Beauté

Bien-être

Business

Crise de la représentativité patronale au sein de la branche esthétique-cosmétique

Représentativité

La bataille de la représentativité patronale se poursuit dans l’esthétique-cosmétique. Quatre mois après l’arrêté du 23 décembre 2025, qui place l’UPB en position majoritaire, contesté en justice par la Cnaib-Spa, le dossier est désormais repris par plusieurs députés et sénateurs.

Le bras de fer ne fait que commencer. Un arrêté du 23 décembre 2025 a attribué 57,62 % de représentativité à l’Union des professionnels de la beauté et du bien-être (UPB) dans la branche esthétique-cosmétique, contre 38,23 % en 2021. Une progression spectaculaire qui alarme la Confédération nationale artisanale des instituts de beauté et spas (Cnaib-Spa). L’organisation présidée par Martine Bérenguel craint une remise en cause des accords de branche, avec un impact potentiel sur des milliers de petites entreprises.

En février, elle a saisi la cour administrative d’appel de Paris d’un recours en annulation. Mais la décision ne devrait pas tomber avant 15 à 18 mois. En attendant, plusieurs parlementaires viennent d’interpeller le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, mettant en cause, eux aussi, la régularité du processus ayant conduit à ces résultats.

Des soupçons sur les adhésions

Que reprochent-ils à l’UPB ? «Il apparaît statistiquement incohérent qu’une organisation représentant majoritairement les réseaux de franchise devienne majoritaire dans un secteur dominé à près de 80 % par l’artisanat indépendant», pointe la députée de Maine-et-Loire Nicole Dubré-Chirat (Ensemble pour la République), dans une récente question au ministre. 

Selon le rapport de branche de l’OPCO EP, 79 % des entreprises du secteur sont des indépendants, contre 21 % relevant de réseaux (franchises, succursales). Un écart qui nourrit les interrogations sur la cohérence des résultats de représentativité. Nicole-Dubré-Chirat enfonce le clou, supposant «l’existence de manoeuvres frauduleuses visant à gonfler artificiellement les effectifs de l’UPB». 

D’après un constat d’huissier, transmis à la Direction générale du travail le 11 décembre dernier, un courriel adressé par la direction générale du groupe JCDA (Body Minute) à ses franchisés aurait sollicité «la signature rétroactive de bulletins d’adhésion pour l’année 2023», en précisant qu’il n’y a «rien à remplir ni à payer», la cotisation étant réglée par le franchiseur pour tout le réseau, affirme la députée. Un procédé difficilement conciliable avec le Code du travail, qui fait de l’adhésion un acte volontaire. 

L’UPB défend sa représentativité

Jointe par Profession bien-être, l’Union des professionnels de la beauté et du bien-être rejette les accusations. «Nous avons fait les choses dans les règles, se défend Dominique Munier, président de l’UPB. De juillet à décembre 2025, nous avons répondu à chaque sollicitation du ministère du Travail pour justifier notre dossier».  

D’autres éléments à charge viendraient néanmoins s’ajouter. «Les montants [des] cotisations sont anormalement faibles (25 euros au lieu des 200 euros habituels)», relève le sénateur de l’Isère Guillaume Gontard (groupe Écologiste), dans une lettre qu’il a adressée le 28 avril au ministre du Travail.  

Des pratiques qui auraient permis, selon lui, «d’intégrer artificiellement plus de 1 200 entreprises et 6 000 salarié-es, faisant basculer la représentativité. À titre de comparaison, l’UPB comptait auparavant 551 entreprises et 2 300 salarié-es», peut-on encore lire dans ce document, que Profession bien-être a pu consulter. 

Une bataille de chiffres

Là encore, le président de l’UPB balaye le propos : «Avec 21 % nous avons une grande représentativité en nombre de salariés, parce qu’on a des chiffres d’affaires moyens qui sont quatre fois ceux des indépendants, soit environ 200 000 euros, ce qui veut dire qu’on fait travailler, en moyenne, trois ou quatre personnes dans chaque établissement, contre une ou zéro chez les indépendants».

Un nouveau marathon judiciaire se profile, donc, à moins d’un réexamen du calcul de la représentativité. C’est en tout cas la demande des parlementaires, parmi lesquels figure aussi la sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet (UC). Ils appellent à la suspension de l’arrêté et à l’ouverture d’une enquête administrative. Reste, pour l’UPB, un argument de taille : «Tous nos documents ont été certifiés par nos commissaires aux comptes», précise Dominique Munier. La balle est dans le camp du ministère du Travail. 

LIRE AUSSI : Cosmed reconnue organisation représentative de la cosmétique

Facebook
LinkedIn
WhatsApp
Email
Dans la même catégorie

Nous utilisons des cookies