Accélérer, enfin. C’est le message qu’a porté la commissaire européenne à l’Environnement, Jessika Roswall, jeudi 27 novembre à Bruxelles. Devant la presse, elle a défendu la montée en puissance de la bioéconomie, présentée à travers un assortiment de produits dits «durables».
«La bioéconomie n’est pas de la science-fiction», a-t-elle assuré, constatant que «le développement du secteur est trop lent», freiné par des coûts encore élevés face aux matériaux issus du pétrole, rapporte l’AFP. Ce paradoxe est au cœur du dossier.
Comme le rappellent Les Échos, la bioéconomie européenne pèse déjà 863 milliards d’euros, mobilise 17,1 millions de travailleurs, représente 5% du PIB et crée trois emplois indirects pour un emploi direct. Un socle industriel important, que la Commission juge pourtant «largement inexploité». D’où l’urgence affichée d’un changement d’échelle.
Les innovations peinent encore à sortir
Bruxelles voit dans la bioéconomie une filière capable de remplacer une partie des matériaux fossiles, mais les innovations peinent encore à sortir du laboratoire. «L’Europe est riche en idées, mais nous sommes lents dans le déploiement», admet Jessika Roswall, citée par le quotidien économique.
Les Echos citent le cas de deux entrepreneurs bruxellois ont passé vingt ans à cultiver des champignons dans un sous-sol pour produire du mycélium en alternative au plastique. Ils n’ont pu ouvrir une usine qu’en 2024, preuve que le passage à l’échelle reste exceptionnel et tardif.
Mais changer d’échelle passe d’abord par les règles. La Commission veut un cadre plus agile pour accélérer la mise sur le marché des matériaux biosourcés. Les futurs «bacs à sable réglementaires» doivent servir de terrains d’essai, afin de tester les innovations sans attendre des années de procédures.
L’argent reste l’autre verrou. Pour pousser les industriels à investir, l’UE prévoit une «fenêtre bioéconomie» dans le Fonds européen pour la compétitivité et dans le programme Horizon, détaillent Les Échos. La Commission veut travailler avec la Banque européenne d’investissement et les banques nationales pour «créer un pipeline de projets et mobiliser les capitaux privés».
Les futurs marchés leaders du biosourcé
Il s’agit de financer des bioraffineries, des unités de production de matériaux biosourcés et, plus largement, tout ce qui permettra d’alimenter une chaîne de valeur encore trop limitée. Bruxelles vise ensuite les débouchés. Selon Les Échos, l’UE identifie plusieurs secteurs où les solutions biosourcées peuvent croître rapidement : plastiques, matériaux de construction, textiles, produits chimiques, engrais…
L’idée est de concentrer les efforts sur ces «marchés leaders» pour déclencher un effet d’entraînement industriel. Autre mesure : l’intégration de quotas de plastiques biosourcés dans la législation sur les emballages. Jessika Roswall a rappelé qu’elle souhaitait y ajouter des objectifs chiffrés pour le plastique renouvelable.
La Commission entend aussi lancer une Alliance européenne pour les produits biosourcés, regroupant des entreprises prêtes à s’engager sur 10 milliards d’euros d’achats de solutions biosourcées d’ici 2030. Une approche offensive pour garantir un volume suffisant de commandes et réduire les risques pris par les industriels.
Enfin, dernière ligne droite : la circularité. «Nous ne pouvons pas laisser de précieux biodéchets finir dans des décharges», estime Jessika Roswall. Le futur règlement sur l’économie circulaire, attendu en 2026, inclura des mesures pour améliorer la collecte et l’usage de la biomasse, qu’elle soit végétale ou animale.
«Sans écosystèmes sains, il ne peut y avoir de bioéconomie», prévient la commissaire européenne. Et l’inverse est aussi vrai : sans bioéconomie, l’Europe n’atteindra pas ses objectifs climatiques, économiques et sociaux. Chaque Européen génère près de 190 kg de déchets d’emballages par an, un volume qui grimperait à 209 kg en 2030 sans intervention.
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