Profession bien-être : Est-ce qu’on a raison de dire que les exosomes vont révolutionner la médecine esthétique ?
Dr Flore Delaunay : Oui, mais avec beaucoup de prudence. Les révolutions se feront sur le plan thérapeutique, comme les vaccins, et, en termes de diagnostic, dans de nombreux champs médicaux. Par exemple, au lieu de prélever un organe, on va juste prendre quelques petites cellules, les exosomes, pour analyser cet organe.
Au niveau esthétique, il y a trois types d’exosomes, dont on parle actuellement. D’abord, les exosomes autologues, et donc vos propres exosomes, que l’on va un jour récupérer pour vous les réinjecter ou pour vous les appliquer. Ce sera une transformation et une révolution en termes d’esthétique. Mais, pour l’instant, nous n’avons pas les capacités de le faire au niveau réglementaire et au niveau du matériel. On ne sait pas comment faire pour récupérer vos propres exosomes et vous les appliquer en esthétique.
Il y a aussi les exosomes qui proviennent de quelqu’un d’autre, mais qui sont totalement interdits, parce qu’ils peuvent transmettre des maladies ou des cancers. Reste, enfin, les exosomes qui viennent des plantes, mais pour l’instant, cela s’apparente à de la mésothérapie et on ne sait pas exactement si c’est efficace et fiable.
On parle beaucoup de cosmétiques à base d’exosomes. Est-ce qu’ils sont efficaces ?
Actuellement, nous ne savons pas si c’est fiable ou efficace. On ne sait pas exactement ce qu’il y a dedans. Nous n’avons aucun recul.
D’où viennent précisément ces exosomes ?
C’est là le problème : on ne sait pas ! En théorie, certains viennent de plantes, d’autres viendraient de poissons ou de bovins. On ne sait pas d’où ils viennent, on ne sait pas comment ils sont fabriqués, on ne connaît pas les risques et on ne peut pas scanner le produit sur des plateformes pour vérifier s’il n’y a pas de perturbateurs endocriniens…
Qu’est-ce que vous attendez des exosomes autologues en matière esthétique ?
Rajeunissement, prévention du vieillissement, amélioration de la qualité de la peau… Ce qu’on en attend, c’est qu’au lieu de prélever une certaine quantité de graisse, imaginons 40 ou 50cc, on n’en récupèrerait juste que 2cc, pour extraire les exosomes et pour les injecter plus facilement, avec un procédé moins invasif.
Seraient-ils plus efficaces que des injections d’acide hyaluronique ou de botox ?
Il n’y a aucun rapport. Ce serait tout aussi efficace qu’une injection de graisse comme le Nanofat, puisque ce sont exactement les mêmes cellules, sauf qu’on en a besoin de beaucoup moins. Le botox, lui, est un produit qui permet de paralyser les muscles et de les mettre au repos. La graisse ne remplacera jamais le botox et le botox ne remplacera jamais la graisse, ni les exosomes.
Et puis, l’acide hyaluronique, c’est un produit qui est un corps étranger. Il redonne du volume, il hydrate, mais il est temporaire et parfois contre-indiqué chez certaines patientes, atteintes par exemple de maladies auto-immunes. De plus, c’est un produit qui n’est pas naturel. Certes, on en a dans le corps, mais ce sont des produits qui sont synthétiques, fabriqués en laboratoire.
Enfin, on peut retrouver au bout de quelques années des paquets d’acide hyaluronique qui ne se sont pas complètement résorbés chez des personnes qui ont été plusieurs fois injectées. L’intérêt de la graisse, c’est qu’elle provient du propre corps de la patiente, c’est quelque chose de biologique, d’autologue, et là, c’est une vraie révolution.
Les exosomes autologues, c’est pour quand ?
Nous n’en avons aucune idée ! Ça peut être dans six mois, dans dix ans… Est-ce qu’on aura les autorisations pour le faire ou pas ? Est-ce que ça coûtera cher ou non ? Pour l’instant, on n’a pas de données là dessus.
Propos recueillis par Georges Margossian.
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