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Journées dermatologiques de Paris: ce que doit retenir la filière beauté

DERMATOLOGIE

Du 2 au 6 décembre, les Journées dermatologiques de Paris mettront en lumière plusieurs enjeux sensibles pour la filière beauté : cosmétiques pour enfants, impact du stress sur la peau, dérives de l’IA en dépistage et pénurie croissante de dermatologues.

En quelques années, les dermatologues ont vu émerger de nouvelles pratiques qui bousculent les repères du soin cutané. À la veille des Journées dermatologiques de Paris, qui se tiendront début décembre au Palais des congrès, sous l’égide de la Société français de dermatologie (SFD), une idée domine chez les dermatologues : la peau n’est plus seulement un organe à traiter, mais aussi un capital à protéger. 

Car la première ligne de fracture identifiée par les spécialistes concerne… les plus jeunes. En ligne de mire, des salons dédiés aux enfants qui ont ouvert dans plusieurs villes, proposant masques, massages, soins des ongles ou mises en beauté festives. «Pour ces salons de beauté, il n’y a pas d’exigence sanitaire particulière», regrette le Pr Pierre Vabres, dermatologue au CHU de Dijon et responsable du centre de référence MAGEC-Mosaïques.

Aucun cadre sanitaire spécifique ne s’applique à ces établissements et rien ne garantit la composition ou la sécurité des produits appliqués sur une peau immature, font observer les médecins, qui considèrent que des soins esthétiques réalisés sur une peau d’enfant saine sont «totalement inutiles». «L’enfant en bonne santé n’a besoin ni de soins cosmétiques, ni de massage», insiste le Pr Pierre Vabres. 

Les risques, eux, sont bien réels, met-il en garde, comme une sensibilisation allergique, des irritations ou une photosensibilisation. «Certaines substances à usage cosmétique appliquées sur la peau, les ongles ou les cheveux peuvent aussi avoir des conséquences néfastes sur d’autres organes par diffusion à travers la peau ou par l’ingestion de ces produits», poursuit le médecin. 

Peau et psychisme : le stress pris en compte

Si la peau des enfants cristallise les premières alertes, les dermatologues évoquent un autre terrain de fragilité : le lien entre peau et santé mentale. Pour le Professeur Laurent Misery, chef du service de dermatologie au CHU de Brest, «prendre soin de la peau, c’est aussi prendre soin du psychisme». 

Poussées de psoriasis ou d’herpès, démangeaisons inexpliquées… Le stress n’agit pas seulement comme un facteur aggravant, il déclenche aussi une «hyperactivation globale du système neuro-immuno-cutané», détaille le président du groupe de psycho-dermatologie de la SFD. 

Un mécanisme qui explique pourquoi certaines dermatoses s’enflamment en période de tension émotionnelle. Au final, la souffrance cutanée se double souvent d’une souffrance mentale : environ un tiers des patients atteints de maladies dermatologiques présentent de l’anxiété, des signes de dépression ou des phobies.

IA en dermatologie, promesses et dérives

Autre sujet brûlant pour les dermatologues : l’irruption massive d’outils d’intelligence artificielle dans le dépistage cutané. Dans les cabinets débordés comme dans les pharmacies, un nouveau discours se fait entendre. L’IA pourrait détecter un cancer de la peau à partir d’une simple photo. À première vue, l’argument peut séduire. Mais les dermatologues se montrent sceptiques, car, selon eux, cette promesse accélère surtout l’émergence d’un marché parallèle du dépistage, largement hors de tout contrôle médical. 

En cause, la pénurie de spécialistes, qui a créé ce que plusieurs experts décrivent comme un «nouveau far west» : des centres privés pilotés par des médecins non-dermatologues, des dispositifs d’IA vendus comme des raccourcis diagnostiques ou encore des applications capables d’analyser une lésion «sans aucun médecin» derrière l’écran. 

«Ces dispositifs n’ont de pertinence qu’entre les mains d’un dermatologue», font valoir les spécialistes, pointant la mauvaise qualité des images analysées, source de diagnostics erronés, et la multiplication des fausses alertes générées par ces systèmes. Une véritable «usine à gaz» qui envoie des patients affolés chercher en urgence une consultation, alors même que les cabinets sont déjà saturés. 

Auto-surveillance et téléconsultation

Paradoxalement, alors qu’elle prétend désengorger le système, l’IA contribue à alourdir encore la demande de consultations… Et c’est précisément sur ce terrain que les dermatologues lancent une nouvelle alerte. Car derrière la confusion générée par ces dispositifs, il devient de plus en plus difficile d’accéder à un dermatologue.

Dans certaines régions, le délai pour obtenir un rendez-vous peut atteindre «six mois à un an», rappelle le Pr Gaëlle Quéreux, chef du service de dermatologie du CHU de Nantes. Et l’attente serait aggravée par la multiplication de check-up annuels réalisés sans indication médicale, qui occupent des créneaux, au détriment des patients présentant de véritables lésions suspectes.

Face à cette situation, la Société française de dermatologie propose de former directement le public à reconnaître les signes d’alerte. C’est l’objectif de la campagne «Yes, I can», déployée d’abord dans les cabinets, avant une diffusion élargie en 2026 dans le métro et les abribus. Elle apprend à repérer les anomalies grâce à la règle ABCDE et au principe du «vilain petit canard», ce grain de beauté qui ne ressemble pas aux autres et doit attirer l’attention.

Le premier recours doit rester le médecin généraliste, capable de repérer une lésion suspecte et d’orienter rapidement, rappelle la SFD. En cas de doute, une télé-expertise permet au généraliste d’envoyer une photographie à un dermatologue via une plateforme sécurisée. Ce système, désormais déployé sur l’ensemble du territoire, garantit qu’un cas sérieux sera vu rapidement, même en zone sous-dotée, assure le Pr Gaëlle Quéreux. 

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