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Marché de la minceur : comment les médicaments anti-obésité rebattent les cartes

WEIGHT WATCHERS

La faillite de WeightWatchers a provoqué un électrochoc sur le marché de la minceur, bouleversé par l’essor des traitements anti-obésité comme le Wegovy ou le Zepbound. Plébiscités par le public, ces médicaments rebattent les cartes et suscitent l’inquiétude médicale.

Le 6 mai, WeightWatchers s’est placé sous la protection du Chapitre 11 pour restructurer une dette de 1,15 milliard de dollars. L’entreprise, fondée en 1963, paie des années de déclin et l’émergence d’une nouvelle ère dans la gestion du poids. Réunions physiques, système de points, suivi collectif : tout un modèle balayé par l’irrésistible ascension des médicaments anti-obésité !

Lors de son dépôt de bilan, WeightWatchers a reconnu que son modèle n’attirait plus les clients, évoquant un changement profond des mentalités – le bien-être prenant le pas sur la perte de poids -, la montée en puissance des plateformes de télésanté misant sur les médicaments amaigrissants, et l’influence croissante des coachs fitness sur TikTok. Cela fait beaucoup pour une entreprise née à l’époque des régimes papier-crayon… 

Mais le plus inquiétant, pour WeightWatchers, a sans doute été l’irruption, puis l’explosion, des médicaments comme Ozempic, Wegovy ou Zepbound. En quelques mois, ces noms sont devenus familiers dans le traitement de l’obésité. Tous appartiennent à la classe des analogues du GLP-1, initialement développés pour le diabète.

«L’engouement s’explique aussi par le peu d’options en termes de médicaments qui existaient jusqu’ici pour traiter cette maladie chronique. Avant les années 2010, quasiment tous les traitements développés ont échoué, principalement à cause de leurs effets secondaires graves», expliquait Karine Clément, professeure de nutrition à l’hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, au journal Le Monde, l’an dernier.  

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Un marché gigantesque sous tension

Avec plus d’un milliard de personnes touchées dans le monde, l’obésité ouvre un marché immense à l’industrie pharmaceutique. L’arrivée des nouveaux traitements a suscité un immense espoir. Elle a aussi contribué à reconnaître l’obésité comme une maladie à part entière, là où les patients étaient souvent renvoyés à leur seule responsabilité, relève le quotidien du soir.

Goldman Sachs estime que le marché des traitements anti-obésité pourrait peser 130 milliards de dollars dès 2030. Une perspective qui attise toutes les convoitises et alimente une course à l’innovation sans précédent. La lutte est féroce. Le danois Novo Nordisk, pionnier du secteur avec son Wegovy, voit son leadership contesté par l’américain Eli Lilly, dont le Zepbound enchaîne les bons résultats.

Selon Le Figaro, une étude a montré une perte moyenne de poids de 20,2% chez les patients sous Zepbound, contre 13,7% avec le Wegovy. S’ajoute un avantage stratégique : le Zepbound est aussi approuvé pour traiter l’apnée du sommeil, ouvrant la voie à un remboursement plus large. 

Les plateformes de télésanté à la rescousse

La montée en puissance des médicaments anti-obésité ne transforme pas seulement les pratiques médicales : elle redessine tout un pan de l’économie du bien-être. Les nouveaux concurrents de Weight Watchers ont eu le temps de s’organiser. A l’innovation technologique, ils apportent un nouveau business model. Noom et Eden misent sur des plateformes de télésanté centrées sur la perte de poids, combinant prescriptions et accompagnement sur le mode de vie.

Ces acteurs récents proposent souvent des versions non-marque des médicaments les plus prisés du moment. Chez Noom, les abonnements cliniques – donnant accès à des professionnels de santé et aux traitements – génèrent désormais plus de la moitié du chiffre d’affaires, selon son directeur général, Geoff Cook, cité par Reuters.

Même logique chez Hims and Hers, où les médicaments composés pour la perte de poids ont représenté 20% des revenus en 2023. Y compris chez WeightWatchers, ce type de revenus avait commencé à prendre de l’importance. Noom présente ces traitements comme des catalyseurs : des «outils puissants» qui, selon l’entreprise, incitent les patients à s’impliquer davantage dans les autres volets de son programme.

Autour de cette nouvelle pharmacopée, un écosystème parallèle s’organise. The Vitamin Shoppe a lancé sa propre plateforme de télésanté, Whole Health Rx, destinée à connecter les consommateurs avec des professionnels de santé habilités à prescrire des médicaments amaigrissants. 

Le service propose aussi des recommandations de compléments – protéines, fibres, multivitamines – adaptés aux besoins spécifiques des patients sous GLP-1. D’autres acteurs suivent la même trajectoire. Le distributeur de compléments GNC, désireux de surfer sur la vague, a inauguré l’an dernier un espace en magasin spécialement dédié aux utilisateurs de GLP-1, proposant protéines en poudre et fibres ciblées.

Des effets secondaires regardés de près

Certes, les professionnels de santé rappellent que ces traitements ne sont pas sans effets secondaires : nausées, vomissements, constipations… Ni sans inconnues à long terme. «La prise en charge de l’obésité doit être globale : modification des habitudes alimentaires, activité physique…», insiste le Dr Karine Clément dans Le Monde. 

Autre zone grise : la stratégie thérapeutique. À qui prescrire ces médicaments ? Pour combien de temps ? Et avec quel accompagnement ? Autant de questions encore sans réponse claire. Aux États-Unis, la FDA a commencé à interdire les versions composées moins chères de ces traitements, qui faisaient pourtant le bonheur des plateformes de télésanté.

Malgré tout, l’industrie agroalimentaire commence à sentir, elle aussi, le vent tourner. Walmart a constaté des changements dans les habitudes d’achat de ses clients, possiblement liés à l’effet coupe-faim des GLP-1. Quant aux chirurgies bariatriques ou aux dispositifs médicaux liés à l’obésité, ils pourraient bien être les prochaines victimes collatérales de cette révolution thérapeutique.

Selon Karen Andersen, analyste chez Morningstar, interrogée par Reuters, «l’une des voies à suivre pour les entreprises de bien-être est de travailler avec les fabricants de médicaments de marque». «Les entreprises comme Novo ont besoin de partenaires qui ont accès aux patients», estime cette fine observatrice du secteur de la santé. Reste à savoir si les anciens champions du régime sauront se réinventer assez vite pour ne pas devenir les grands perdants de la révolution GLP-1.

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