Comme nous l’avions anticipé début janvier, l’assignation de la tiktokeuse Laurène Lévy devant le tribunal de commerce de Paris pour «dénigrement» – suite à la publication d’une vidéo humoristique sur la chaîne de salons – n’a pas apaisé la polémique. L’enseigne d’instituts de beauté a mis en ligne des vidéos générées à partir de l’intelligence artificielle, ciblant à nouveau l’influenceuse.
Une initiative plutôt mal perçue sur les réseaux, si l’on en croit Le Parisien. Mais le patron de Body Minute, Jean-Christophe David, s’en explique dans les mêmes colonnes de ce journal : «En ce moment, il faut reconnaître que les esthéticiennes prennent cher, donc avec tous les syndicats de la profession nous préparons notre riposte, plaintes (…) classique dans un tel cas», a-t-il soutenu auprès de nos confrères.
« Rares sont celles qui font de vieux os »
Une défense à double tranchant. Cadences éprouvantes, heures supplémentaires non payées, course à la rentabilité, concurrence entre les salariées… Mediapart s’est emparé du sujet avec une enquête à charge sur les conditions de travail des esthéticiennes dans des franchises de l’enseigne.
«En dehors de quelques esthéticiennes qui deviennent responsables d’institut, rares sont celles qui font de vieux os chez Bodyminute», affirme le média en ligne, qui dénonce «le travail à la chaîne» des employées, soumises aux «injonctions à travailler plus vite et à vendre davantage de produits».
«Avec la pratique, on acquiert de la rapidité, c’est indéniable. Mais si on a du retard, c’est à nous de le rattraper : il faut qu’on se dépêche sur les clientes d’après», explique Charline, désormais esthéticienne à domicile, citée par Mediapart. Les risques liés aux postures et gestes répétitifs sont amplifiés par une cadence imposée via des «protocoles» stricts, dictant non seulement les gestes mais aussi les paroles à l’accueil.
« Psychologiquement, ce n’est pas facile »
«Bodyminute, c’est formateur, elles apprennent à aller vite. Par contre, psychologiquement, ce n’est pas facile», enchérit la directrice d’une école d’esthétique privée en Gironde. Selon le dirigeant de l’enseigne, les employées de Body Minute ont en moyenne 21-22 ans, bien en dessous des 30 ans de l’ensemble de la profession, et 20% d’entre elles sont des apprenties.
«La pénibilité est générale dans tout le métier. Mais chez Bodyminute, ce qui est spécifique, c’est le rythme de travail très rapide», enfonce le clou une représentante CFDT. Selon elle, une esthéticienne consacre habituellement environ vingt minutes aux sourcils, tandis que «chez Bodyminute, elle en a dix».
Jean-Christophe David s’en défend auprès de Mediapart : «Je ne vous dis pas que sur les 450 instituts, je n’ai pas une franchisée qui veut mettre l’accent sur les dépenses de produits. Mais nous, on ne cherche pas à faire du chiffre. On cherche à avoir des équipes heureuses».
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