville est devenue une destination incontournable pour les hommes qui souhaitent retrouver une chevelure dense sans se ruiner. La Turquie, qui a attiré en 2023 plus de 1,5 million de patients étrangers en quête de soins médicaux, en a fait l’une de ses spécialités. Un chiffre circule : plus d’un million de greffes capillaires auraient été réalisées en un an…  

C’est dans ce contexte porteur que deux jeunes Français, Jérémy Delattre et Julien Delanoue, expatriés à Istanbul, ont décidé de se lancer dans l’aventure en 2020, juste avant le Covid. Ensemble, ils créent Klineva, «la première clinique esthétique made in France de Turquie basée à Istanbul», font valoir les deux entrepreneurs.  

Jérémy Delattre, un entrepreneur passionné, s’est lancé dans la greffe capillaire après avoir vécu lui même une perte de cheveux. Il racontera ses mésaventures sur Youtube. «Le jour de ma greffe, j’ai eu l’autorisation de filmer et, par la suite, j’ai publié des vidéos de manière continue sur ma chaîne en montrant l’évolution de mes cheveux», explique le jeune homme de 35 ans. Son initiative fera des émules, notamment auprès de son futur associé, expert en informatique et impression 3D.  

«Les gens attendaient mes nouvelles vidéos pour voir comment ma greffe évoluait. Et au bout de 6 à 8 mois, j’ai commencé à voir des résultats intermédiaires déjà assez visibles. C’est à ce moment-là que beaucoup d’abonnés de ma chaîne YouTube m’ont contacté. Ils me disaient qu’ils voulaient faire la même chose, mais qu’ils ne parlaient ni anglais ni turc et ne connaissaient pas bien la Turquie», poursuit Jérémy Delattre, installé à Istanbul depuis 2017.  

La greffe capillaire à prix abordable 

Le marché est là : les deux associés décident de sauter le pas. «La Turquie est considérée comme la capitale mondiale de la greffe capillaire. Les cliniques, ici, sont réputées pour leur expertise et les prix, beaucoup plus abordables qu’en Europe. Nous avons donc décidé de créer quelque chose de concret, un service pour accueillir et accompagner les patients francophones», poursuit l’entrepreneur. 

Aujourd’hui, sa clinique accueille des Français, des Belges, des Suisses et des Canadiens. «D’autres cliniques utilisent des traducteurs, mais ils ne comprennent pas toujours la culture, ni les attentes de ces patients. Nous, on offre bien plus. Une expérience humaine, personnalisée, où la confiance se construit dès le premier échange», assure Jérémie, dont les arguments sont bien rodés.

greffe de cheveux
Le patient bénéficie d’une consultation approfondie (à gauche). Avant le tracé de la ligne frontale (à droite). 

 En quatre ans, malgré les restrictions imposées par la pandémie de Covid, la clinique a pris ses marques. Un chirurgien, au début, puis douze professionnels de santé aujourd’hui, soit plus de la moitié des effectifs de l’établissement. «Tous nos employés sont salariés. Ils perçoivent un salaire fixe, mais, en plus, ils touchent des commissions pour chaque patient. Cela équilibre un peu le système, car les greffes de cheveux sont assez saisonnières». 

En moyenne, l’établissement accueille entre 3 et 4 patients par jour en haute saison, puis retombe à 1 ou 2 le reste de l’année. «En France, les cliniques sont moins spécialisées, et beaucoup de patients préfèrent venir en Turquie, où les spécialistes sont très expérimentés et les prix beaucoup plus abordables», insiste le fondateur de Klineva, qui rejette l’étiquette du «low cost».    

Un concept adapté aux francophones

«Le coût plus bas n’a rien à voir avec une diminution de la qualité. C’est simplement une question de coût de la vie en Turquie, qui est moins cher qu’en France». Certes, mais la concurrence est rude, car des centaines de cliniques turques proposent leurs services à des prix défiant toute concurrence.  

Quand une greffe de cheveux est facturée entre 5 000 et 10 000 euros dans l’Hexagone, selon l’établissement et le nombre de greffons nécessaires, Klineva propose ses prestations à partir de 2 590 euros, avec, en plus, un chauffeur privé, l’hôtel, un accompagnement personnalisé et un suivi post-opératoire… 

Et si de nombreux professionnels compétents exercent dans le pays, les arnaques sont aussi fréquentes. Des scandales font parfois la Une de la presse, comme l’an dernier, quand un jeune homme de 24 ans s’est suicidé, trois mois après une greffe de barbe en Turquie. Les médecins avaient prélevé trop de greffons à l’arrière de son crâne, laissant une zone dégarnie qui a bouleversé l’apparence de sa tête… 

«On reste toujours disponible pour nos patients, même après deux ans. On répond rapidement, on les appelle, on leur donne des conseils, on est toujours là pour eux», se défend Jérémie. Bref, un concept bien huilé, taillé sur mesure pour conquérir et retenir une clientèle francophone. Fâchée avec son miroir. 

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