Une dizaine de clients victimes de la négligence de professionnels de l’épilation à la lumière pulsée ont décidé de lancer une action civile contre une enseigne de franchise spécialisée dans ce type de prestations. Les détails avec l’avocate Emma Leoty, en charge du dossier.
Profession bien-être : Vos clients ne portent pas plainte mais souhaitent, dans un premier temps, faire reconnaître leur préjudice. Que comptez-vous faire ?
Me Emma Leoty : Je suis mandaté pour faire accélérer les choses. Mes clients, des femmes mais aussi des hommes, m’ont demandé de lancer une action civile devant le tribunal judiciaire de Paris pour faire désigner un expert médical, afin qu’il se prononce sur l’étendue de leurs blessures. Je vais donc adresser une assignation à la partie adverse, en saisissant le juge des référés d’une demande d’expertise. Il s’agira ensuite de faire constater, outre le préjudice esthétique, les souffrances endurées et les frais médicaux engagés à la suite de ces séances d’épilation.
Tous vos clients se plaignent de brûlures provoquées par des séances d’épilation à la lumière pulsée. Etaient-ils correctement informés des précautions à prendre, comme ne pas s’exposer au soleil, et des contre-indications, avant de donner leur accord ?
Certaines de mes clients m’indiquent être brulées sur certaines zones uniquement. Pourquoi ce type d’épilation a-t-il fonctionné sur une partie du corps, et pas sur l’autre ? Il faut qu’un expert judiciaire puis un juge déterminent s’il y a eu une mauvaise utilisation, voire un mauvais réglage de l’appareil. De façon générale, la loi doit protéger les consommateurs, ce qui veut dire que c’est aux professionnels de les avertir, en cas de contre-indication. On sait, par exemple, que l’utilisation de la lumière pulsée est problématique pour les peaux foncées, soit c’est inefficace, soit cela provoque des brûlures.
Vos clients ont-ils fait constater leurs brûlures par un médecin ?
La plupart de mes clients se sont immédiatement rendus, soit aux urgences, soit chez leur médecin traitant, dès l’apparition de leurs brûlures. Certains sont même allés chez un dermatologue. Aujourd’hui, quand je vois l’état des jambes de certaines de mes clientes, je me demande pourquoi un professionnel n’a pas pu arrêter immédiatement les séances ! Quand on voit l’étendue de certaines brûlures, on peut aussi se demander ce qui va se passer par la suite.
Longtemps réservée aux médecins, l’épilation à la lumière pulsée n’est plus illégale quand elle est pratiquée par une esthéticienne. Où est le problème ?
En effet, depuis une décision du Conseil d’Etat, en 2019, l’utilisation de la lumière pulsée à des fins d’épilation n’est plus réservée au corps médical. Une esthéticienne peut donc utiliser ce type de machine, mais tout le monde peut aussi faire une mauvaise utilisation de l’appareil. Le problème, c’est donc la formation de ce personnel. Et, à ma connaissance, il n’existe pas de formation spécifique et reconnue par l’Etat à la lumière pulsée pour des non médecins.
Vos clientes ont-elles contacté l’enseigne d’épilation définitive ?
Nous ne sommes pas opposé à une négociation amiable. Le problème, c’est que les mois passent et mes clients ne sont toujours pas indemnisés. C’est pour ça qu’un expert doit se prononcer le plus vite possible sur l’étendue du préjudice.
Propos recueillis par Georges Margossian.
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