Fin de l’eldorado pour le CBD ? L’âge d’or semble derrière les boutiques. Le cannabidiol, molécule non psychotrope issue du cannabis, a connu un essor rapide ces dernières années, porté par un cadre réglementaire assoupli et son intégration croissante dans les univers des compléments alimentaires et de la cosmétique. En 2023, les ventes hexagonales atteignaient 600 millions d’euros, selon une étude de Xerfi.
Depuis deux ans, il faisait progressivement son entrée chez les buralistes, en (para)pharmacies et même dans certaines grandes surfaces, venant s’ajouter aux quelque 2 000 boutiques spécialisées déjà présentes sur le marché. Aujourd’hui, le nombre de consommateurs s’est stabilisé, relève une enquête de l’AFP, et beaucoup d’anciens fumeurs de cannabis, qui utilisent le CBD comme produit de transition, finissent par s’en détourner.
Réglementation et confusion persistantes
Mais ce n’est pas la seule raison. La concurrence s’est intensifiée avec les boutiques en ligne, qui n’ont pas les mêmes coûts de fonctionnement. Le marché serait même devenu «assez chaotique». «C’est comme avec l’essor» de la cigarette électronique, souligne Mathieu Luquet, cofondateur de Weedzy, une marque française de CBD destinée aux bureaux de tabac, cité par l’AFP, «beaucoup de magasins se sont montés rapidement avant de fermer» au profit des buralistes également entrés sur le marché.
Autre contrainte qui pèse sur les « CBD shop » : le cadre réglementaire. En 2024, plusieurs substances synthétiques et «hémisynthétiques», d’origine naturelle mais modifiées, ont été inscrites sur la liste des stupéfiants. Présents dans les boutiques de CBD, ces produits se déclinent sous forme d’huiles, de fleurs, de gummies ou encore de liquides pour cigarettes électroniques.
L’Union des professionnels du CBD (UPCBD) a saisi le Conseil d’État pour contester le classement de certaines molécules qu’elle considère comme naturellement présentes dans le chanvre. Pour son président, Paul Maclean, c’est «une épée de Damoclès au-dessus de la tête des professionnels». Il s’inquiète du fait que «certains vendeurs soient mal informés» des réglementations en vigueur et de la composition réelle des produits commercialisés.
CBD : un flou juridique qui inquiète
À cette incertitude réglementaire pour les professionnels s’ajoute une insécurité juridique croissante pour les usagers. Dans un arrêt rendu le 21 juin 2023, la Cour de cassation a confirmé que la consommation de CBD ne protège pas d’une infraction pénale en cas de contrôle routier positif au THC.
Même si le produit consommé est légal, la présence de trace de tétrahydrocannabinol dans l’organisme suffit à caractériser une conduite sous stupéfiants, passible de sanctions lourdes. Une décision qui renforce le climat de confusion autour de cette molécule et de ses usages. «On perd des clients qui ont peur d’être positif lors d’un contrôle car les tests salivaires sont trop sensibles et pas adaptés à la composition du CBD», s’inquiète un vendeur, cité par l’AFP.
Enfin, autre contrainte : les denrées alimentaires issues des fleurs de CBD doivent, au sein de l’Union européenne, faire l’objet d’une autorisation avant leur mise sur le marché. Or, en l’absence d’études scientifiques suffisantes, l’autorité européenne chargée de l’évaluation des risques n’a, à ce jour, rendu aucun avis sur le sujet. Résultat : ces produits sont commercialisés en France «de manière illégale», juge la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).
Avec l’AFP.
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